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Emergence du Cameroun en 2035. Jeunesse, allons-nous y parvenir?

Par Jean Paul Samba Epape, étudiant en Faculté d’Économie et de Management à l’ Université Nationale de la Malaisie

Il t’est déjà arrivé de provoquer les débats parmi les jeunes étudiants Camerounais sur le thème de l’émergence du Cameroun à l’horizon 2035 ? Moi si. Et pour être honnête, c’est avec trop de peine qu’on parvient souvent à tirer une substance pertinente dans ces débats. Ce qui est supposé être une vision nous parait toujours floue dans l’imaginaire ; il nous parait toujours difficile de visualiser clairement le Cameroun comme un pays émergent en 2035. Tout ce qu’on peut dire, et bien-sûr avec un sourire sarcastique, c’est que: « C’est Mr. Biya qui nous a promis l’émergence à 2035 et a déjà commencé son action avec l’inauguration des projets de construction des barrages hydroélectrique de Memve’ele et Lom Pangar ». En fait on se sent souvent très étrangers à ces projets, vu que c’est les Chinois qui sont en majorité les principaux acteurs de construction. Et lorsqu’il faut pousser le débat plus loin ; pour être plus spécifiques et parler par exemple des enjeux de développement de la zone industrielle du futur port en eaux profondes de Kribi tels que : les types d’industries qu’on compte y développer, les stratégies d’investissement, de financement et de promotion d’emploi que l’état compte y déployer; les bénéfices, les pertes, opportunités et risques associés à un tel projet; un silence incroyable envahit toujours le groupe de débat et du coup le groupe s’émiette petit à petit. Mais lorsqu’un pareil débat s’enclenche par exemple parmi mes paires Malaisiens sur leur zone industrielle « Silicon Valley de l’Est, Penang », qui abrite les usines des compagnies de technologie de l’information de renommée internationale comme Intel et Dell ; vous êtes frappés tout de suite par la passion du débat qui les anime; leur connaissance sur les enjeux nationaux et internationaux de cette zone industrielle est juste phénoménale.

De plus, ces jeunes paraissent tous animés d’un seul sentiment ; celui de voir leur pays se développer d’avantage en nourrissant des idées et des pensées propices pour sa croissance. Ils semblent être prêts à tout moment de prendre la relève et de consolider les acquis jusqu’ici accomplis par leur pays. Comment ne pas comprendre la croissance économique phénoménale que vivent de tels pays !
On est ainsi amené à se demander comment ces jeunes Malaisiens, comme bien-sûr ceux des pays émergeants en générale, ont la bonne maitrise des enjeux de développement de leur pays ; alors que nous semblons ignorer les nôtres. Ces jeunes n’ont pourtant pas plus de capacité intellectuelle que nous. La différence semble se porter sur un certain nombre de facteurs qui semblent étouffer toutes idées de progrès dont on a besoin pour répondre à la demande de l’émergence du Cameroun en 2035. Ces facteurs sont entre autres:

Un leadership politique qui a du mal à promouvoir les enjeux de l’émergence
S’il y a un caractère pertinent que l’on peut retenir sur la dynamique des pays émergents comme la Malaisie, c’est le rôle du leadership politique dans la propagande de l’idéologie de développement ; les stratégies marketing d’envergure sont très souvent mises en uvre pour créer un environnement propice à la pensée du progrès. Des messages parviennent à la jeunesse sous différentes formes (images, slogan, spot publicitaire.) à travers différents medias (radio, télévision, réseaux sociaux, presses, internet.). Ces campagnes constituent ainsi une source d’inspiration pour les aspirations de la jeunesse en termes d’orientation scolaire et de carrière professionnelle ; les jeunes peuvent ainsi visualiser clairement et se faire une bonne idée sur le trajet de l’émergence. Mais ceci ne parait pas le cas au Cameroun; le leadership politique semble plutôt être conditionné à promouvoir une certaine idéologie qui se focalise sur un seul homme, le chef de l’état. Par exemple, si vous vous intéressez sur l’intervention d’une autorité politique ou administrative sur les aspects de l’émergence du Cameroun en 2035 ; non seulement vous seriez frappés par la photo du chef de l’état accrochée au mur de son bureau, mais vous serez surtout phagocytés par des répétitions excessives du terme « Son excellence le chef de l’état » dans le contenu de son message et pour finir, vous ne retiendrez aucun enjeux spécifique de cette émergence. Et même, quand le leadership du parti au pouvoir nous inonde de la propagande de la bonté du chef de l’état, l’opposition quant à elle nous inonde des méfaits de celui-ci et son régime.

Un environnement social à caractère pernicieux
S’il y a une chose que l’on ne peut renier au Cameroun, c’est les conditions économiques précaires et abjectes que vit la majorité des populations Camerounaises. Comme en témoignent ces quelque chiffres du rapport de l’enquête sur l’emploi publié en octobre 2011 par l’Institut National de la Statistique: la moitié des 8,85 millions de travailleurs Camerounais, c’est-à-dire 4,42 millions, ont un revenu mensuel de l’emploi principal inférieur ou égal à 15 000 FCFA ; 51,2% des ménages habitent des logements en matériaux provisoires (maison en ‘Karabot’, en terre battue, en tôles ou en pailles..), 45,4 % des ménages n’ont pas des latrines aménagées fonctionnelles; 78,3% des ménages n’utilisent pas le gaz pour la cuisine etc. L’on pourra penser qu’un tel environnement social conditionnerait toute la société, à partir de la cellule familiale, du regroupement familiale, passant par des quartiers, des villages et des villes jusqu’à la nation toute entière, de susciter un environnement propice aux jeunes pour rechercher et penser aux solutions réalistes de pauvretés. Mais hélas, la société semble plutôt être plongée dans les intrigues, frustrations et divisions familiales, culturelles et ethniques où on a l’impression que la jeunesse fait face à une génération révolue qui veut qu’elle hérite de leurs pratiques et croyances tribalistes ; la société semble également entretenir les croyances et pratiques de la magie et sorcellerie. Ceci semble souvent créer un environnement lugubre et lourd ou les gens sont souvent bloqués à fixer même les petits problèmes d’ordre sanitaire. Mais vous découvrirez l’ingéniosité et l’inspiration des jeunes camerounais sur des débats qui portent sur ces sujets de tribalisme ou sorcellerie.

Une passion abusive du football assaisonnée par la consommation excessive d’alcool
Un autre facteur subtil et populaire est le football. Le football, en ce que je sache, reste un sport qui se doit d’être respecté au Cameroun, ceci grâce à sa large contribution pour la promotion pour l’unité nationale et de l’image du Cameroun à l’extérieur ; sans oublier son importance pour un certain nombre de nos compatriotes qui en font leur métier et gagne-pain. Nous sommes donc appelés à être des passionnés du foot ; mais cette passion parait se consommer comme une drogue parmi bon nombre de nos jeunes compatriotes. Je pense ainsi aux groupes de jeunes Camerounais qui frapperaient des commentaires sur le salaire et la suspension du légendaire et respectable Eto’o Fils dans les quartiers populaires de Yaoundé ou Douala de 18 heures du soir à 4 heures du matin. En fait, lorsque vous rencontrer un jeune camerounais, les chances d’enclencher un débat passionné sur les aspects du foot sont très élevées, et une fois le débat enclenché, il passe par des sujets d’ordre divers comme la corruption, les prisonniers de luxe d’opération épervier, le tribalisme, l’homosexualité ou de la politique. En ce qui concerne l’alcool, le Cameroun est parmi les 3 plus gros consommateurs en Afrique avec l’Afrique du Sud et le Nigeria d’après les études de la firme d’information commerciale Euromonitor International. Ceci peut se confirmer avec le nombre impressionnant des débits de boissons qui se juxtaposent le long des rues de presque tous les quartiers de nos villes de Yaoundé et Douala. Dans cet environnement de la bière, les jeunes sont bien-sûr des cibles privilégiés et s’en passionnent allègrement. Ceci se voit à travers le nombre de bars qui entourent nos établissements scolaires et universités ; un jeune étudiant de l’université de Douala par exemple trouvera de la peine à identifier les bibliothèques publiques de la ville de Douala mais citera environ 50 noms de bars de la Cité-SIC, la bière hante sa pensée nuit et jours.

On se demande bien si un environnement pareil peut aider mon ami Hamidou, en classe de 3e au lycée mixte de Kousseri de nourrir ses ambitions pour être vers 2035 un industriel de la filière métallurgie, produits métalliques et de sidérurgie qui pourra se développer au Cameroun à partir de l’exploitation de cobalt-nickel-manganèse qui se profile à l’Est du pays. Ou mon cousin Christophe, jeune agriculteur à Nganga et diplômé de la section artisanale et rurale (SAR) d’Akonolinga, de prospecter les nouvelles techniques agricoles pratiquées en Thaïlande et qui lui permettrons de migrer vers l’agro-industrie. Ou encore mon amie Hellène en classe de terminal au lycée de New Bell de Douala d’ambitionner d’ici 10 ans de créer une compagnie immobilière qui pourra répondre à la demande des logements décents liés à la montée d’une classe moyenne qui caractérise toute économie émergente. Ou mon amie Mourina de l’école publique Baldé Daneidji par Garoua d’ambitionner de faire le cycle de régie financière à la fameuse École Nationale d’Administration et de Magistrature de Yaoundé pour concevoir un régime fiscal qui stimulera la croissance voulue pour l’émergence et d’ uvrer pour l’implémentation des systèmes informatisés de transactions financières dans toutes les administrations publiques. Ce qui pourra réduire systématiquement le fléau de corruption et des détournements des fonds publics et favoriser une économie émergente. Ou mon ami Anicet de Bamenda, qui étude la finance en Londres, de créer sa société de capital de risque pour financer les petits et moyennes entreprises qui sont supposées émerger durant cette croissance économique. Ou enfin mon ami Eric de Bafoussam qui vit en Allemagne, et qui vent et importe les pneus d’occasion au Cameroun, d’ambitionner d’être l’exportateur en puissance de demain des produits finis qui proviendrons de la révolution industrielle associée à l’émergence du Cameroun.

Des millions d’autres jeunes Camerounais dans nos villes et villages espèrent ainsi libérer leurs rêves et ambitions pour se positionner sur le trajet de la vision d’émergence dont la première phase d’implémentation est décrite dans le document de stratégie pour la croissance et l’emploi. Si ces jeunes, il faut le croire, focalisent leur pensées et passions sur les outils et instruments de la société moderne comme la finance, les technologies, les sciences, l’ingénierie, ils pourront réaliser des exploits extraordinaires pour l’émergence du Cameroun en 2035. Mais parviendront- -t’ils à se déployer dans cet environnement extrêmement hostile à la pensée du progrès?

Jean Paul Samba Epape
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