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Émeutes au Cameroun: André Luther Meka revient sur les faits à Douala

Il est président de l’association de défense des droits des jeunes « Alternative Citoyenne de la jeunesse »

Comment avez-vous vécu cette période de février 2008?
C’était une situation très triste, je voyais des jeunes de 12 ans marcher dans la rue avec des pancartes qui avaient des appréciations parfois politiques, Paul Biya doit partir, nous avons faim. j’ai eu le privilège de faire le tour de Douala à pied, j’ai constaté que c’était des jeunes de 15 à 22 ans et qui avaient des problèmes d’emploi. Il y avait même des écritures par terre où on pouvait lire, « nous avons besoin d’emplois», « nous avons faim », ils sont même allés jusqu’à donner leur prix sur les goudrons. Il y avait également des moments où je n’arrivais pas à sortir, parce que notre quartier, Grand moulin, était un quartier cerné par la police et la gendarmerie, il y avait aussi beaucoup de militaires dans la rue. A partir de 17h, il y avait déjà des coups de feu qui tonnaient dans la rue, ce qui faisait qu’il était pratiquement impossible de sortir parfois. J’ai même fais deux jours chez moi, mes petites économies avaient déjà tari, et je commençais déjà à avoir quelques soucis financiers. Mais c’est beaucoup plus un souvenir de tristesse, j’ai appris qu’il y a eu beaucoup de morts au niveau du pont sur le wouri, d’autres à Bonabéri, à PK 14. C’était vraiment triste, et le conseil que je peux donner aux jeunes, c’est de faire des revendications dans la limite du respect des lois de la République. C’est-à-dire que lorsqu’il y a des marches, que ce soit pacifique et qu’on ne casse pas, par ce que lorsque la propriété privée est déjà menacée, il est clair qu’il faut sécuriser, et il faut parfois prendre des mesures draconiennes pour pouvoir sécuriser les personnes et des biens.

Qu’a fait l’association pendant cette période?
Nous avons essayé de coordonner, nous avons voulu circuler dans les quartiers pour pouvoir être le relais entre les jeunes et les autorités, malheureusement l’action s’est avérée vaine, parce que dès le discours du chef de l’Etat, l’armée a amplifié la sécurité, et nous n’avions pas pu entrer en contact avec les jeunes, par ce que à ce moment là, on n’était pas sûr que notre sécurité était assurée.

Un an après, quel souvenir, quelle leçon?
La première leçon, c’est de pouvoir encadrer les jeunes dans la revendication. La revendication n’est pas seulement les casses, elle peut être pacifique. Dans cette grève de la faim, je peux vous signaler que non seulement les entreprises ont été immobilisées, les transports, le port de Douala ont été immobilisés, je pense que c’est beaucoup pour un pays. On n’avait pas besoin de casser, et de menacer les biens des individus. Je pense qu’il y a un problème d’encadrement des jeunes qui doit être fait. Les jeunes doivent revendiquer de façon pacifique, je crois qu’il y a aussi les leçons à tirer. On n’avait pas besoin d’affronter l’armée quand on n’a pas des armes. Je crois qu’il y a un problème de dialogue. Il faudrait que dans chaque quartier, dans chaque groupe, qu’il y ait des relais qui puissent communiquer avec des autorités pour pouvoir relayer les revendications. De façon générale, il y a un problème d’encadrement et de méthode dans la revendication.

Après les émeutes, qu’est ce qui a été fait au sein de l’association dans ce sens?
Effectivement, surtout dans le sens de la sensibilisation et la meilleure sensibilisation, c’est dans les médias. Nous avons fait des interviews pour pouvoir sensibiliser d’abord le chef de l’Etat par rapport aux problèmes des jeunes, et demander la libération des jeunes incarcérés après les émeutes. Je crois qu’il nous a compris, puisqu’il y a eu la libération des jeunes par la suite.

Mais, il y en a d’autres qui sont toujours en prison?
A ce niveau, nous allons mener des actions concertées avec d’autres associations de jeunes, devant conduire à la libération de ces jeunes encore incarcérés.

Dans le cadre de cette semaine commémorative, qu’est ce que l’association a prévu?
Je vous dis tout de go que je n’entre pas dans des tribulations politiciennes, parce que parfois les hommes politiques engagent des actions dont nous ne connaissons pas des aboutissants, mais je loue ces initiatives. La commémoration n’est pas seulement par des marches, elle peut être aussi personnelle. Chacun peut observer une minute de silence chez soi, on peut regrouper des jeunes et pouvoir penser, à travers des conférences, des communications, comment nous pouvons commémorer ces disparitions pour que cela ne se répète plus. Mais je dis encore que les marches, les meetings politiques, je reste très frileux par rapport à cette démarche.

André Luther Meka
journalducameroun.com)/n
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