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Emeutes au Cameroun, les médias camerounais s’en souviennent!

Un an après, certains médias racontent comment ils ont vécu cette période.

Nous avons suspendu le programme « A vous l’antenne » qui était une émission inter active, la situation qui prévalait pouvait être une occasion pour les populations d’appeler pour dire n’importe quoi. Nous avons opté pendant cette période pour des informations en continue sur l’actualité. Pour y parvenir, nous avons déployé nos reporters dans certains secteurs stratégiques de Yaoundé, tels que le Palais présidentiel, Mballa II, Ngoa-Ekellé, la prison, Mbankolo, les banques, ainsi que dans certaines villes du pays à l’instar de Douala, Ebolowa, Bamenda, Bafang.
Eugène Messina, chef de chaîne Radio Tiémeni Siantou

Les émeutes de février 2008 n’ont pas épargné les médias camerounais. Si ici et là on remercie le ciel que les manifestants n’aient pas saccagés les studios et autre salles de rédaction, on reconnaît toutefois que le fonctionnement au quotidien a du être modifié. A la télé, à la radio comme dans la presse écrite, les grilles de programmes ont dû être retouchées afin de rendre compte aux populations de l’évolution des évènements.
Ce fut le cas à la radio Tiemeni Siantou (RTS). Au regard de la délicatesse de la situation qui prévalait, la direction de la radio avait pris un certain nombre de dispositions. « Nous avons suspendu le programme « A vous l’antenne » qui était une émission inter active, la situation qui prévalait pouvait être une occasion pour les populations d’appeler pour dire n’importe quoi. Nous avons opté pendant cette période pour des informations en continue sur l’actualité. Pour y parvenir, nous avons déployé nos reporters dans certains secteurs stratégiques de Yaoundé, tels que le Palais présidentiel, Mballa II, Ngoa-Ekellé, la prison, Mbankolo, les banques, ainsi que dans certaines villes du pays à l’instar de Douala, Ebolowa, Bamenda, Bafang » explique Eugène Messina, chef de chaîne Radio Tiémeni Siantou.

Les villes étaient coupées et l’imprimerie Macacos ne pouvait pas travailler, car située en plein c ur de la ville de Douala. Au plan situationnel, nous avons trouvé une imprimerie à Yaoundé où nous imprimions le journal. Il était uniquement vendu à Yaoundé. Nos lecteurs de Douala pouvaient l’avoir sur le Site.
Alain Blaise Batongue, Directeur de publication du Quotidien Mutations

Si dans les studios des radios le travail se déroulait malgré tout, tel ne fut pas toujours le cas au niveau de la presse écrite. La paralysie des activités ayant contraint les imprimeries à fermer, la parution des journaux dans les kiosques était devenue difficile voire impossible. « Les villes étaient coupées et l’imprimerie Macacos ne pouvait pas travailler, car située en plein c ur de la ville de Douala. Au plan situationnel, nous avons trouvé une imprimerie à Yaoundé où nous imprimions le journal. Il était uniquement vendu à Yaoundé. Nos lecteurs de Douala pouvaient l’avoir sur le Site », affirme Alain Blaise Batongue, le directeur de publication du Quotidien Mutations.
Les mêmes contraintes étaient vécues du côté des télévisions locales. Bravant l’hostilité des manifestants mais surtout des forces de l’ordre, les chasseurs d’images traquaient l’information au risque de perdre leurs cameras. A Canal 2 international comme à STV, Les directions des programmes avaient d’ailleurs créé pour la circonstance, des émissions spéciales afin de commenter le déroulement des émeutes.

Mutations

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Au-delà des charges financières énormes imposées par cette situation, le travail des reporters sur le terrain n’était pas une mince affaire. « C’était une période très dangereuse. Je me suis retrouvé dans le secteur de Mokolo, Poste Centrale où les violences étaient très accentuées, les gens courraient de toute part et tous ceux qui passaient étaient systématiquement arrêtés par les policiers. Ces derniers faisaient asseoir tout le monde sans tenir compte que vous soyez journaliste ou pas. On était obligés de se boucher les narines avec nos vêtements de peur d’aspirer le gaz » se souvient Eugène Messina. A Mutations, en plus des journalistes sur le terrain, ce sont les vendeurs à la criée qui étaient la cible des manifestants en furie. « Nous pensions que nous écrivions pour le bien des manifestants mais ce sont ces mêmes manifestants qui pourchassaient nos vendeurs à la criée, leur interdisant de vendre les journaux » reconnaît Alain Blaise Batongue.
Une période bien difficile pour les médias. Mais qui gardent la satisfaction d’avoir pu informer les populations au quotidien sur l’évolution de la situation. « Nous avons beaucoup dépensé, mais, nous ne regrettons pas d’avoir autant investit pour ces mouvements sociaux », explique Alain Blaise Batongue.

Alors qu’à la RTS et à Mutations les émeutes de février 2008 se conjuguent en termes de dégâts matériels et financiers, le souvenir est encore plus amer pour Magic FM à Yaoundé et Equinoxe à Douala. Les deux médias ont été fermés pendant ces périodes. Elles payaient ainsi le prix de l’organisation des émissions inter actives sur la révision de l’article 6.2 de la constitution, qui allait permettre au président Paul Biya de se représenter à l’élection présidentielle de 2011.


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