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Emile Abossolo Mbo: Rencontre avec un artiste multicarte

Africa Paradis le film, Plus belle la vie la série, champs de sons le spectacle, Il est acteur, musicien, comédien.

Africa Paradis le film, Plus belle la vie la série, champs de sons le spectacle, Vous êtes acteur, musicien, comédien. Et si on vous demande de vous définir. Que diriez-vous ?
Je me définis comme un être humain assoiffé de paix et de liberté. Je suis né au Cameroun et j’y ai fais mes études. Je suis parti du Cameroun à 26 ans. J’ai commencé à jouer au théâtre, à jouer et à chanter très tôt, vers 9 ans. J’ai tout laissé tomber et j’ai confirmé ça à l’âge de 12 ans où j’ai commencé à jouer très régulièrement sans savoir si j’allais en faire une profession. En tout cas c’était une profession de foi pour moi, quelque chose de vital. A l’âge de 16 ans, j’ai décidé d’en faire un métier. J’ai décidé de devenir comédien, chanteur, musicien.

Champs de sons a été écrit pas vous et pour vous. Vous semblez vous raconter, parler de votre enfance.
Je raconte l’histoire d’un petit garçon qui vit dans une infime partie du champ de sons, quelque part dans le monde. Evidemment vu la couleur de ma peau et mes origines, on peut situer ça dans un environnement de peuple noir. Ça pourrait être en Afrique, aux Caraïbes ou aux Etats-Unis. Et partout où il y’a des humains assoiffés de sagesse.

Donc il ne s’agit pas de vous ?
C’est mon point de vue sur le monde.

Vous êtes camerounais mais votre art vous l’avez développé à l’extérieur de votre pays d’origine. Quelle est la part Cameroun dans ce que vous êtes devenu comme artiste ?
J’ai eu la chance d’avoir une éducation basée non pas sur la face mais l’intérieur, le centre, ce qui est profond. Comme je le dis dans mon spectacle, j’ai eu la chance d’avoir un super GPS, un grand père spirituel. Ces GPS, grands parents spirituels m’ont inculqué de manière enracinée que la surface n’était pas le plus important car elle matérialisait ce qui se passe à l’intérieur. La peau d’un fruit est pourrie parce que le noyau est pourri. La peau du fruit raconte ce qui se passe à l’intérieur du fruit, ce n’est pas le fruit. La preuve est que c’est ce qu’on jette quand on veut manger le fruit. Pour moi, la couleur de la peau, l’appartenance nationale, ethnique sont des choses qui m’empêcheraient d’avancer donc je ne m’arrête pas à ça. Ce qui se passe au Cameroun se passe au Bénin, en côte d’ivoire, il y’a tellement de similitudes et de différences. mes grands parents spirituels m’ont appris à être d’abord humain et là d’où je viens au Cameroun, et dans n’importe quelle région d’Afrique, les êtres humains ne se définissent pas par la couleur de leur peau, mais par ce qu’ils sont capables d’entreprendre.

Vous y retournez très souvent ?
Je suis de très prêt ce qui se passe au Cameroun. J’ai été invité aux écrans noirs en juin dernier, j’ai rencontré beaucoup de comédiens, beaucoup de jeunes, j’ai rencontré la ministre et je vais certainement aller au fenac en décembre.

Des projets pour le Cameroun?
J’ai très envie de travailler avec les acteurs là bas, sur un cycle d’activités que j’ai mis au point et que j’ai réalisé au Kenya et au Burkina Faso. J’ai très envie de réaliser ça au Cameroun.

Vous êtes donc au courant des déchirements que traverse la société des droits d’auteurs depuis la mise en demeure de la socinada. Votre avis sur le sujet.
J’attends que les politiques et les administrateurs mettent tout au point. Je n’étais pas là quand il y a eu tout le chaos, donc je ne peux pas me mêler. Je ne peux que le déplorer. Les artistes au Cameroun comme ailleurs mériteraient de vivre de leur art. Nous avons des artistes magnifiques. Que ce soit pour les musiciens, les peintres ou les autres, il est temps que les artistes vivent de leur art. Regardez juste pour l’élection de Monsieur Barack Obama, les artistes ont joué un rôle énorme : Oprah Winfrey, Denzel Washington, Will Smith, George Clooney, Spike Lee

Mais c’est parce qu’on leur a donné cette place.
Je crois surtout qu’ils ont travaillé dur. Personne ne vous octroie une place. On a la place qu’on mérite. Je préfèrerais ne pas être reconnu et avoir une vraie place plutôt que d’être reconnu et n’avoir pas de place du tout. Ce qui se passe maintenant dans le monde c’est qu’on prend des artisans, on leur donne une place. C’est ce qui s’est fait avec l’indépendance des pays africains. Elle n’est pas acquise de l’intérieur. Quand il n’y a pas une vraie liberté, l’indépendance qu’on vous donne ne sert à rien. Une femme mariée qui croit qu’elle va acquérir son indépendance parce qu’elle est devenue madame untel, elle se trompe. Il faut d’abord qu’elle soit elle, une femme pleinement accomplie. Qu’elle soit mariée à monsieur le chef d’entreprise ou monsieur l’ambassadeur, ou pas du tout, si elle est accomplie, c’est le plus important. Les artistes au Cameroun ou ailleurs en Afrique doivent se rendre compte qu’ils détiennent dans leurs bouches, la possibilité de donner à l’Afrique une vitrine magnifique dans le monde. La pire forme de colonisation ait subi, c’est la colonisation mentale. Elle passe par les images que les autres diffusent. Quand on fonctionne par des images qu’on vous impose et qu’on n’arrive pas à parler de soi même selon son point de vue, c’es terrible. Les artistes doivent chercher cette indépendance là, essayer de raconter le monde comme ils le voient pour qu’on ne le raconte plus à leurs places. Si Martin Luther King avait attendu que l’administration américaine lui donne la permission de marcher, si Rosa Parks avait attendu qu’on lui permette de refuser d’aller s’asseoir au fond du bus ; A barack Obama, on a dit ce n’est pas le moment pour avoir un Président noir aux Etats-Unis, ça ne peut pas se faire. nous aurons raté une magnifique opportunité de voir le monde changer. Je pense donc que les administrations finissent par suivre l’impulsion que donne un être humain. C’est donc pour moi le problème des individus. Individu signifie impossible à diviser. De l’autre coté si on prend un terme qu’on emploie souvent sans se poser la question de son origine, c’est Satan, démon. Satan veut dire division, démon ce qui se met en travers du chemin. il porte donc un nom, division. Les artistes doivent apprendre à être des individus, unis.

Emile Abossolo Mbo
laluzege.files.wordpress.com)/n

Nous n’allons pas plonger dans la polémique de la place des acteurs noirs ici en France. Mais on est tenté de vous demander d’évoquer vos difficultés en tant que noir et acteur en France ?

Les difficultés sont liées à un fait. On peut polémiquer pendant des années, mais comme dit un proverbe africain « quand tu es dans l’obscurité, ça ne sert à rien de hurler. Claques une allumette, allumes une bougie, et si tu n’as pas absolument de source de lumière, écarquilles grand tes yeux jusqu’à ce que tu apprennes à voir dans le noir ». Je pense que tous les problèmes que nous avons en tant qu’acteurs noirs en France sont peut être dus aux gouvernants, à la politique en France, au racisme. Je dis bien peut être parce que je ne peux pas le prouver. Par contre ce que je peux prouver, c’est que si les acteurs noirs se mettent à travailler depuis leurs sources intérieurs, sur ce qui les concernent, s’ils commencent à se raconter eux et à refuser qu’on parle à leurs places, à se mettre ensemble, à être soudés, ça marche. Le spectacle que Champs de sons a été travaillé, produit par une équipe de jeunes gens que j’ai autour de moi, des africains de différentes origines, dont la moyenne d’âge est de 20 ans. Ils travaillent bénévolement en prenant sur leurs temps et ça a marché. Nous avons travaillé tous seuls et il y’a eu 350 personnes au théâtre SPLENDID. Et je ne vois pas comment une institution peut empêcher ça. C’est à nous de faire travailler et de proposer ce qu’on a à proposer de la manière la plus magnifique possible et à ce moment là, si des gens en face de nous nous disent qu’ils ne veulent pas de nous, on leur demandera pourquoi ?

Si on veut vous faire plaisir, on vous sert quoi à manger ?
Du ndolé, du sangha, du koki, du mbongo. A boire : du jus de gingembre, du vin de palme non alcoolisé. Comme fruits les mangues, le corossol, les goyaves, la papaye. L’Afrique est la première terre de nourriture bio. Ça me fait sourire de voir que c’est aujourd’hui que certains découvrent la nourriture bio et que pendant longtemps les gens sont venus sous dire que nous mangeons mal. et ils le payent à un prix énorme. Nous avons de nombreuses richesses, en Afrique.

Quel est votre rêve le plus fou ?
Que la guerre s’arrête s’arrête dans le monde !

Emile Abossolo Mbo
africine.org)/n
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