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Emprunt Obligataire: Difficile équation pour le Cameroun

Annoncé pour l’exercice budgétaire 2010, cette opération tarde à se mettre en marche

Des barrières techniques à la levée de l’emprunt
L’opération d’emprunt obligataire annoncée par le gouvernement camerounais et inscrite dans la loi de finance 2010 tarde encore à se mettre en place au Cameroun. Le Cameroun va faire un recours à la bourse des valeurs immobilières de Douala (DSX) pour y chercher le financement des projets structurants annoncés en début d’année par le chef de l’Etat, avait déclaré en début d’année budgétaire le ministre Lazare Essimi Menye des finances. Les experts doutent aujourd’hui qu’une telle opération puisse être réalisable, du moins pas sur le montant à lever, 200 milliards de francs CFA. Pour une bonne opération d’emprunt obligataire, plusieurs parties interviennent et à chaque niveau d’intervention, il doit y avoir des garanties solides; à défaut, l’emprunt doit être émis sur un marché financier très dynamique et capable de réagir rapidement, nous a confié un de ces experts. Jusqu’ici le gouvernement ne communique pas suffisamment sur cette opération qui au final risquerait de retomber sur le contribuable camerounais. Les taux de rémunérations n’ont pas encore été rendus publics. Si l’Etat veut réussir ce coup-ci, il devra non seulement fixer le taux de rémunération à au moins 6%, mais en plus il devra procurer des avantages fiscaux effectifs aux personnes qui vont souscrire à l’acquisition des titres nous a confié un autre expert. Selon lui, le gouvernement camerounais n’aurait pas négocié les arrangements de l’emprunt dans cette proportion là, ce qui jette un doute quant à sa possibilité d’être attractif pour les investisseurs potentiels. D’un autre côté, le gouvernement a lui-même généré la difficulté dans son opération, en restreignant l’appel d’offre pour des éventuels arrangeurs. Bien que leurs identités ne soient pas encore officiellement dévoilées, des sources affirment que les trois banques retenues (une camerounaise et deux étrangères), n’auraient accepté de couvrir l’opération que pour un peu plus du 1/4 des 200 milliards de FCFA, ce qui au final fait trainer les débuts de l’opération. Des sources introduites rapportent que des négociations sont en cours afin de permettre un plus grand engagement des arrangeurs.

Les assurances, une voie de solution?
Nos experts pensent que la situation ne pouvait en être autrement, le projet de confection de l’emprunt obligataire n’ayant pas été parfaitement conçu. Première observation: l’emprunt voulu par le Cameroun ne s’applique logiquement qu’au marché camerounais. En sa qualité de pays pauvre et très endetté (PPTE), le Cameroun ne peut émettre des obligations sur le marché international, jusqu’à la fin de son programme avec le fonds monétaire international (FMI). D’un autre côté, le Cameroun en projetant de lever 200 milliards de francs CFA, est en train d’initier la plus importante émission d’obligations sur un marché financier dans la zone Franc CFA. Jusqu’ici, la plus haute était celle faite par le Gabon (100 Milliards FCFA), qui s’étendait à toute la région Afrique centrale (CEMAC). Le fait est qu’il reste difficile pour les investisseurs de faire confiance à un pays dont on ne peut pas juger la capacité à rembourser les sommes issues d’un emprunt obligataire, et qui tout d’un coup veut lever une somme aussi colossale. De même le système de rémunération à tous les niveaux n’est pas encore clairement fixé, mais les tendances des offres du gouvernement semblent ne pas rassurer. Lors d’un séjour de travail à Washington, le ministre camerounais des finances avait clairement indiqué à une conférence de presse que l’une des inquiétudes du Cameroun en ce moment était sa dette intérieure dont la structure était de nature à susciter de petites inquiétudes. Malgré un taux d’endettement indiqué à hauteur de seulement 10% du produit intérieur brut (PIB), l’environnement des affaires au Cameroun ne favorise pas sa crédibilité, aux yeux des investisseurs locaux. Avec toutes les garanties qu’il présentait, les investisseurs camerounais ne sont intervenus qu’à hauteur de 15% sur l’emprunt obligataire que sollicitait l’état gabonais. Difficile de croire que la situation sera meilleure, surtout dans un contexte où boucher le déficit du budget de fonctionnement pourrait être le principal objectif de l’opération de l’emprunt camerounais. Toutefois, l’Etat a une carte en plus dans sa stratégie, ce sera de solliciter une implication massive des compagnies d’assurances, dont le portefeuille se porte bien en ce moment au Cameroun, grâce à la souplesse de nouvelles mesures dans le domaine. Mais il faudra les convaincre, et le temps presse.

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