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Entretien avec Anderson Kuetche, médecin Camerounais et porteur du projet humanitaire help now

« Notre organisation est partie d’un initiative estudiantine et a évolué »

Vous êtes médecin installé ici en Allemagne. Vous gérez une Ong à but humanitaire dénommée «help Now». Parlez-nous-en
«Help Now est une organisation non gouvernementale, à but non lucratif qui a été créée dans une ville au centre de l’Allemagne et qui a été en fait à la base d’une initiative estudiantine. C’était des étudiants qui, à un moment donné, s’inquiétaient de la façon dont était géré l’aide au développement. Ils s’insurgeaient contre ces aides dont 25% à 10% en terme de valeur revenait réellement aux personnes ciblées, parce que les 75 % malheureusement se perdaient en coûts administratifs et autres dépenses de personnels. Ce qui veut dire que pour un projet de 100.000 euros on se retrouvait quasiment avec 10.000 euros qui revenaient réellement aux populations. Cela n’a vraiment pas de sens. Notre idée était de trouver une vraie formule qui pourrait faire en sorte que ces pertes là puissent être minimisées au maximum afin d’atteindre un objectif de plus de 60% en terme d’aide effective par rapport aux dons. Et la deuxième idée était de faire tomber certains clichés négatifs à savoir que nous même les africains dans ce cas là puissions enfin prendre nous même notre destin en main pour pouvoir venir en aide aux populations que nous connaissons mieux tant sur le plan émotionnel, affectif, culturel et même spirituel.

Donc en réalité une autre façon de financer, de définir et de déployer l’aide au développement ?
Oui. C’est ce que nous entendons produire comme effet au sein des populations surtout celles du sud, qu’elles apprennent enfin comme les Chinois l’ont fait depuis longtemps à prendre les choses en main.

Donc vous nous dites si l’aide qui est octroyée à un pays comme le Cameroun et gérée par les Camerounais, on a plus de chance que plus de la moitié de cette aide revienne réellement à la population ?
Oui, ça c’est ce que je pense et je pense aussi d’ailleurs que si cette aide de départ, que ce soit en amont comme en aval est gérée à 100% par les citoyens camerounais, nous avons de plus fortes chances que des réalisations concrètes puissent se faire et dans le long terme.

Cela veut dire que vous mettez de côté les problèmes locaux notamment les délits de corruption, de détournement d’aide?
Non, il faut que l’on soit réaliste. Nous avons un problème de mentalité qu’il faut changer, effectivement je pense que cette grosse gangrène qui mine les mentalités pas seulement au Cameroun, mais à travers le monde est souvent liée à une extrême pauvreté. Une précarité s’est installée et les populations cherchent par tous les moyens à s’assurer un avenir ou un lendemain et c’est parce que – et c’est mon analyse particulièrement personnelle – elles ne savent pas ce que leur réserve l’avenir. Si les populations pouvaient savoir qu’avec une graine on allait avoir dans quelques années un arbre dont tout le monde pourrait profiter, certaines choses pourraient changer sur la façon dont on gère la chose publique, le bien de tous.

Quel a été le déclic ?
Le déclic pour moi c’était deux faits. Il y a un collègue qui est actuellement le délégué général de notre organisation au Cameroun, représentant des médecins-dentistes, qui a fait ses études en Russie et en Allemagne en médecine dentaire et il voulait rentrer au Cameroun pour mettre son savoir au service de tous les camerounais. Or, il s’est posé le problème de son équipement et d’une certaine aide pour le retour. Alors je me suis tourné vers le CHU de médecine dentaire de mon université ici en Allemagne pour savoir si on pouvait lui remette du matériel déjà usagé. Le directeur du CHU nous a répondu que c’était possible à la seule condition qu’il remette à une association et non des privés. Et la deuxième chose c’est lorsque j’ai fais quatre mois de stage à l’hôpital central de Yaoundé au Cameroun, je me suis rendu compte qu’en chirurgie il y avait des malades qu’ils appellent là-bas indigents, c’est-à-dire sans ressources qui avaient besoin pour vivre de médicaments et j’avais ramené des médicaments qui ont aidé de nombreuses personnes. Je me suis dis que je pouvais continuer.

Vous êtes médecin de formation, parlez-nous de votre parcours.
Je suis né au Cameroun, j’ai grandi dans la ville de Yaoundé et j’ai quitté le Cameroun en 1997 pour me retrouver ici dans la ville de Bonn où mes parents avaient des amis. J’ai obtenu au Lycée Leclerc de Yaoundé un bac série D et mon rêve était d’étudier la médecine. C’est ce que j’ai donc fais comme étude après un semestre en chimie. Aujourd’hui je suis en cycle de formation en neurologie.

help now compte combien de personnes aujourd’hui ?
Nous avons environ 50 membres qui appuient ces efforts encore que je ne compte pas réellement ceux qui sont au Cameroun car ils représentent 25 personnes mais dans le fond c’est à peine 10 personnes qui font le travail.

Ce sont tous des médecins ?
Non, notre groupe est très varié. Nous n’avons heureusement pas que des médecins, ce serait très monotone. Nous avons beaucoup d’ingénieurs, d’informaticiens, des économistes. Quand je regarde, la structure est plus hétérogène au Cameroun où nous avons des hommes d’affaires, des anciens hauts cadres dirigeants, des magistrats de la Cour Suprême et c’est tout cela qui nous amène à faire des progrès et que nous nous orientions vers le développement de demain.

A côté des activités sur le terrain au Cameroun, vous faîtes du lobbying politique. Qu’est ce que c’est ?
J’ai toujours été très fasciné par la disponibilité que les hommes politiques ici en Europe ont lorsqu’il s’agit des sollicitations de leurs citoyens et dans la ville de Bonn, qui était la capitale fédérale de l’Allemagne, j’ai eu à côtoyer pratiquement au quotidien tout ce milieu (ambassadeurs, personnalités, etc.) Aux élections de 1998, nous étions environ 80 âmes (étudiants camerounais et autres), et déjà à ce niveau je me suis rendu compte que certaines portes m’étaient ouvertes et que je pouvais défendre les intérêts de nos confrères et citoyens. C’est cela qui m’a mené à écrire à nos députés fédéraux et même au chancelier allemand, je leur écrivais sur certaines questions et ils me répondaient. Ce qui est le cas aussi de Président Chirac et du premier ministre belge de l’époque.

Et que disaient ces lettres ? Vous en gardez des souvenirs ?
Je me souviens, j’avais contacté le président Chirac à l’époque sur la question de la guerre en Irak et du militarisme américain en demandant si la France ne pouvait pas s’insurger contre cela, j’avais aussi évoqué la crise en Côte d’Ivoire. Il a répondu en disant que la France voulait la paix et la France parlait à la télévision de sa position un peu plus claire contre la guerre en Irak. Cette lettre m’a valu, car j’étais encore un jeune étudiant, l’octroie d’une bourse gouvernementale ici en Allemagne jusqu’à la fin de mes études. A partir de ce moment, j’ai été invité à plusieurs séminaires. J’ai rencontré beaucoup de politiciens allemands, beaucoup de hautes personnalités et au niveau de l’église où j’étais très engagé aussi auprès avec des groupes chrétiens universitaires, j’ai été aussi invité à un symposium appelé «les jours des rencontres» des politiciens croyants et pratiquants qui se retrouvent tous les vendredis et ils débattent ensemble sur la politique, sur comment ils doivent gérer leur pays.

Donc vous êtes un homme politique allemand !
Non ce que l’on peut dire c’est que je suis un citoyen Camerounais à part entière mais qui à travers ses moyens, ses canaux, fait du lobbying pour faire évoluer l’image qu’on a de nous.

Quelle est votre plus grande satisfaction aujourd’hui? Est-ce que c’est l’évolution de ces politiques de lobbying ou ces actions sur le terrain à travers votre organisation Help now ?
Ma plus grande satisfaction c’est déjà de voir qu’avec très peu de moyen nous pouvons faire de très grandes réalisations. J’ai vu ça avec les différents dons que nous avons eu à faire et même dans les causeries avec ces hommes politiques que nous avons rencontrés. Ce sont des gens comme tout le monde, nous déjeunions ensemble, nous causions. Ils ont des idées très arrêtées, ce sont des clichés qui sont dans leurs patrimoines culturels et c’est très difficile à changer mais je pense et espère qu’ils comprendront que nous sommes une nouvelle génération d’Africains.

Pour terminer cette interview, j’ai une dernière question, est-ce que vous ferez de la politique plus tard ?
Je dirai que c’est très ouvert parce que je suis avant tout un homme qui cherche à sauver des vies humaines c’est pour cela que j’ai fait de la médecine et l’hôpital est là où je me retrouve et me sent comme on dit chez nous «un poisson dans l’eau». Mais ce à quoi je pense c’est une action citoyenne très forte qui peut avoir son influence dans la politique dans le genre de Martin Luther King.

Anderson Kuetche

Journalducameroun.com)/n

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