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Et si l’Afrique refusait le développement ?

Une autre façon de comprendre l’enlisement du continent

Les élites africaines cultivées savent elles mieux que les masses analphabètes ou va l’Afrique ?
Axelle Kabou

La question d’Axelle Kabou a au moins le mérite de susciter le débat. En Afrique, une opinion communément admise rattache la misère actuelle du continent à des causes extérieures au continent et ses habitants. L’auteur explique que ce courant est entretenu par les dirigeants politiques en manque d’inspiration pour proposer des solutions aux maux de tout genre qui maintiennent les différents pays dans la léthargie. Et de s’indigner : « Les élites africaines cultivées savent elles mieux que les masses analphabètes ou va l’Afrique ? ». Les raisons « bouc émissaires » de l’embourbement de l’Afrique puisent leur source dans les abîmes de l’esclavage, la colonisation, l’apartheid, la détérioration des termes de l’échange. Mais, aussi pertinentes que puissent être ces thèses, elles ne suffisent plus à tout expliquer.


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les africains doivent éviter de tomber dans un piège que certains d’entre eux se tendent à eux même, celui du refus du développement
Edem Kodjo

Axelle Kabou fait sienne les propos de Edem Kodjo selon lesquels « les africains doivent éviter de tomber dans un piège que certains d’entre eux se tendent à eux même, celui du refus du développement ». Elle prend à rebours le « discours propagandiste officiel » et lie plutôt l’enlisement de l’Afrique à la « mentalité de sous développée » entretenue par les concernés. Ainsi, « au mythe négatif du colonisateur, a succédé un mythe positif du colonisé » pour qui « tout est bon dans ses m urs et traditions même l’anachronique ou le désordonné, l’immoral ou l’erreur ».
L’essai de Axelle Kabou se structure en 16 chapitres répartis en 3 grandes parties. Dans la première, l’auteur ressasse les « réponses lacunaires » généralement données pour expliquer le sous développement de l’Afrique. La deuxième partie soulève les éléments de la mentalité des africains contribuant à comprendre leurs « refus du développement ». La dernière partie jette des bases « pour l’avènement d’une Afrique décomplexée » avec une analyse pertinente sur la défunte OUA. Comme le précise Axelle Kabou, son ouvrage n’est pas « un énième recueil sur les bizarreries des m urs politiques africaines ». Mais, une contribution à la réflexion sur les causes de la dérive de l’Afrique en expliquant « pourquoi le refus du développement n’est pas visible », en mettant « en évidence les points d’eau ou les consciences africaines post indépendantiste s’abreuvent » et en démontrant « les mécanismes du processus conceptuel par lequel l’Afrique rejette le développement ».
En somme, Axelle Kabou a réussi à suggérer une autre piste de réflexion sur les raisons de l’état de l’Afrique caractérisée par de multiples malheurs et tragédies. Une uvre captivante à travers un style soutenu et fluide, bien que parfois doctrinal.


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