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Et si le Cameroun changeait demain ?

Par Macaire Lemdja

Le 09 octobre 2011, s’est déroulé le scrutin présidentiel tant attendu. La campagne électorale fut terne mais brilla par intermittence, au gré du choc des idées et du poids de projets de certains candidats.
Elle a toutefois été émaillée d’ irrégularités, de dysfonctionnements et plus grave par la mort de deux gendarmes accomplissant leurs missions et d’une citoyenne camerounaise dont deux partis, le RDPC et le SDF, revendiquent l’appartenance, dans un feuilleton macabre dont se serait bien passé la République. La mort de Bibi Ngota n’aura donc pas servi de leçons aux uns et autres, notamment quant à la charge émotionnelle qu’une mauvaise communication pouvait soulever.
S’il est indéniable que la participation n’aura pas été au RDV, en raison de l’indifférence manifestée par les Camerounais davantage à l’endroit du politique que de leur avenir d’une part et des appels récurrents au boycott d’autre part, force est de reconnaître que l’enjeu valait la chandelle.
30 ans de régime RDPC et 50 ans de système unique sans discontinuité, commandaient nécessairement que chacun de nous puisse, l’instant d’une campagne électorale qui n’aura duré officiellement que 15 jours, moins que cela puisque le candidat sortant ne s’y est pris que dans les derniers jours, se muer en aide comptable pour établir le bilan avant de se projeter dans l’avenir.
Un tel exercice aurait revêtu un cachet exceptionnel si la participation des citoyens à cette élection avait été massive, indépendamment des faiblesses, lacunes, dysfonctionnements constatés dans notre processus électoral.
En demeurant chez soi, en prônant le bulletin blanc, de nombreux Camerounais ont validé, consciemment ou inconsciemment, leur statut de « sans voix » dont l’exégèse politique n’est utile et prise en compte, pour l’instant, que dans les démocraties dites avancées.
Mais pourquoi ont-ils eu recours à nouveau aux méthodes qui ont lamentablement échoué dans le passé? Comment peuvent-ils renoncer à participer à un examen, sous prétexte de l’impartialité de l’examinateur, pour crier à postériori à la fraude et justifier son non admission au dit examen?
La politique de la chaise vide, à travers le boycott, l’abstention, le bulletin blanc, n’a jamais produit les résultats à la hauteur des espérances de leurs initiateurs. Au mieux elle marque la défiance des populations vis-à-vis d’un système électoral ou d’un pouvoir, au pire elle écorne la légitimité du vainqueur. Dans tous les cas de figure, elle ne saurait servir d’arguments politiques et juridiques à une contestation post électorale.
Un adage populaire ne dit-il pas que « les absents ont toujours tort ».
Quoi qu’il en soit, la participation massive que nous préconisions avant cette élection, loin d’être une caution à une « mascarade » comme le soutiennent, dans une facilité intellectuelle, certains compatriotes, aurait surement mis en évidence les carences du processus électoral et d’Elecam dont beaucoup réfute l’indépendance, les aurait amplifié voire aurait validé ou invalidé l’existence de la machine à fraude qui s’y cacherait comme le prétendent certaines langues.
En effet, il est plus difficile de manipuler 7,5 millions que 4,5 millions de bulletins. Aucun logiciel humain ou informatique ne pourrait frauduleusement le faire sans laisser des traces indélébiles. Toute chose qui aurait été du pain bénit pour un peuple, mobilisé à bloc, pour voter, contrôler son vote puis le défendre, motivé de surcroît par les acteurs politiques qui n’auront cessé d’expliquer à ce même peuple, leurs projets centrés sur leurs sujets de préoccupations quotidiennes (emploi, logement, santé, éducation, vie chère, délestage, pénurie d’eau, accidents de la route, insécurité etc.).
Mais point de cela. Alors que faire « Bi Boya » comme diront certains compatriotes ?
Sans préjuger des résultats puisque l’annonce en revient à la cour suprême agissant comme conseil constitutionnel, il n’est pas inutile, à ce stade, de tirer quelques enseignements pour l’avenir.

UNE DECOMPOSITION – RECOMPOSITION QUI S’IMPOSE
Tout d’abord, notre paysage politique est appelé à se remodeler quel que soit le vainqueur de ce scrutin. Aucun camp, aucune obédience ou chapelle politique ne sera épargné par cette opération « DECOMPOSITION -RECOMPOSITION ». Les lignes « Maginot » érigées, ça et là, ne résisteront plus longtemps à la soif d’un renouvellement interne aux partis puis à l’ensemble du pays.
Une époque s’achève avec ses schémas de pensée, ses pratiques et une nouvelle ère s’ouvre.
La participation massive à cette élection, comme aux prochaines (législatives et sénatoriales), aurait pu, contrairement au boycott, donner à cette « décomposition – recomposition », une amplitude, une vitesse, un spectre beaucoup plus large.
Elle touchera, au-delà des femmes et des hommes qui prendront ipso facto une retraite politique bien méritée (la retraite n’étant pas une sanction), la pensée unique qui sied aujourd’hui dans les état-major des partis politiques ainsi que les méthodes, démarches, pratiques et cursus politiques.
Loin du « griotisme », du clientélisme, du populisme, nos acteurs politiques devront apprendre à battre davantage les estrades, à aller à la rencontre des Camerounais des villes et surtout des campagnes, à se prémunir à terme contre l’effet « DON’T KUBEBA » (Ne dites rien, prenez les sacs de riz, les pagnes, les gadgets, les cartons de maquereaux etc mais dans l’urne votez pour le candidat de votre c ur et raison) qui a permis à l’opposant historique zambien d’accéder récemment au pouvoir, à proposer plus qu’à dénoncer, à s’organiser et se préparer aux scrutins électoraux bien longtemps à l’avance.
Lacunes qui pèseront à coup sur, sur les résultats du 24 octobre prochain. Notre opposition hétéroclite dont l’homogénéité de niveau en termes de culture et pratiques politiques n’est pas la valeur la mieux partagée de ses membres, paie et paiera encore cher, les douloureuses électorales si elle ne s’investit pas dans un chantier de renouvellement tous azimuts.
Il s’agit là de la deuxième leçon que l’on peut tirer de ce scrutin.

VERS UNE OPPOSITION RENOUVELEE
Uni en aval pour demander l’annulation du scrutin, notre opposition ne l’a pas été en amont pour nouer des alliances susceptibles d’ébranler la citadelle RDPC, voire de créer un effet d’aubaine, d’entrainement, à défaut d’une candidature unique, comme c’est le cas actuellement en RDC où un front commun s’est érigé derrière Etienne Tshisekedi, le leader historique de l’UDPS, pour affronter, dans un scrutin à un tour, le Président sortant Kabila Jr.
Malheureusement, ses alliances ne se nouent pas la veille d’un scrutin, elles se préparent, tout comme les élections, longtemps à l’avance, par un compagnonnage, des discussions permanentes entre partis autour des stratégies, projets, des solutions aux inquiétudes de nos compatriotes.
Les occasions n’en ont pas manqué durant cette mandature écoulée.
Avant de convoler en justes noces, les futurs époux se sont rencontrés préalablement, ont appris à se parler, à se connaître durant leurs fréquentations, ont pu déceler et jauger leurs qualités et défauts respectifs pour finalement définir le socle ou la fondation minimale de leur future maison de couple.
Tel doit être dorénavant la démarche de l’opposition renouvelée ou de la nouvelle opposition camerounaise.
En organisant des conventions thématiques pour apprendre à se connaître, à se parler, à échanger sur les problématiques qui touchent la vie de la nation, à travailler ensemble, à élaborer des projets communs, mutualiser les forces (présence des scrutateurs dans les bureaux de vote par exemple, des programmes et pourquoi pas jeter les jalons des futures alliances électorales, cette opposition répondra davantage à l’attente de notre population.
Une telle démarche est pédagogique. Elle contribuera certainement à l’édification d’une opposition solide, crédible, responsable, respectée, républicaine et surtout capable de compter davantage sur elle-même, le peuple et non sur une éventuelle intervention de la communauté internationale dont l’empathie, non désintéressée d’ailleurs, ne pourrait jamais remplacer notre seule et unique détermination à effectuer le changement véritable qu’attend notre pays.
Un changement dont la source, l’origine ne saurait être exogène mais plutôt endogène. Loin surement de celui proposé par les générations spontanées de « poupées russes » en guise de conseils nationaux (révolutionnaires, résistance, transition etc.), sans « objet » et sans « avenir » auxquels l’actualité de ces dernières semaines nous a servi comme plat infecte.
Le Cameroun, en plus de ses richesses naturelles, est un pays doté de ressources humaines, en nombre et en qualité suffisantes. Il est vrai qui s’y côtoie misère et opulence, excellence et médiocrité, dynamisme et inertie, imagination et indolence, rigueur et laxisme, créativité et somnolence, sens de l’Etat et intérêt personnel mais quelle mouche a piqué certains de nos compatriotes pour imaginer, esquisser un début de commencement de « saison sèche subsaharienne » chez nous en lieu et place d’un « printemps arabe » qui n’a pas fini livrer ses secrets ?Qui plus est, en plagiant de manière peu intelligente, les recettes éculées du CNT (Conseil National de Transition) libyen.
L’intelligence a-t-elle désertée les cerveaux de ces compatriotes ? Oh que non. Ils reviendront surement à la raison car le Cameroun ne le mérite pas. L’Irak, l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire et la Libye ne l’ont pas mérité non plus. Le remède fut inadapté au mal et le médecin fut également illégitime. L’histoire politique nous enseigne que les peuples latino américains obtinrent des changements dans leurs pays contre la volonté de ces pays occidentaux et devinrent des pays émergents. Nulle part ailleurs dans le monde ces changements véritables eurent lieu, avec l’assentiment de ces occidentaux et sans asservissement.

UNE NECESSITE INCONTOURNABLE
Au sortir de ce scrutin, la tâche de celle ou celui qui présidera aux destinées de notre pays ne sera point aisée et il s’agit du dernier enseignement que nous pouvons tirer de ces deux semaines de campagne électorale.
Plus que jamais, l’attente des Camerounais pour un changement dans leur vie quotidienne, est forte et pressante.
Le calme, la paix qui a entouré jusqu’à présent les opérations, en dehors des victimes à qui nous rendons hommage ici, ne saurait être un blanc seing, un quitus ni un passeport supplémentaire pour l’inertie récurrente qui caractérise la gouvernance chez nous.
La pression sera d’autant plus forte si c’est le candidat du RDPC qui se succède à lui-même. Ce qu’il n’aura pas voulu, pu ou su faire en 30 ans, il devra s’y atteler dès le 25 octobre au matin avec des résultats probants et concrets.
Cette tâche, loin d’être une sinécure, ne pourra s’effectuer que dans un contexte apaisé, loin des intrigues, luttes de positionnement en vue de la succession du Chef de l’Etat, qui pourraient accentuer l’inertie de notre technostructure, paralysant ainsi la résorption des problèmes de nos compatriotes et par ricochet provoquer « la sortie de la rivière de son lit ».
Pour éviter donc la chienlit, le choc des ambitions, en dehors de la mise en place rapide des institutions inscrites dans notre constitution, de l’application de l’article 66 de celle-ci, sur la déclaration du patrimoine des gestionnaires de la fortune publique, une large ouverture politique s’impose. Tout du contraire d’un gouvernement de transition qui pourrait facilement se diluer au mieux en « Canada dry » et au pire à la « fausse aux loups » ou en « sauce gombotique ».
Le Cameroun se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Son avenir et son destin se nouent actuellement. Ils sont pourtant entre vos mains, filles et fils du même pays, disséminés à travers le monde. Nul ne peut vous les voler si vous faites preuve de perspicacité, de combativité. Il nous appartient donc, conscients de nos devoirs, de ne point mettre nos ambitions personnelles, égocentriques avant celles de faire de notre pays, un havre de prospérité, de paix et de solidarité.

Macaire Lemdja
Journalducameroun.com)/n


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