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Ex-employés de l’Etat au Cameroun: des associations camerounaises de la diaspora dénoncent

«La majorité refuse ce qui ressemble à un gangstérisme d’Etat, convaincue d’ailleurs que le Ministre ne peut pas être le commanditaire d’une telle arnaque»

Camerounais, Camerounaises, vous êtes déjà tous au courant. Venu pour recevoir son dû comme des milliers de ses collègues, Monsieur Fabien Michi, père de famille a rendu l »âme hier matin devant l’immeuble de la Campost à Yaoundé.«Il faisait des cents pas entre la banque et la Campost, quand soudain, il est tombé» témoigne un reporter du quotidien Mutations dans sa parution du 18 septembre 2013. Ex employé de la Mission de développement des cultures vivrières (Mideviv), Fabien Michi était venu à Yaoundé percevoir son dû comme 1000 de ses collègues .Il a rendu l’âme après des multiples tracasseries administratives devant les locaux de la Campost à Yaoundé. Cet autre cas de décès vient augmenter le nombre des cas des Camerounais décédés depuis des années dont le mouvement de Février 2008 ne cesse de dénoncer.

Depuis quelques jours, des retraités forcés qui défient les caprices de la nature, afin de réclamer leurs dus, venus des quatre coins de la république dorment à la belle étoile à Yaoundé. Il s’agit des employés de 48 sociétés sous l’autorité du gouvernement camerounais qui ont été déflatés dans les années80 et 90, et dont les indemnisations n’ont pas suivis. Pour cela, ces employés qui ont servi l’Etat camerounais durant plusieurs années, se sont réunis réclamant juste leurs droits quant aux services rendus à la République. Ces sociétés ont été fermées sans que les droits des travailleurs n’aient été respectés, et cela dure depuis des décennies.

Selon l’éditorialiste Jean Baptiste Sipa, les sinistrés en question ont reçu à la date du 5 septembre 2013, un communiqué du Ministre des Finances leur annonçant que « dans le cadre du paiement de la première tranche de la prime de reconversion aux Ex-employés des 48 sociétés concernées, l’opération sera effectuée sous le contrôle de la Caisse autonome d’amortissement (CAA) mandatée à cet effet », et selon un calendrier allant du vendredi 6 au vendredi 13 septembre 2013. Depuis lors, les intéressés évalués à des milliers de personnes constituées désormais des vieillards ont déferlé à Yaoundé en provenance de tous les coins du Cameroun, pour se faire identifier et enregistrer comme éligibles aux paiements décidés par le MINFI.

Selon JBS, ils ont été ensuite orientés vers des Banques désignées pour percevoir leur dû. Mais ont été surpris de se voir opposer un document intitulé « Protocole transactionnel » où il est écrit, entre autres, que « L’Etat s’engage à payer à l’intéressé(e) un montant correspondant à trois mois (03) de salaire de base au titre de la prime de reconversion et pour solde de tout compte ». L’article 3 du protocole est ainsi rédigé: « l’intéressé accepte de percevoir le montant à trois (03) mois de salaire de base au titre de la prime de reconversion, et pour solde de tout compte. En conséquence, le présent protocole règle définitivement et sans réserves, entre les parties, tout litige né ou à naître relatif à la dette sociale, notamment la prime de reconversion. » Ce qui veut dire en clair que si le vieillard qui était porté ce vendredi par ses deux fils pour grimper les escaliers du Palais des Sports touchait 50 000FCFA par mois au moment de la liquidation de son entreprise en 1986, ou 1994, la Banque ne pourra lui remettre que 150 000francs CFA.

L’article 4 du Protocole qui lui confère « l’autorité de la chose jugée », stipule ceci: « Le présent protocole, intervenu librement entre les parties, vaut transaction au titre de l’article 2052 du Code civil aux termes duquel les transactions ont, entre les parties, l’autorité de la chose jugée en dernier ressort. Elles ne peuvent être attaquées pour cause d’erreur de droit, ni pour cause de lésion. Il emporte renonciation à tous les droits, actions ou prétentions à quelque titre que ce soit entre les parties ». Et il ajoute: « A cet effet, toute revendication ultérieure, individuellement ou collectivement, à la perception intégrale du montant sus-indiqué expose l’intéressé (e) à des poursuites judiciaires.

Autrement dit, ajoute Jean Baptiste Sipa, l’intéressé est spolié de son droit, avec son propre consentement forcé, et n’a plus le droit ultérieurement de se plaindre, au risque d’être poursuivi en justice par son spoliateur. Le hic c’est qu’il n’a jamais rien négocié de tel avec qui que ce soit, et qu’il découvre ce protocole plutôt chez le banquier qui doit lui payer son argent. Et s’il ne signe pas le protocole dont le co-signataire est supposé être le Ministre des Finances (naturellement absent), le banquier refuse de le payer. Sous le poids de la misère ou par ignorance, quelques bénéficiaires ont signé ce protocole suicidaire « pour en finir ». La majorité refuse ce qui ressemble à un gangstérisme d’Etat, convaincue d’ailleurs que le Ministre ne peut pas être le commanditaire d’une telle arnaque.

C’est ainsi que venu pour recevoir son dû comme des milliers de ses collègues, Monsieur Fabien Michi, père de famille a rendu l »âme hier matin devant l’immeuble de la Campost à Yaoundé.«Il faisait des cents pas entre la banque et la Campost, quand soudain, il est tombé» à cause des tracasseries administratives. Nous pensons pour notre part que le régime de Monsieur Biya porte l’entière responsabilité de la mort de ce citoyen camerounais, qui s’est rendu à Yaoundé, laissant derrière lui sa famille pour entrer dans son droit. Voilà une situation qui pose l’épineuse question sur le respect des droits de l’Homme au Cameroun.

Les organisations camerounaises de la diaspora, toujours proches du peuple camerounais pensent pour leur part qu’il est temps que la lumière soit faite sur le décès de Monsieur Fabien Michi et que tous ses bourreaux « corrompus » soient traduits devant la justice camerounaise. Par ailleurs elles exigent que l’Etat du Cameroun annule le protocole d’accord cité ci-dessus.

Nous, organisations camerounaises de la diaspora exprimons également nos souhaits à la mise en place par le gouvernement du Cameroun de tous les volets de la Feuille de route, le plus rapidement possible, y compris la garantie de la protection des droits de tous les travailleurs et les ex salariés des entreprises étatiques bradées, le respect des droits fondamentaux et de la liberté de tous, ainsi que le paiement de tous les arriérés de tous dans leur circonscription administrative de résidence respective

Fait à Bruxelles le 18 septembre 2013

Kadji Toukam Tchuessa Elie, Président,Asbl Liberal Cebaph
Marcel TCHANGUE, Membre fondateur du CODE
Gisèle EMEGUE, Présidente Action Solidaire Internationale
Simplice KAMEGNI, Représentant Mouvement de février 2008
Evarist Mohbeu,Collectif National contre l’Impunité au Cameroun
Tchamo Waffo Oscar, Mouvement de Février 2008 au Cameroun
Roufaou Oumarou, Association pour la Promotion de la Justice et de l’Education, Mechelen (Belgique)


cgiplumeart.com)/n
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