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Exploitation forestière: La mafia en ordre de batailles rangées à Yoko

Les libano – camerounais de Cana Bois et AFBC à couteaux tirés avec les italiens de la Société industrielle de Mbang (SIM)

Clash dans le partage du gâteau forestier
De graves accusations contre le ministre Emmanuel Réné Sadi sont entendues ces jours-ci dans le cadre de l’exploitation forestière à Yoko dans le Mbam et Kim. Il lui est en effet être reproché d’être le ministre des forêts « par procuration » et de « rouler » pour les italiens de la Société industrielle de Mbang (SIM). Une grosse « mafia sicilienne » selon les pourfendeurs du ministre Réné Sadi, élite de Yoko. « La guerre va commencer.. il y a un scandale à venir..Je veux le faire au nom du peuple Camerounais..pour montrer que la mafia ne peut pas être la règle dans ce pays ». Ces dénonciations doublées de menaces sont de Bou Hadir Nassar Mikael. Cet exploitant forestier n’en finit pas d’exprimer son courroux depuis le 10 avril 2012. Ce jour-là, le ministre des forêts a pris une décision notifiant son entreprise de l’annulation de l’autorisation de récupération de bois ARB 0801060. Suffisant pour que l’opérateur économique libano- camerounais saisisse le 20 avril 2012 le tribunal de Première Instance de Yaoundé d’une plainte contre Ngole Philip Ngwesse (Ministre camerounais de la Forêt) pour « atteinte à l’honneur et à la considération de son entreprise, accusée de fraude forestière ». Une plainte de plus. En effet, le 14 décembre 2011, Bou Hadir Nassar, agissant en qualité de directeur général de Cana Bois, avait déjà porté plainte le 14 décembre 2011 contre Awa Fonka Augustine, alors préfet du Mbam et Kim. L’actuel gouverneur de la région d’Extrême-Nord est accusé d’abus de confiance et favoritisme. Pour l’accusateur, Awa Fonka Augustine s’acharne systématiquement sur la société CANA BOIS, favorisant les concurrents, notamment la société SIM (Société Industrielle de MBANG) et consorts, lui causant ainsi un préjudice incommensurable.

Les raisins de la colère
Les cris d’orfraie du patron de Cana Bois ne semblent pas impressionner le maire de Yoko. Annir Tina Dieudonné commence par regretter le mélange des pédales dans ces accusations. « L’affaire Cana Bois est une affaire de travaux routiers et non d’exploitation routière », explique le maire de YOKO. Il distingue trois types de problème dans « l’affaire Cana Bois ». La première est celle de l’autorisation de ramassage de bois. Pour Annir Tina Dieudonné, « Cana Bois n’a pas de papier pour le ramassage des bois. Cette entreprise n’a rien fait sur le terrain en termes de construction de pistes rurales. Elle n’a rien payé dans les caisses de la commune ». D’après les statistiques fournies par la commune de YOKO et la délégation départementale des forêts du MBAM et KIM, Cana Bois a enlevé pendant les deux mois (novembre-décembre 2011) de la validité de son Arb, environ 3 000m3 d’Iroko. Ce qui donne un chiffre d’affaires de 300 millions de FCFA. Le maire de Yoko dénonce l’exploitation frauduleuse des forêts de sa commune par Cana Bois. « Cette entreprise a procédé à des coupes de bois à la limite de Nanga Eboko en montant vers Yoko. Elle sortait mafieusement ce bois par la Haute Sanaga », explique le maire de YOKO. Le deuxième problème est relatif à la route. Le maire a dû écrire en mi-décembre 2011 au ministre des travaux publics pour stigmatiser le comportement de ces exploitants forestiers qui coupent les arbres sans construire les routes, comme prévoit pourtant le cahier de charges. En janvier 2012, le maire de Yoko a écrit ensuite au ministre des forêts pour recuser les routes construites par les exploitants forestiers, au motif que ça ne rapporte rien à la commune. La troisième affaire est celle de la forêt communale de Yoko attribuée à Cana Bois. Pour l’élite de Yoko, il n’y a aucun souci avec l’attributaire. La mairie est en attente des propositions de Cana Bois. Et le ministre René Sadi dans tout ça ? Notre demande d’informations déposée dans ses services est restée sans réponse. Toutefois, voici ce qu’en dit son entourage dans le journal Le Messager du jeudi 03 mai 2012 : « Le ministre n’a aucune réaction à donner aux médias sur les allégations de monsieur NASSAR, qu’il ne connaît pas personnellement. Mais ce qu’on peut vous dire est que tout ce que Monsieur a dit est un tissu de mensonges et d’amalgames ». Soit. Mais, des sources introduites confirment l’implication du ministre René Sadi dans l’exploitation forestière à Yoko à travers la société SIM. Le maire de Yoko dans les colonnes du journal le Messager, en parle : « le ministre SADI, qui est une de nos élites importantes a voulu s’informer comme toutes les élites de Yoko, sur les activités des forestiers qui sont installés dans l’arrondissement. (.) Les allégations sur le ministre SADI sont non fondées ».

L’âge d’or vert est révolu
Les langues se détiennent aujourd’hui, parce que certains exploitants forestiers sont vraisemblablement oubliés ou écartés. Il y a pourtant quelques années, la « mafia » parlait d’une seule voix (l’ormeta) et tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, surtout dans les départements de la Haute Sanaga et du Mbam et Kim. Là-bas, les exploitants forestiers pillaient en toute liberté. Les contrôles de l’administration forestière étaient interdits. Les observateurs indépendants n’étaient pas tolérés. La pression des représentations diplomatiques n’avait aucun effet sur les décideurs du pays. C’était l’« âge d’or vert » pour les exploitants forestiers. Au grand désespoir des populations riveraines, contraintes à vivre dans l’extrême pauvreté. Et vint une nouvelle ère, avec son lot de réformes, qui n’ont pas encore véritablement changé la donne. L’examen des procédures d’attribution des titres et autres autorisations laisse notamment apparaître la prégnance des manipulations à des fins inavouées. Cas d’école avec l’annulation querellée de l’autorisation de récupération de bois ARB 0801060. La Société Cana Bois est attributaire du titre d’exploitation ARB 0801060 dans la localité de Nanga Eboko (dans la région du centre) selon la lettre référence 2693/L/MINFOF/SG/DF/SPAFF/SAG du 24/11/2008. Il s’agit d’un projet agricole de 1803 ha. Les dates de notifications et d’expiration de ce projet agricole ne sont pas curieusement précisées. Une autre curiosité : la nature du titre de Cana Bois est mutée aujourd’hui en enlèvement de Bois. Toujours dans le registre des curiosités, Cana Bois et ses titres d’exploitation ne figurent dans aucune liste (des autorisations de récupération et d’enlèvement de bois) valide en 2011. Pourtant, le ministre Ngolle Ngolle Elvis n’hésite pas -au mépris de la réglementation en vigueur- à signer une autorisation exceptionnelle de deux mois (novembre, Décembre 2011) à Cana Bois. Dernière interrogation : Comment comprendre les revendications de Cana Bois alors que la validité de son titre est forclos ? Toutes ces curiosités et questions sans réponses montrent très bien qu’il y a des dessous de cartes qui masquent les vrais enjeux du problème de fond. Pourra-t-on un jour démêler l’écheveau de la soupe ?


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