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Extrême-Nord: le tourisme à genoux, un «ogre» est passé par là

Les touristes ont fui la partie septentrionale du Cameroun, frontalière avec le Nigeria, au désarroi des guides touristiques et des populations qui vivaient des revenus du tourisme

Toute la population était pourtant habituée à voir au quotidien des touristes, pour la plupart « des blancs » qui venaient visiter les sites touristiques de ce village avant de continuer un peu plus loin vers la frontière avec le Nigeria.

« Depuis un an, aucun touriste blanc n’est plus venu ici et depuis six mois, même les touristes camerounais et africains ne viennent plus », affirment les populations locales rencontrées par Anadolu.
« Nous avons une baisse considérable des touristes depuis les attaques de Boko Haram », confirme dans une déclaration à Anadolu Lassiri Beidi, une guide touristique rencontrée à Boboyo. « L’impact des activités de Boko Haram est énorme. On avait des touristes tous les jours, sept jours sur sept. Maintenant on ne les voit plus, même pas une fois par mois », ajoute Beidi.

Selon les chiffres publiés par le ministère camerounais du tourisme, le nombre de touristes est passé de 950 000 en 2013 à 912 000 en 2014 et « moins de 900 000 en 2015 ». Cette chute du nombre de touristes est liée à la fois aux activités de Boko Haram au nord du Cameroun, et à l’insécurité à l’Est du pays, à la frontière avec la Centrafrique.

Un bilan établit en début d’année par le porte-parole du gouvernement camerounais, Issa Tchiroma, révèle que plus de 1000 personnes civiles ont perdu la vie au Cameroun depuis 2013, du fait des agissements de Boko Haram.

Le Cameroun est en effet un pays d’une grande diversité culturelle, de reliefs et de paysages. Le pays possède une faune diversifiée de « 409 espèces différentes de mammifères, 143 espèces de reptiles, 849 espèces d’oiseaux et 190 différents types d’amphibiens », d’après les informations officielles fournies par le gouvernement.

Quant aux aires protégées, on compte « sept parcs nationaux, sept réserves de faune, 27 zones cynégétiques, un sanctuaire et trois jardins zoologiques ». A ceci s’ajoutent les sites dits naturels, dont le nombre total reste inconnu. C’est dans cette catégorie que se classent les sites de Boboyo. Certains de ces sites se trouvent dans la partie septentrionale du Cameroun, cette partie qui partage sa frontière à la fois avec le Nigeria et le Tchad.


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Or depuis 2012, date de l’enlèvement d’une famille de sept touristes français dans cette région, le nombre de touristes n’a cessé de diminuer. Les attaques et les attentats kamikazes n’ont fait qu’aggraver la situation. Aucun touriste n’est plus allé dans cette partie du pays depuis un an.

Boboyo possède pourtant deux sites qui étaient jusque-là très prisés. La grotte des amoureux est une grosse pierre, une sorte de rocher ayant un creux au centre. Les gens, pour la plupart les futurs mariés, y venaient en couple. L’un des partenaires lance une pierre sur le rocher.

« La légende dit que si la pierre tombe dans le creux, alors le mariage sera heureux », explique Pierre Douma, lui aussi guide touristique. C’est une sorte de demande en mariage à la camerounaise, un peu comme les occidentaux qui offrent une bague de fiançailles.
Le lac aux crocodiles de Boboyo, le deuxième site touristique de la localité, est devenu le lieu de lavage de linge des femmes du village. C’est aussi ici que les bergers conduisent désormais leurs troupeaux pour s’abreuver. Le lac contenait pourtant plusieurs dizaines de crocodiles qui nageaient à la surface de l’eau.

« Ces crocodiles ne mangeaient pas les hommes. Ils étaient habitués à être nourris par les touristes », explique la guide touristique Beidi. Les crocodiles ont progressivement disparu du lac, victime des braconniers qui profitent du désordre causé par Boko Haram pour sévir. Sur les lieux, on y aperçoit désormais à peine un crocodile de temps en temps.

Des touristes français, belges, allemands, italiens et hollandais entre autres qui prisaient la destination camerounaise, il n’y en a plus dans l’Extrême-Nord. Et les trésors et grands sites de la région sont plutôt désertés. Renouer avec les beaux temps ? L’espoir est permis mais pas pour le moment.


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