Société › Société

Extrême-Nord: Vivre avec la menace quotidienne des terroristes

Le Père Grégoire Cador est prêtre missionnaire Fidei Donum à Tokombéré. Présent dans la région depuis 22 ans, il a vu la situation sécuritaire se détériorer. Son témoignage

Malgré les offensives répétées lancées par l’armée nigériane, soutenue par l’armée tchadienne, Boko Haram ne faiblit pas dans le Nord-Est du Nigeria. Les attaques du groupe djihadiste sont quasi-quotidiennes et particulièrement violentes. Les combattants n’hésitent pas non plus à franchir les frontières dans cette zone aux confins de trois autres pays: le Niger, le Tchad et le Cameroun, pour mener des raids meurtriers.

Le Père Grégoire Cador est prêtre missionnaire Fidei Donum à Tokombéré, dans le diocèse de Maroua-Mokolo, dans l’extrême-nord du Cameroun. Présent dans la région depuis 22 ans, il a vu la situation sécuritaire se détériorer depuis quelques années. Mais il n’est pas question pour lui de quitter son diocèse. Il estime que ce n’est pas le moment de quitter la population à laquelle il porte l’Evangile. Il témoigne de la peur quotidienne qu’exerce Boko Haram sur les habitants.

«L’insécurité, liée à leurs incursions permanentes et leurs attaques, a amené les ambassades européennes et notamment celle de France au Cameroun à déclarer la région «zone rouge». Le tourisme dans la région a pris un coup. A cause de toutes ces incursions, la frontière est maintenant fermée, le commerce qui se faisait autrefois avec le Nigéria a perdu de son dynamisme; La plupart des ONG sont également parties. Donc, on est dans une situation économique sinistrée. Boko Haram procède par des incursions quasi-quotidiennes tout le long de la frontière, longue de 250 Km. De l’autre côté de la frontière, au Nigéria, Boko Haram est chez lui, totalement. Il y a pratiquement 30 km de profondeur dans laquelle ils sont vraiment chez eux. Les raids se font souvent à motos, trois ou quatre motos avec trois ou quatre personnes dessus. Ils sont très bien renseignés et savent quand l’armée est là ou pas. Lorsqu’ils viennent dans les marchés, dans les villages, ils attaquent tout ce qui bouge, ils ramassent les troupeaux, les récoltes, etc. En général, ils repartent souvent aussi avec un certain nombre d’otages, surtout des femmes et des enfants. L’objectif est de semer la panique, et de faire en sorte que les gens fuient la région. De temps en temps, on a des grosses attaques, avec des blindés, des pick-up, du matériel volé à l’armée nigériane on ne sait trop comment. En général, là c’est pour attaquer des militaires, des camps où l’armée camerounaise est présente. Pour la population, plus elle est à l’intérieur de la frontière, plus c’est angoissant puisqu’elle doit faire face régulièrement à ces attaques. Nous, nous sommes à l’intérieur, à 60 km. C’est vrai qu’on a aussi eu des incursions à la limite de la paroisse. Lors de l’enlèvement de deux prêtres italiens et d’une s ur canadienne (début avril 2014 puis libérés trois mois plus tard), ils avaient traversé notre paroisse», confie le prêtre.

La ville de Fotokol, au Cameroun, après une attaque de Boko Haram, le 17 février 2015
Fotokol)/n



À LA UNE


SondageSorry, there are no polls available at the moment.
Retour en haut
error: Contenu protégé