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« Facturation de l’électricité au Cameroun: Aes ponctionne indûment les consommateurs! »

Par le Réseau associatif des consommateurs de l’énergie

Pendant que l’annonce d’un éventuel départ du Cameroun du groupe américain AES Corporation tente de distraire l’opinion publique nationale, l’opérateur AES/SONEL continue de faire fonctionner à plein régime sa machine à spolier les consommateurs. En effet, plus de 02 ans après la pagaille monstre née de l’application unilatérale d’un nouveau système de gestion du fichier clientèle (le CMS), une récente enquête du RACE vient de dévoiler une nouvelle escroquerie dans la facturation de l’électricité au Cameroun. Il nous a fallu 04 mois d’observation minutieuse de quelques quittances et la mobilisation de 58 usagers volontaires (35 à Yaoundé et 23 à Douala), pour découvrir, avec l’aide de nos experts, que les factures de consommation que nous recevons chaque mois sont systématiquement majorées entre 1 et 3% de leur valeur réelle. Si d’un mois à l’autre, les relevés des index peuvent paraitre justes à première vue, quelques kWh sont le plus souvent ajoutés en catimini, ce qui renchérit au bout du compte le montant net à payer. Sachant que la plupart des usagers prennent rarement la peine de comparer leurs index et vérifier la correspondance exacte avec le montant mentionné au bas de leur quittance, AES/SONEL en profite pour procéder subrepticement à ce tripatouillage afin de travestir sciemment ce chiffre. La modicité des sommes ainsi prélevées n’enlève rien au caractère illicite de cette opération. C’est ni plus ni moins que du vol. D’après nos sources, cette pratique scélérate est loin d’être une méprise anodine, elle serait même connue et approuvée par la Direction générale de l’entreprise. En plus des nombreuses « augmentations contractuelles » des prix effectuées avec « l’onction très officielle » de l’ARSEL (Agence de régulation du secteur de l’électricité), cette nouvelle ponction indue, qui a probablement cours depuis plusieurs années, s’ajoute à la longue liste de filouteries dont sont victimes les consommateurs en matière de tarification et de facturation.

Il faut dire que ce cafouillage mesquin qui coûte des milliards de Francs CFA aux usagers de toutes catégories, est en grande partie dû à l’opacité volontairement entretenue par la tutelle du secteur autour de la structure du tarif de l’électricité.
Malgré les revendications incessantes du RACE et d’autres organisations de défense des consommateurs, le mode de calcul du prix du kWh est un véritable « secret d’Etat » au Cameroun ; l’ARSEL refusant obstinément de lever le moindre pan de voile sur cette question. A ce propos d’ailleurs, le 25 avril 2013, s’exprimant à l’occasion d’un débat sur l’énergie électrique organisé par l’association Afrique France, Monsieur Jean-Pierre KEDI, Directeur général de l’ARSEL a réaffirmé la volonté de l’Agence de maintenir ce mystère en déclarant : « Une fois, nous avons voulu publier le mode de calcul du prix de l’énergie électrique au Cameroun, on nous a fait le reproche qu’on y retrouvait des formules mathématiques ». Toujours durant la même intervention, avec une ironie et un cynisme déconcertants, le « tout-puissant DG » avait ajouté : « Vous êtes encore en sursis, l’opérateur AES/SONEL et le régulateur que nous sommes sont en train de discuter sur la prochaine grille tarifaire ». En d’autres termes, pour Sieur KEDI, la complexité de ce fameux mode de calcul du prix de l’électricité à l’unité est telle qu’il serait indécodable pour les pauvres consommateurs incrédules et idiots que nous sommes. Plus précisément, pour l’ARSEL, tout en subissant délestages et autres désagréments au quotidien, ménages et entreprises doivent continuer allègrement à voir grossir leurs factures d’électricité sans s’interroger sur les causes de ce renchérissement persistant. Inutile de rappeler que cette posture pitoyable du régulateur, alimentée par les pitreries indécentes de ses dirigeants, fait peser sur l’Agence une suspicion légitime de complicité dans la spoliation des consommateurs. L’ARSEL viole ainsi sans vergogne, l’article 3-1 du décret présidentiel N°99/125 du 19 juin 1999 portant organisation et fonctionnement de l’Agence et surtout, l’article 72-1 de la NEL (la nouvelle loi N°2011/022 du 14 décembre 2011 régissant le secteur de l’électricité), qui lui prescrivent comme principale mission de « veiller aux intérêts des consommateurs et d’assurer la protection de leurs droits pour ce est du prix, de la fourniture et de la qualité de l’énergie électrique ».

En ce qui concerne le RACE, face à ce nouveau scandale de la facturation de l’électricité, nous avons décidé de saisir le Ministère de l’Eau et de l’Energie (MINEE) d’une plainte contre AES/SONEL et l’ARSEL, pour coaction d’arnaque sur les consommateurs d’électricité ; une ampliation a été transmise au Premier ministre, chef du gouvernement. Comme après le basculement chaotique au CMS en 2011, notre choix de l’arbitrage du ministère de tutelle, plus tôt que celui du régulateur, découle du fait que l’ARSEL continue de multiplier les preuves tangibles qu’elle demeure un instrument partial au service de l’opérateur AES/SONEL, totalement indigne de confiance pour les consommateurs. Dans notre requête datée du 16 juillet 2013, en plus de quelques copies des quittances en cause, nous avons demandé l’instruction rapide d’une commission d’enquête ad’hoc ministérielle sous l’égide du Ministre en personne ou son représentant, avec la participation des associations de consommateurs. En outre, nous avons suggéré que des moyens techniques conséquents et des pouvoirs exceptionnels d’investigation soient accordés à cette commission, avec en l’occurrence un audit indépendant de l’intégralité du fichier facturation de AES/SONEL sur les 12 derniers mois. Nous avons enfin souligné l’impérieuse nécessité pour l’administration de faire au plus vite toute la lumière sur cette affaire gravissime, afin d’éviter d’envenimer davantage les relations très tendues en ce moment entre AES/SONEL et les consommateurs. Parallèlement à cette saisine formelle de la tutelle et conformément aux articles 26 et 27 de la loi-cadre N°2011/012 du 06 mai 2011 portant protection du consommateur au Cameroun, relatifs aux actions en réparation, nous continuons de regrouper les quittances litigieuses en vue d’un recours collectif devant les tribunaux.

En attendant l’aboutissement de toutes ces initiatives, nous appelons les consommateurs à redoubler de vigilance, à refuser de régler toute quittance qu’ils estiment incorrecte, à ne pas céder au chantage de la suspension de la fourniture de l’énergie électrique que brandit habituellement l’opérateur AES/SONEL en pareille circonstance, et enfin, nous les invitons à rejoindre sans tarder la dynamique de dénonciation enclenchée par le RACE autour de cette affaire.
Comme à l’accoutumée, nous nous tiendrons à leurs côtés dans cette nouvelle bataille pour l’instauration d’un juste prix de l’électricité au Cameroun.

L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable !

Paul Gérémie BIKIDIK, président du RACE
A SAVOIR

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