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Feymania à l’entrée en union: Une escroquerie au mariage devenue un fléau endémique en France

Par Cyrille Mbiaga, Président du Comité Territorial de l’Amicale du Nid Marseille

Le principe
La Feymania est une escroquerie très répandue parmi les populations d’origine camerounaise. Elle fait son apparition dans les années 90 à Douala dans la capitale économique du Cameroun. La feymania se distingue comme étant l’art de se comporter en feyman. Fey vient de l’argot des marchés et des bars « se faire fait », c’est à dire « Se faire avoir », se faire berner. Depuis le début des années 2000, ce phénomène déjà lié à l’escroquerie financière de haut vol va évoluer en se transformant. Et les processus d’entrée en union apparaissent aujourd’hui particulièrement concernés. Au départ, les victimes de la feymania à l’entrée en union se comptaient parmi les européens ‘blancs’; Mais Aujourd’hui, ce phénomène devenu fléau (i.e l’art de « feyre ») apparait très mouvant et affecte désormais les européens d’origine camerounaise. Et si la France se singularise au premier plan parmi les pays européens les plus touchés, c’est que son système social d’aide à la personne est attractive et fatalement permissive. La Feymania liée à un mariage entre une camerounaise et un français évolue selon trois phases qui entrecroisent les processus d’entrée en union et leurs destructions.

Processus d’entrée en union
Le mariage au Cameroun s’inscrit dans un processus par étape où s’entremêlent et se chevauchent les phases traditionnelles et modernes à l’entrée en union.

Phase traditionnelle
Le mariage traditionnel obéit à des normes précises qui renvoient aux valeurs d’un groupe social. Ces valeurs s’objectivent en prenant corps lors d’une cérémonie de dot, occurrence d’un long processus d’entrée en union. Avant et après la construction d’une telle cérémonie, quelques acteurs – individus interviennent à chaque étape où le processus de l’union traditionnelle se construit. Ces individus peuvent monnayer leurs interventions, ou au contraire ils peuvent leur accorder une valeur purement symbolique. Il apparait souvent que parmi ces individus, celui qui a eu à favoriser le contact entre les deux futurs époux (entremetteur), puisse exiger des rétributions peu ou trop importantes. Et lorsque la rétribution exigée sur le plan personnel devient importante, il faut déjà faire attention au fait que cela puisse être le premier signe d’une escroquerie ‘individuelle’. Lorsque le mariage concerne un homme qui vit et travaille en France et une femme qui vit au Cameroun, l’entremetteur peut exiger par exemple que le futur époux reconnaisse l’un de ses enfants, ou le prenne en charge.

Phase moderne
Le mariage moderne est le plus simple, car sa forme se limite aux contrats qui mobilisent les services d’état civil des deux pays (Cameroun et France) et davantage les transcriptions des documents afférents. Tout devient une question de papiers. Dans cette phase, il sied de bien prendre en considération le fait que chez la femme camerounaise, deux formes ou types de projets se complètent. D’une part, un projet explicite, avouable, où tout est dit ; et d’autre part, un projet implicite, non avouable renvoyant à des stratégies cachées. Selon que l’une ou l’autre forme puisse apparaître dominante, on peut parier sur l’avenir durable ou non de l’union construite ou en construction. Lorsque le projet explicite s’exprime et apparaît dominant, c’est souvent le cas avant l’entrée en France, le mariage est sain et ses rouages apparaissent solides. Dans le cas contraire, le projet implicite qui s’impose débouche sur une destruction de l’union.

La destruction de l’union
Facteurs associés de déséquilibre d’union et projet implicite
Le facteur de déséquilibre ou de renforcement apparaît lors de la délivrance du premier titre de séjour au conjoint camerounais. Lorsque le mariage est sincère, le titre de séjour ne modifie en rien les comportements dans le couple. Au contraire, il renforce la solidité du couple quelque soit les aléas de la vie. Mais, lorsque le conjoint camerounais s’est marié dans le but ultime d’entrer en France (objectif non avouable), alors il faut s’attendre à une nébuleuse dans les comportements, et tout devient stratégie.
Sur ce dernier point, le comportement de la femme camerounaise à rechercher les situations pouvant conduire à la rupture d’union et suite à desquelles elle apparaît comme une victime. Elle crée ou suscite des situations qui poussent le français à une faute conjugale. Et selon les cas lorsqu’il y a pas faute, elle utilise l’affabulation et le mensonge pour faire de l’homme merveilleux d’hier, un vrai monstre. Il faut dire que l’organisation et le système social d’aide français a longtemps été peu regardant sur ce type de déviance. Aujourd’hui, devant l’ampleur des déviances, et selon les départements, les choses se corrigent et c’est tant mieux. La stratégie de rupture d’union engagée par la femme camerounaise, mobilise quelques facteurs associés de déséquilibre au statut matrimonial qui sont : les assistances sociales, la police, les organisations féministes ou associations apparentées, et au final les organismes de prestations sociales. Tout ce qui compte en réalité c’est l’argent facile que la femme camerounaise peut obtenir sans travailler. L’humanité de son mari est sans importance. La femme camerounaise sait qu’en France, une femme seule, isolée, avec enfant(s), victime de « quelque chose ou de plusieurs choses à la fois» est prise en charge, aidée, financée et logée. Il apparaît souvent que le cumul des aides reçues dépassent le salaire d’un cadre moyen travaillant dans la fonction publique en France. Le système d’aide français produit en lui même les germes de son déséquilibre social par ce qu’il n’est pas contrôlé, voire supervisé par un système de veille social approprié. L’intégration voulue et souhaitée à partir des regroupement familiaux, devient dans sa pratique et sur le plan global, un produit nocif pour l’intégration en général. Il apparaît ici et là des fractures familiales du fait de la recherche individuelle de l’argent facile, des fractures sociales, du fait de l’accumulation du poids des désordres sociaux, – qui dans le jeu systémique, débouchent sur des catégories sociales à plaindre.

facteurs amplifiants
Les stratégies de ruptures d’union en vue d’obtenir l’argent facile sont très souvent motivées par des facteurs amplifiants, parmi lesquels les « amies et copines arrivées plus tôt » et « l’entremetteur à l’entrée en union » jouent un rôle prépondérant. Sur la base qu’il aura favorisé l’entrée régulière en France de la camerounaise, l’entremetteur a l’entrée en union joue un rôle qui se rapproche de plus en plus de celui d’une maquerelle. Il exercera une pression sur sa filleule camerounaise afin d’obtenir d’elle le plus d’argent possible. Avec le temps, les aides sociales vont devenir de plus en plus insuffisantes, la filleule camerounaise désormais seule du fait d’être isolée va franchir le cap au dessus pour se livrer à la prostitution. Elle commence, par une prostitution occasionnelle, puis se livre à une prostitution de métier. On passe de l’état de feymania perçue comme phénomène social à l’état de feymania perçue comme fléau. Il faut désormais identifier les occurrences du système comme étant des facteurs de risques, parmi lesquelles les déterminants majeurs doivent selon toute pertinence être décrite pour bien comprendre les enjeux.
Les amies et copines arrivées en France en premier vont également jouer un rôle majeur dans le fléau feymania, par ce qu’elles vont se charger de trouver les premiers clients et le premier cadre offert à la prostitution pour la nouvelle venue.

On peut donc noter que si le mariage permet de rentrer légalement en France, la rupture d’union qui s’en suit, indirectement encouragé par un système social d’aide français trop permissif, va favoriser inéluctablement les conditions propices à une nouvelle forme d’entrée dans la prostitution. On n’entre plus en prostitution par voie de proxénétisme ou par d’autres voies forcées, mais cette fois par une voie intentionnelle, mais vicieusement choisie. La prostitution devient l’ultime moyen d’obtenir l’argent facile. Aujourd’hui, l’on retrouve davantage de femmes camerounaises antérieurement mariées ou vivant encore en couple (prostitution de ménage) qui exercent la prostitution dans des camions sur les rues autour de l’autoroute d’Avignon, à Lyon autour de Gerland, à Marseille au Bd rabatau Michelet et Prado, voire même dans les magasins de Château Rouge à Paris. Etc.
Les femmes camerounaises constituent la majorité des femmes prostituées africaines francophones. Elles sont particulièrement concernées par une problématique où la prégnance de l’argent renvoie aux questions familiales, de pouvoir, de ‘solidarité’ etc..

Combattre le fléau feymania à l’entrée en union
Pour combattre le fléau de la feymania à l’entrée en union, la pédagogie me paraît être l’arme la plus appropriée. Elle passe bien entendu par la prise en compte des faits liés à l’histoire, à l’anthropologie sociale des personnes que les assistances sociales reçoivent. Il convient donc de prendre en compte les habitudes, les connaissances et les croyances des personnes issues de l’immigration, et ensuite faire un travail de fond sur les représentations qui les concernent. Lorsqu’une assistance sociale fait la proposition suivante à une femme africaine mariée, avec enfant (s), mais de de faible culture : « si tu étais seule et battue, tu aurais un logement, tels revenus, et tu serais prise en charge pal le système etc. », que peut-elle attendre de mieux que cette dame quitte son mari ? Dans cette affaire, il y a lieu de distinguer deux types de rationalité par ce que dans la matière, il n’existe pas de rationalité universelle. Le paradigme cartésien et le paradigme systémique se chevauchent et s’opposent. Dans le premier, on découpe pour solutionner. C’est pourquoi, la première réaction devant une femme qui se plaint consiste toujours à l’isoler avant toute chose. Que les motifs soient justifiés ou non. Cette démarche bien qu’efficace n’est pas toujours pertinente, par ce que les confrontations ont lieu souvent très tardivement. Dans la démarche africaine la palabre est privilégiée et c’est tout le contraire. La palabre donne de la pertinence à la décision qui va suivre, par ce que toutes les personnes sont présentes dans le jeu de la confrontation.


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