Opinions › Tribune

Focus sur la Distribution Presse. Du vrai visage de Messapresse

Par Armand Hamoua Baka, Ancien cadre de Messapresse; Expert Consultant en distribution Presse

Focus sur la Distribution Presse. Pour une reformulation de la distribution de presse au Cameroun.

I-Du vrai visage de MESSAPRESSE.
Le secteur de la distribution de presse au Cameroun est vraiment malade et l’Etat camerounais ne fait rien.
L’Etat ne fait rien, peut être par méconnaissance de ce que c’est que cet outil et j’en veux pour preuve la non représentation de ce secteur au Conseil National de la Communication.

MESSAPRESSE qui est monopoleur n’est pas en réalité là pour la distribution de la presse locale camerounaise. MESSAPRESSE est avant tout un outil d’hégémonie, de propagande et de diffusion de la culture Française. A travers le livre scolaire de grands éditeurs comme Larousse, Nathan, Bordas et la presse du genre figaro, Paris Match, le Monde du Graal, Voici, Maxi, cette filiale du groupe NMPP (nouvelle Messagerie de Presse Parisienne) a su mettre en valeur le savoir faire de la France dans plusieurs domaines. Bien plus, MESSAPRESSE est un puissant outil de renseignements et de collecte d’informations pour l’Elysée via le Quai d’Orsay à travers le Consulat de France à Douala et l’Ambassade de Yaoundé.

MESSAPRESSE se retrouve à distribuer la presse locale camerounaise suite à sa convention de distribution avec Cameroon Tribune. «On entre dans une famille par la femme» ! Le schéma est le même en Cote d’ivoire avec Fraternité matin et la filiale de NMPP qui s’appelle là-bas EDIPRESSE, au Gabon SOGAPRESSE, ADP (Agence Diffusion Presse) au Sénégal , TMV à Madagascar, GDP en Guadeloupe.

Sous son directeur de l’époque, Joël EMSELLEM, MESAPRESSE, qui sent la grande ouverture démocratique, met en place une grande politique de ralliement de la presse locale. Elle ouvre d’abord son capital à certains actionnaires locaux dont M. Joseph Charles DOUMBA (11% de parts). A ce moment, ce Directeur de SOPECAM, éditrice de Cameroon Tribune fait à lui tout seul les 80% du chiffre d’affaires de la presse locale. Le multipartisme s’enracinant progressivement, Paris rappelle Joël EMSELLEM, ce juif de caractère trop dur et le remplace par Remi TOUZEAU. Franc-maçon de caractère tempéré mais fin limier de renseignements, il vient alors tout droit d’Abidjan où il était directeur Adjoint à EDIPRESSE, pilote amateur d’avion et propriétaire d’un bateau «zozo» pour ses loisirs. Pour avoir les coudées franches, TOUZEAU licencie d’abord l’ancien bras droit d’EMSELLEM résident à Yaoundé, PEREZ.

La «camerounisation» des cadres commence avec NOUMBOUWO Fabien (qui gère aujourd’hui la librairie ETAPE II à Douala et un Hôtel à Dschang) ; Jean NKENGSA(ancien de BAT) et Jean Paul KAMGANG (actuel propriétaire de l’OASIS Hôtel du plateau à Yaoundé). Tous ces cadres ont pour objectif le rabattage des éditeurs locaux trop dispersés et indépendants vers MESSAPRESSE. Ceux qui acceptent de venir, ne pouvant siéger au conseil d’administration à Paris comme le DG de SOPECAM tous frais pris en charge, ont l’avantage d’avoir une lettre de couverture leur permettant d’acheter du papier chez le grossiste NGASSA de MOORE PARAGON et de tirer dans les principales imprimeries de l’époque: SOPECAM à Yaoundé, ROTOPRINT de Benjamin ZEBAZE à Douala. Pius NJAWE, l’éternel rebelle vient chez MESSAPRESSE, repart le lendemain et revient un autre jour. Il sentait des choses mais était incapable de lire dans le grimoire pour ses pairs, et aussi incapable de se distribuer seul (trop de charges et d’impayés des distributeurs improvisés !).

La politique de TOUZEAU paye. Le chiffre d’affaires de la presse locale explose (Autour de 4 Milliards de F CFA). La Presse dite de l’opposition a sa revanche sur Cameroon Tribune dont l’insigne orne tous les kiosques MESSAPRESSE. Le pourcentage d’invendus est record, de l’ordre de 75%, et l’éditeur est obligé de supprimer sa version anglaise et Week-End Magazine. NDEMBIYEMBE, le remplaçant de DOUMBA joseph Charles à la Sopecam, avec tout son Etat-major (KOUE, Cassien YOMBA, MIEN ZOCK, Ibrahim KARCHE, à Douala puis LEBOGO NDONGO) ne savent plus quelle alchimie trouver pour remonter les ventes. Les contrats de performances successifs sont d’effets idempotents (sans changements). L’ensemble des Camerounais a opté pour un autre ton de la presse en ce début des années 90.

Les informations foisonnent, le renseignement entre TOUZEAU et le consul de France à Douala M. PETIT s’intensifie tous les jours vers 18 heures. Paris est au courant de tout ce qui se passe au Cameroun 24h sur 24. Par ailleurs, MESSAPESSE qui se porte bien ne signe des contrats qu’avec les sociétés d’origine française ou patrons Français. On a à la volée: la sécurité avec AFRICA SECURITY de Patrick TURPIN ; la médecine du travail avec le Dr VOGLSPERGER ; les voitures de location ou d’achat avec AVIS ou CAMI SOCADA, ses avoirs à la SCB-Crédit lyonnais ; la SGBC(société générale) ; BICIC(groupe Banque populaire) ; les Assurances avec GRAS SAVOYE, UAP ; le contentieux avec Me WOLBER ; l’audit aux comptes avec PETITEAU SCHACCI ; le transport avion avec Air France et accessoirement CAMAIR ; le transport bateau avec DELMAS ; le transitaire SOCOPAO, SAGA ; l’outil informatique IBM, etc.
Tout ceci permet de comprendre les ramifications des activités de MESSAPRESSE. Où va l’argent et où vont les informations ? Les enjeux sont importants.

Lorsque les rapports entre la presse indépendante et les pouvoirs public sont explosifs à cause de la censure avant impression opérées par les anciens chefs de cabinet du Gouverneur KOUNGOU EDIMA dont Pascal MBOZO et NASERI Paul BEA ( plus modéré que le premier), l’Europe toute entière est indignée. C’est dans les locaux de MESSAPRESSE qu’étaient reçu Robert MENARD de RSF/Reporters Sans Frontières et Timothy BALDWING de la FIEJ (Fédération internationale des journalistes). Ange ou démon, on ne saurait comment qualifier cette entreprise. Passé cette période euphorisante qui a fait les choux gras de la presse locale, où MESSAPRESSE a démontré les subtilités liées à l’exercice d’une profession quasi-ignorée du grand public.

Aujourd’hui, ce n’est plus un secret pour personne, les Chinois, les Coréens, les indiens ont savonné les mains de la France qui voit l’Afrique lui filer des doigts. La langue Française perd progressivement du terrain au profit de l’Anglais et peut être bientôt du Chinois.

Les sources d’informations sont plurielles et surtout virtuelles. On peut les avoir désormais sur son écran à travers les satellites, la fibre optique, le Wireless, Bluetooth et tutti quanti.

Que doit concrètement faire le Cameroun pour relancer la vente de la presse-papier si l’on constate les multiples défaillances et dérapages de l’allier traditionnel ci-devant nommé MESSAPRESSE ?

Lire la suite:
Le diagnostic de la faillite du système de distribution de Messapresse (Partie II)
La mise en place d’un système concurrentiel (fin)


Wikipedia)/n



A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

À LA UNE


SondageSorry, there are no polls available at the moment.
Retour en haut
error: Contenu protégé