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Focus sur la Distribution Presse (fin). La mise en place d’un système concurrentiel

Par Armand Hamoua Baka, Ancien cadre de Messapresse; Expert Consultant en distribution Presse

Focus sur la Distribution Presse. Pour une reformulation de la distribution de presse au Cameroun.

III-Difficultes dans la mise en place d’un système concurrentiel efficace de distribution au Cameroun.

a-Les écueils entre les directeurs de publication.
De tout temps, certains éditeurs traitant MESSAPRESSE de Français, Pro-gouvernemental par ses relations privilégiées avec SOPECAM, ont voulu créer une société concurrente. C’est le cas de feu Pius NJAWE du MESSAGER qui avait son propre réseau de distribution. C’est aussi le cas de Benjamin ZEBAZE, ancien directeur de publication de CHALLLENGE Hebdo, qui avait lancé DISTRIPRESS sans grand succès non plus. On peut aussi évoquer la volte-face du brillant André Parfait BELL qui pensait intégrer dans son démarrage ce pan de son métier chez PRESCEIPTOR de l’ami BABISSAKANA où il était le co-fondateur.

Ces trois cas étaient dus à l’hermétisme de leur promoteur, mieux à la lutte sauvage pour le leadership ou la peur de l’échec. Rarement, au cours d’une réunion concernant les éditeurs de presse, on pouvait réunir sur le même plateau les principaux directeurs de publication de cette époque: Pius NJAWE n’acceptant pas la présence de Thomas EYOUM A NTOH ou d’Emmanuel NOUMBISSI NGANKAM pour avoir fait défection au MESSAGER et créé DIKALO qui signifiait tout simplement «le messager» en langue duala.

Ceci était valable mutatis mutandis pour NYEMB POPOLI et le même NJAWE. Séverin TCHOUNKEU et BENJAMIN ZEBAZE exerçant l’un sur l’autre les forces de même nature les repoussant comme des bâtons d’ébonites. Le plus détesté de tous, celui qui se faisait virer à toutes les réunions étant M. FOTSO AYATA directeur de publication de INTERNATIONAL NEWS HEBDO, traité de paranoïaque par ses pairs.

En regardant la chose autrement, SOPECAM, éditrice de CAMEROON TRIBUNE peut- elle se faire distribuer par une autre agence que MESSAPRESSE au mépris de leurs accords vieux de plus de 25 ans? On peut pousser encore loin: Les directeurs de publications de Yaoundé considèrent ceux de Douala comme des hommes d’affaires véreux et non des journalistes. Parfois Douala c’est l’opposition et Yaoundé les légalistes ou les amis du pouvoir central. MESSAPRESSE, étant d’essence française, est considérée comme le moindre mal, le juste milieu, la neutralité.

b-L’absence de cadres expérimentés.
Le long monopole de MESSAPRESSE a fait que ce secteur, en 40 ans d’existence au Cameroun (Agence Camerounaise HACHETTE à l’époque avec comme directeurs Mme ANGUISSA, M. FILIPPI etc.) n’a généré que très peu de hauts cadres capables de créer des entreprises concurrentes. On peut dénombrer au maximum 20 cadres vraiment spécialisés dans ce domaine, étant passés chez ce distributeur singulier. La réponse à la question de ceux qui se demandent pourquoi aucun ancien cadre de MESSAPRESSE n’a tenté de lui faire concurrence se retrouve dans toute la complexité développée dans ce document. C’est un projet trop sérieux pour qu’on se lève le lendemain de son licenciement ou de sa retraite pour se retrouver tout seul distributeur.

c-La quasi impossibilité pour tout nouveau d’être client chez Nmpp.
On le sait très bien, le chiffre d’affaires de MESSAPRESSE, librairie mise de côté, est constitué des ventes de la presse locale et des ventes de la presse importée. Cette presse importée fait d’ailleurs que cette société est de tout temps le 1er client du fret aérien au Cameroun car la presse arrive tous les jours de la semaine. Aucune société concurrente au Cameroun n’aura accès au service de la maison mère de MESSAPRESSE, NMPP (Nouvelles Messageries de Presse Parisienne). Compter uniquement sur la presse locale pour faire un gros chiffre serait illusoire. Pour s’en sortir, le concurrent doit signer des accords avec ce qu’on appelle ici les «éditeurs directs» ou avec d’autres structures comme la LYONNAISE DE PRESSE qui est une autre moyenne coopérative d’éditeurs, malheureusement, il serait difficile que la LYONNAISE serve directement en Afrique sans se faire taper sur les doigts par NMPP. La presse dite dans le secteur«Bateau», constituée des BD (Zembla, Akim, Tex willer, etc.) a longtemps perdu le public jeune qui préfère regarder la télé et les jeux vidéo (dessins animés du genre MANGAS, POKEMON, HARRY POTTER, etc.)

d-L’outil informatique.
Le logiciel «PRESSE DE FRANCE» qui aujourd’hui a connu plusieurs versions est avant tout le gage de la réussite de la distribution dans le réseau NMPP. La confidentialité dans le système informatique de MESSAPRESSE est tel que, en cas de problème qui ne saurait être réglé par télédépannage depuis Paris,

La toute puissante Direction de la Gestion des Filiales préfère mettre en mission dès le lendemain, des «techniciens -maisons» qui sont aussitôt récupéré à l’aéroport et repartent dès que tout est parfait. Cette méfiance qui touchait jusqu’aux techniciens des plus futés d’IBM-Cameroun, pourtant fabricant des machines utilisées par MESSAPRESSE, a fait que plusieurs employés surpris entrain de vouloir comprendre quelque chose au fonctionnement de ce logiciel ont eu la bénédiction divine d’échapper à la prison après un licenciement sec pour faute lourde.

Si, avec l’abondance des écoles de formations en génie logiciel, quelques anciens cadres peuvent donner un schéma directeur ou des principaux algorithmes de traitement des données de manière à faire quelque chose qui faciliterait la complexités des opérations de distribution, on pourrait alors avoir gagner 50% de la bataille.

e- Les financements.
La distribution de la presse demande la mobilisation d’énorme fonds. Ces fonds en réalité permettent de payer par avance les fournisseurs (éditeurs de presse). En réalité le temps mis pour avoir tous les résultats de ventes d’un éditeur pour le payer est tel que celui-ci ne pourrait pas résister au rythme d’une production hebdomadaire si MESSAPRESSE ne lui apporte pas un coup de pouce. L’autre poste de dépense important étant le carburant pour les rotations de ville. Conséquence: cette société paie de grosses sommes aux titres d’agios et commissions de découverts sur les avances reçues du consortium de banques qui sont à son chevet. Tous ces découverts étant généralement épongés avec les fortes rentrées d’argent générées par son activité «librairie» au début de l’année scolaire.

La question fondamentale pour une société locale de distribution Camerounaise dans cette optique c’est de savoir si au départ elle peut avoir levé une subvention auprès de l’Etat Camerounais.

LES SOLUTIONS A LA CONCURRENCE DANS LE SECTEUR DE LA DISTRIBUTION PRESSE.
En faisant une lecture attentive des problèmes, on serait tenté de croire que par contraposée, on a tout de suite les solutions. Il faut un autre travail de finesse par de hauts stratèges bien calibrés pour démonter ou supplanter le système NMPP au Cameroun. Beaucoup d’intérêts sont en jeux, la seule volonté des directeurs de publication ne suffit pas, il faut aussi l’onction du gouvernement. La réflexion doit être axée dès à présent sur la création d’un comité qui doit déboucher sur une Agence Nationale de Diffusion de Presse.

Articles précédents:
Le diagnostic de la faillite du système de distribution de Messapresse (Partie II)
Du vrai visage de Messapresse (Partie I)


lesechos.fr)/n



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