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Foumban: L’Honorable Tomaino Ndam Njoya porte plainte contre le Sous-Prefet

Par Hermine Patricia Tomaino Ndam Njoya, député

A Monsieur le Procureur de la République près des
Tribunaux de Première et de Grande Instance de Foumban

Objet: Plainte contre Monsieur KUO Roger, Sous préfet de Foumban
Monsieur le Procureur,
Du Contexte
Le 1er janvier dernier, Jour de l’An, je participais avec les autres élus de ma circonscription, et plusieurs milliers de personnes, au Carnaval de Foumban comme nous le faisons depuis 4 ans, dans sa forme actuelle de défilé costumé, et, depuis 21 ans quand les populations de Foumban et sa région ont crée cette tradition. En effet, à l’origine, ce sont les militants et responsables politiques de l’Union Démocratique du Cameroun qui se retrouvaient le 1er Janvier pour présenter leurs v ux au Président National. Par la suite et au fil des ans, le lot des participants provenant de partout, sortant du cadre politique, arrivant aussi bien de la société civile, de la diaspora Bamoun et Camerounaise sous régionale et internationale, le Dr Adamou Ndam Njoya a souhaité que cette célébration soit transformée en Carnaval populaire et costumé à l’occasion duquel sera exaltée à travers nos diversités culturelles, notre commune humanité. Ce Carnaval de Foumban, comme la Fête du Café, le Concours du Meilleur Batteur, l’Ascension du Mont Cameroun, les Journées des Chefs d’ uvre d’Art, la Marche, le Marathon autour du Nsom, la rencontre cuménique… parce que organisés avec la participation de toutes nos Communes, chaque année et la plupart du temps généralement tout le mois de décembre, font partie du Programme d’action culturelle des Syndicats des communes du Noun.

De ma stupéfaction et dénonciation
Je viens manifester ma stupéfaction en dénonçant l’acte posé par le Sous préfet qui a foncé avec son véhicule sur nous, renversant une personne à quelques mètres de moi et déclenchant la colère de tous ceux qui, dans le cortège, avaient assisté à la scène. Peu avant le Carrefour Serpent à Deux Têtes, mon attention a été attirée, quand j’ai entendu crier : « c’est le Sous préfet, c’est le Sous préfet ». Me retournant du côté gauche d’où provenait cette agitation, j’ai effectivement vu la voiture du Sous préfet qui se frayait tant bien que mal le passage dans la foule. J’étais persuadée qu’il allait s’arrêter ou du moins ralentir à notre niveau pour, des échanges de civilités, puis, nous rassurer de la sécurité qu’il fallait, qu’ensemble nous déployons, puisque nous étions déjà, à ce niveau, informés de certains incidents, notamment d’abord du blocage de la voie publique par une troupe de danse du palais, puis, des jets de grosses pierres que nous même apercevions, volant devant nous et au dessus de nos têtes. Hélas, monsieur le Sous préfet semblait plutôt fou furieux dans son véhicule: ignorant tous les élus et les populations qu’il dépassait, il continuait à accélérer, malgré que la foule lui demandait de ralentir, jusqu’à ce qu’il ne renverse la personne juste devant nous, toujours sur la gauche. A ce moment là, n’aurait été, l’appel à la retenue -et cela n’était pas gagné d’avance, car on ne peut véritablement contrôler une foule en furie – des responsables et élus que nous étions, députés et maires, conseillers municipaux. la foule l’aurait lynché. Il a continué sa course pour s’engouffrer à l’intérieur du palais.
De «l’itinéraire» tracé par le Sous préfet
En réunion de préparation des manifestations de cette fin d’année, monsieur Tapon Mama nous a fait savoir que, lors des dernières réunions avec les autorités administratives, en sa qualité de responsable politique et Conseiller Municipal, il avait été interpellé particulièrement sur le Carnaval de Foumban. Les autorités administratives à ses dires, lui ont dit qu’elles étaient en droit de savoir ce qui était prévu à cette occasion pour les besoins de sécurité. C’est ainsi qu’il s’est cru devoir adresser à l’autorité administrative une déclaration de manifestation, comprenant l’itinéraire que nous suivons depuis 21 ans sans déclaration de manifestation. Cela sans doute guidé par sa bonne foi, car, monsieur Tapon Mama n’avait pas qualité à le faire en tant que responsable politique, le Carnaval de Foumban n’étant pas politique d’une part, et de l’autre, le Sous préfet devait lui faire comprendre que la loi autorise les sorties sur la voie publique conformes aux traditions et usages locaux ou religieux, ce d’autan plus que le 1er Janvier est le jour de l’An célébré partout dans le monde entier.
En bref, il est donc clair, et les autorités administratives ne devraient pas ignorer (ils pêcheraient par méconnaissance du milieu et usages culturels du ressort à eux affecté) que:
– Le Carnaval de Foumban n’est pas une manifestation politique, mais culturelle et relève du ressort des municipalités : la preuve en est qu’on a jamais demandé une autorisation ni pour le Carnaval, ni pour aucune autre manifestation culturelle citée plus haut et, nos cortèges suivent le même itinéraire depuis des années, et il n y a jamais eu aucun incident.
– Le 1er Janvier Jour de l’An est fêté à travers le monde entier et plus particulièrement chez nous, et, nous ne pensons pas qu’il faille déclarer à l’autorité administrative ; que ce jour, soient prévus des célébrations populaires, c’est évident, et même la loi N° 90/055 du 19 décembre 1990 en son article 6(2) prévoit la dérogation à l’obligation de déclaration visée à l’alinéa 1 en ce qui concerne les sorties sur la voie publique conformes au traditions et usages locaux ou religieux. Le 1er Janvier entre par excellence dans cette catégorie.
– « L’itinéraire » tracé par le Sous préfet qui apparaît dans un note qualifiée d’autorisation « préalable » était irréalisable, car, pour aller à Njinka, le point de chute du Carnaval, on ne peut, lorsque le souci est d’assurer l’ordre public, passer que par la voie publique directe, devant l’entrée du palais, ou par la route, cul de sac qui contourne le marché, sens unique d’accès plus difficile pour la circulation, et, en traversant le carrefour Na jo ; or ces deux points, à savoir, devant le Palais et Carrefour Na jo devaient être contournés selon l’itinéraire du Sous préfet. Où fallait-il donc passer, une fois arrivés au Carrefour Serpent à Deux têtes ?
– Monsieur Tapon Mama est retourné voir le Sous Préfet pour lui faire comprendre que le Carnaval n’avait pas d’autre choix que d’emprunter son chemin habituel, car, il était évident qu’il n y avait pas d’autre solution. A ce moment là, on en arrive à s’interroger sur les mobiles qui animent le Sous préfet à travers son obstination. Le Sous préfet visait-il:
* La mission du service public qui doit être rendu aux populations? Assurer la sécurité des milliers des personnes participant au Carnaval l’aurait amené à appeler un renfort des forces de l’ordre pour aider à encadrer ces populations. En gardant à l’esprit qu’il n y a jamais eu d’incidents avec ces populations depuis 21 ans et, en réalité, que sans preuve de responsabilité et de discipline de ces populations, même tout l’effectif des forces de l’ordre de la ville ne parviendrait pas tout seul à assurer l’ordre et la sécurité, au regard du nombre des participants au Carnaval. Le défilé parti de la porte d’entrée, a commencé à être attaqué au niveau de la station CAMOCCO, avant le Carrefour Serpent à Deux Têtes, par les jets de pierres sortant de l’enceinte du palais. Un groupe de danse du Palais ayant été identifié auparavant comme provocant au vu de tous, les participants au Carnaval, ou les empêchant de passer devant le Palais.
* La sécurité du Palais ? Ici, on est en droit de se demander de quoi était menacé le Palais. Et le Sous préfet devrait nous le dire. Tous les Bamoun savent que c’est un patrimoine matériel, et objet de fierté culturel qui appartient non seulement à tous les Bamouns, mais au Cameroun. Les forces de l’ordre que nous avons vu postées à l’entrée du Palais devraient nous dire pourquoi elles ont laissé la troupe de danse du Palais et autres milices occuper la voie publique à l’entrée du Palais en empêchant les défilants de passer ? Etaient-ce à eux d’assurer le respect de la note du Sous préfet même si cette dernière était valable ? Depuis des années le Carnaval passe par là sans problème.
* L’interdiction du Carnaval ? Le Sous préfet devrait nous le dire. En traçant un itinéraire irréalisable, que cherchait -il ? Et pourquoi ou de quel droit aurait-il voulu empêcher le Carnaval ? Peut-être comme on le dit partout, exécuter la volonté du « Roi » qu’il sert aveuglement plus que la République, qui ne voulait plus que le Carnaval passe devant « sa » cour ? Il nous a été rapporté en effet que c’est le palais qui a commandé au Sous préfet le fameux itinéraire. Qu’allait-il faire au Palais en traversant en vitesse interdite, le cortège des élus et des populations ? Nous avons d’ailleurs aperçu à notre passage devant le palais, lorsque nous allions à la rencontre des différentes délégations, des éléments des forces de l’ordre amassés à l’entrée. Étaient-ils placés là pour assurer la sécurité du palais ? Ou pour appliquer les ordres du Sous préfet à savoir : empêcher le cortège de passer devant le palais? Où étaient-ils quand les troubles ont commencé ? Pourquoi ont-ils laissé la troupe de danse du palais non seulement investir la voie publique, mais aussi empêcher les personnes de circuler ? Peuvent-ils nous dire d’où les pierres ont commencé à jaillir ?

Hermine Patricia Tomaino Ndam Njoya, député

De l’ordre public, de la mission du service public, du respect des élus.
Que vaut un arrêté Sous préfectoral ? Est-il un dogme ?
Que dire d’un Sous préfet fou furieux qui fonce sur des élus, Députés, Maires, Conseillers Municipaux encadrant comme ils le font depuis des années des milliers des populations lors d’un Carnaval, une fête culturelle, pour aller leur bloquer la voie parce que ces derniers sont entrain « d’enfreindre » l’itinéraire par lui tracé dans son arrêté ?
Des dégâts et traumatismes
– Mes trois enfants qui étaient avec moi étaient traumatisés comme plusieurs autres enfants qui participaient au Défilé. C’est le lieu de dire ici, qu’on n’entraîne pas des enfants et des personnes agées avec soi, si on a l’intention de causer des troubles. Il y avait des majorettes, des fanfares composées par des jeunes filles et des jeunes garçons tout heureux de parader, chanter, danser le 1er Janvier : Monsieur le Sous préfet devait être sensible, et devait les protéger.
– Par la grâce de Dieu, la vitre arrière droit de notre voiture a volé en éclat quelques minutes après que les deux derniers qui s y étaient refugiés avaient décidé de sortir pour « mourir » avec nous, d’après ce qui nous a été rapporté qu’ils ont dit en sortant de la voiture où nous leur avions demandé d’aller s’abriter.
– L’arrière cour de notre résidence a été transformée en centre de santé de secours en attendant l’évacuation des blessés graves.
Mépris des populations et leurs élus par le Gouverneur
Ce même jour, plus tard en fin d’après midi, ayant essuyé toutes ces épreuves, avec les délégations, nous avons appris que Monsieur le Gouverneur était en route pour Foumban. Quelques temps après, nous avons eu l’information selon laquelle il s’était dirigé avec son cortège au palais. Il est resté assez tard, et, nous, qui espérions soit qu’il allait ébranler son cortège de notre côté aussi, ou du moins nous convier à le rencontrer à la Préfecture ou à la Mairie.Nous sommes restés longtemps à attendre. Il est ressorti du palais et s’en est allé. Peut-être était-ce le palais qui l’avait appelé à son secours ? Etait-ce une raison pour ignorer tous les élus avec les populations qui attendaient aussi qu’il vienne à leur secours ? Est-ce par ce que nous sommes des élus de l’opposition que nous devons être traités ainsi par les autorités administratives ? L’enquête étant en cours, nous attendons que la justice soit faite et les responsabilités établies.

A SAVOIR

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