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A l’Extrême-Nord, l’opération Himo résout le problème du chômage

Robert Ngatoussia sur sa moto acquise après la construction de la mare artificielle de Ngassa, département du Diamaré. (c) Droits réservés

Ladite opération a permis de fournir de l’emploi à quelques 4100 jeunes dans la région entre décembre 2016 et mars 2019.

Robert Ngatoussia est mototaximen. Tous les jours, il transporte des clients entre Maroua, Dargala et Bogo (dans le département du Diamaré). Cette activité lui permet d’améliorer les conditions de vie de sa famille, une femme et trois enfants encore en bas âge, et de pallier à ses activités sociales. Au-delà des questions pécuniaires, ce boulot lui a apporté de la stabilité. «Avant je voyageais dans le grand Sud pour travailler dans les chantiers. Il m’arrivait de faire même neuf mois là-bas avant de rentrer. Pendant ce temps, j’envoyais de l’argent, souvent une fois tous les trois ou quatre mois», raconte Robert Ngatoussia.

Le jeune homme, 28 ans, est l’un des 168 bénéficiaires de la 2e phase de l’opération Himo – dont 122 hommes et 46 femmes – que mène le Programme national de développement participatif  (PNDP) dans la localité de Ngassa, commune  de Dargala. Une mare artificielle y a été construite pour fournir de l’eau au bétail, ainsi qu’un forage à énergie solaire, une borne fontaine et un château d’eau. Robert Ngatoussia y a travaillé entre août 2017 et juillet 2018. Sa rémunération journalière : 3000 Francs CFA dont 1000 Francs CFA étaient systématiquement virés dans son compte bancaire à Crédit du Sahel. Cette somme représente une épargne qui est obligatoire dans le cadre de Himo.

L’épargne de Robert Ngatoussia a constitué une grande partie du coût de revient de sa moto. Soit 102 000 Francs CFA. Il également pu compter sur la contribution de son épouse, une détaillante de poissons fumés, 29 000 Francs, et de ses cotisations au sein d’une association organisée entre bénéficiaires de l’opération Himo, 74 000 Francs.   Robert Ngatoussia fait désormais des rentrées d’argent quotidiennes pouvant aller jusqu’à 3000 Francs CFA.

La deuxième phase de l’opération Himo est menée dans huit des neuf communes du Diamaré avec pour objectif de lutter contre la pauvreté. Il est question d’y réaliser des infrastructures de développement tout en limitant la mécanique afin d’employer un maximum de jeunes dans les villages impactés. Ce, dans un rayon maximum de 5km pour éviter des coûts dus au transport.

-Non à une dépendance à l’assistance  –

Les recrutements sont opérés par des organisations qui collaborent avec les leaders des jeunes dans les villages. Celles-ci n’hésitent pas à faire du porte-porte afin de toucher le maximum de jeunes. Sont qualifiés, les jeunes de 18 à  35 ans, ainsi que des jeunes n’ayant encore jamais bénéficié de financements dans le cadre d’autres projets. « On n’est pas là pour encourager les jeunes à s’abonner à l’assistance. On ne voudrait pas qu’un jeune qui a bénéficié d’un projet et qui n’a rien fait puisse encore être aidé. Nous on veut faire la promotion des jeunes ambitieux, qui veulent s’en sortir », explique Hamadou Ousmane, expert Himo.

Près de 1430 jeunes ont été recrutés dans les seules localités de Ngassa, Baba-Deli, Koza, Mbardam, Doga Moaundé, Guinadji, Ngaba, Gawel Marvak, Dargala, qui ont reçu sept des vingt projets de la 2e phase de Himo. Quelques 453 d’entre eux ont déjà été insérées. Les autres attendent encore la fin de la livraison des chantiers avant d’être guidés dans l’entrepreneuriat.

 

Mars 2019. Kadoumaï fabrique des pavés pour le magasin de stockage de Djagalaye, Maroua 1er. (c) JDC

 

– Moins de drogue et plus d’occupation –

La méthode Himo est également implémentée à Djagalaye, dans l’arrondissement de Maroua 1er. Quelques 100 jeunes ont été formés à la fabrication des briques de terre comprimée, des pavés et des tuiles. Un savoir qu’ils exercent pour la construction du magasin de stockage de la commune. «Avant, ces enfants étaient abandonnés à eux-mêmes, ils  passaient leur temps sous les arbres, à prendre de la drogue. Mais aujourd’hui, ils sont occupés du matin au soir et rentrent fatigués le soir pour dormir. Le revenu qu’ils reçoivent par semaine leur permet de s’occuper de leur famille. C’est vraiment quelque chose d’extraordinaire que nous apprécions à sa juste valeur et que nous entendons même dupliquer dans d’autres circonstances », indique le  maire de Maroua 1er, Hamadou Hammidou.

Kadoumaï, 27 ans, y fabrique les briques de terre sous un chaud soleil en ce mois de mars 2019. Elle nourrit ses quatre enfants, soutient son mari pour les charges du foyer et apporte une assistance financière à ses parents, entre autres.

Kadoumaï n’avait pas encore eu d’emploi avant le chantier. Elle aidait ses parents dans leurs plantations et  peinait à subvenir aux besoins de ses enfants. Partie à l’église un dimanche, il y a un peu plus de cinq mois, elle est informé du recrutement des jeunes de Djagalaye et décide de postuler. « On nous a examiné chez un médecin et après on nous a amené à Bogo pour nous former pendant 15 jours. Après nous avons commencé à travailler ici », raconte-t-elle.

Aucun traitement de faveur ne lui est accordé. Kadoumaï est soumise aux mêmes horaires que les hommes de Himo. Il en est de même pour l’exécution des tâches. Celles-ci ne sont pas reparties en fonction des sexes. Tout le monde fait de tout, c’est la règle imposée.

Le chantier sera livré avant la fin du mois de mai et Kadoumaï a déjà un plan de carrière pour la suite. Elle veut faire de la couture. Elle bénéficiera d’une formation de trois mois dans le domaine sous l’encadrement de l’Ong Insertion, partenaire du PNDP dans le cadre de  l’opération Himo. L’organisation l’accompagnera dans son installation et veillera à lui fournir des machines à coudre. Cela  est fait pour tous  les bénéficiaires de Himo dont l’insertion nécessite d’importants moyens.



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