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Cameroun, Camrail, contrat de concession et drame d’Eseka

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L’enquête administrative conduite par le Premier ministre camerounais a établi la responsabilité «à titre principal» de Camrail. Selon Jacques Bimaï, le contrat de concession accordé à la structure en 1999 offre les clés de compréhension de cette responsabilité.

Au Cameroun, des interrogations subsistent sur les circonstances de la catastrophe d’Eseka le 21 octobre 2016, notamment sur la responsabilité de Camrail établie dans le déraillement de train qui a fait officiellement 79 morts et 575  blessés le 21 octobre dernier.  Pour Jacques  Bimaï, l’ancien directeur général de la Sitrafer – une structure qui sous-traite  avec Camrail pour l’entretien des chemins de fer  – cette responsabilité est liée aux obligations conférées à Camrail dans la convention de concession et les deux avenants signés avec l’Etat du Cameroun.

«Nous avons mis notre chemin de fer en concession en 1999. En 2005, il y a eu le premier avenant, l’Etat a pris la responsabilité de subventionner le transport voyageur. Dans le contrat initial, Camrail avait la responsabilité de tous les investissements dans ce secteur, dans le domaine des infrastructures, de  la voie, de la gestion du patrimoine ferroviaire, bref du matériel roulant et de la sécurité étaient la responsabilité à Camrail qui était ainsi le concessionnaire. Mais le 04 novembre 2008, il y a un deuxième avenant signé entre l’Etat du Cameroun et le concessionnaire. Avec cet avenant, on sort presque de la concession puisque l’Etat du Cameroun était désormais responsable de toutes les infrastructures ferroviaires et la mission de maitre d’ouvrage délégué, maitre d’œuvre délégué, responsable de la sécurité de notre chemin de fer, toutes ces missions ont été confiées au concessionnaire.

L’Etat, à travers des subventions, a mis des moyens financiers très importants à la disposition du concessionnaire pour remplir ces missions. Et encore plus, des crédits ont été contractés auprès des bailleurs de fonds tels que la Banque mondiale et mis à la disposition de Camrail pour les travaux ferroviaires et l’achat du matériel roulant. Et l’Etat a mis en place le Comité interministériel des infrastructures ferroviaires (le Comifer), présidé par le ministre des Transports, pour le suivi des différents délégués», a indiqué Jacques Bimaï, invité à l’Emission Droit de réponse que diffuse chaque dimanche la chaine de télévision Equinoxe.

Au moment où le rapport de l’enquête administrative est publié, le chef de l’Etat, Paul Biya, ordonne la création d’une structure chargée de la gestion du patrimoine et l’audit de la convention et des deux avenants cités. Aucun détail sur les objectifs de cet audit ne sont connus à ce jour. Jacques Bimaï croit y voir une volonté de «savoir pourquoi après avoir mis tant de moyens, au lieu de parvenir à la modernisation du chemin de fer on a plutôt régressé».

«Lorsqu’il y a eu l’accident d’Obobogo  en 2009, le chef du gouvernement avait donné des instructions, sur mon initiative, pour la mise en place de cette société de patrimoine avec des propositions qui étaient concrètes.  Vous ne pouvez pas avoir un chemin de fer et ne pas avoir une structure de contrôle technique du matériel roulant. La société de patrimoine devait voir tous ces problèmes. Mais comme le concessionnaire ne voulait pas investir pour acheter du matériel roulant, on a tout fait pour torpiller ce projet. Avant la catastrophe d’Eseka, le chef du gouvernement a lancé un audit du chemin de fer, demandant que les experts proposent des textes pour cette société de patrimoine», a révélé Jacques Bimaï.



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