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Josu Ternera, le « grand-père » d’ETA

Des attentats meurtriers aux négociations secrètes avec Madrid, Josu Ternera, arrêté jeudi en France après plus de 16 ans de cavale, a été l’un des dirigeants les plus importants de l’organisation séparatiste basque ETA.

« ETA (…) veut informer le peuple basque de la fin de sa trajectoire ». C’est par ces mots, le 3 mai 2018, que Jose Antonio Urrutikoetxea Bengoetxea, son vrai nom, a annoncé dans un message audio la dissolution de l’organisation à laquelle est imputée la mort de 853 personnes en quatre décennies de violence.

Né en 1950 dans un village non loin de Bilbao, Ternera a rejoint l’ETA à la fin des années 1960.

Après avoir notamment participé, selon la presse, durant ses premières années d’activisme au vol des explosifs utilisés dans l’attentat meurtrier en 1973 contre l’amiral Luis Carrero Blanco, homme fort du régime franquiste, il monte rapidement les échelons au sein d’ETA. Jusqu’à en arriver au sommet à la fin des années 1970.

« Il a été un personnage extrêmement important au sein d’ETA », souligne Florencio Dominguez, directeur du Centre sur la mémoire des victimes du terrorisme et auteur notamment d’une biographie de Josu Ternera.

« Ternera, c’était l’+abuelo+ (grand-père) de l’organisation (…) respecté pour sa trajectoire » même lorsqu’il a été écarté par les plus radicaux au milieu des années 2000, abonde Gorka Landaburu, directeur du magazine Cambio16 et rescapé d’un attentat de l’ETA.

« Il a pris rapidement le pouvoir à la fin des années 1970 et a été un des chefs d’ETA au moment des attentats les plus meurtriers dans les années 1980 », ajoute-t-il.

Il est alors considéré comme l’instigateur de la stratégie d’attentats à la voiture piégée. Et celui qui a mis sur pied le commando « itinérant » d’ETA, formé de militants français, le plus meurtrier de l’organisation.

Arrêté en 1989 en France, il y est condamné à dix ans de prison. Expulsé vers l’Espagne en 1996, il repart derrière les barreaux avant d’être libéré en 2000.

Durant son incarcération, il est élu en 1998 député régional d’Euskal Herritarrok, coalition séparatiste radicale. Le profil du « dur » devient alors plus politique.

– Interlocuteur central de Madrid –

« Après avoir +brûlé+ son identité de militant actif (après son arrestation en France), il devient plus politique » et « sert de pont » entre les branches armée et politique du mouvement, indique Jose Luis Orella, professeur à l’université madrilène CEU San Pablo.

« Le prestige et le poids qu’il avait eu au sein de l’organisation terroriste et qui l’avaient amené à avoir un rôle de premier plan au sein de la gauche abertzale (séparatiste basque) en ont fait l’un des meilleurs interlocuteurs du gouvernement », ajoute l’universitaire.

Ternera avait en particulier joué un rôle de premier plan dans les discussions secrètes tenues en Suisse ou en Norvège avec des émissaires du gouvernement socialiste de Jose Luis Rodriguez Zapatero à partir de 2005, avant d’être écarté en 2006 par les plus radicaux.

Mais malgré sa mise à l’écart, Josu Ternera aura été jusqu’au bout un « élément clé » de la fin d’ETA, a indiqué jeudi l’ex-patron des socialistes basques Jesús Eguiguren, qui a participé aux discussions secrètes avec ETA. « Il montrait qu’il voulait vraiment en finir avec le terrorisme ».

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