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La crise anglophone en vedette dans les journaux camerounais

Les risques d’une intervention humanitaire internationale, dans la crise sécessionniste anglophone, sont abondamment commentés par les journaux camerounais parus jeudi, reléguant au second plan les questions de politique et d’économie.«Crise anglophone : les USA, la France, la Russie et la Chine s’affrontent sur l’ingérence humanitaire», «Ingérence humanitaire au Cameroun : le bal masqué des puissances», «Crise anglophone : le Cameroun craint une ingérence étrangère «Crise anglophone : les États-Unis décidés à intervenir au Cameroun», «Situation humanitaire au Cameroun : la Chine et la Russie pour une gestion interne», «Ingérence de la communauté internationale dans les affaires internes du Cameroun : l’opposition de la Chine et de la Russie», titrent respectivement Émergence, Mutations, Défis Actuels, Aurore Plus, Cameroon Tribune et Le Quotidien.

Au moment où, ainsi que le signale le bihebdomadaire The Post, plusieurs témoins, au niveau du Conseil de sécurité des Nations Unies, révèlent des faits et des violations du droit de l’homme, imputés aussi bien à l’armée qu’aux milices séparatistes, Émergence se fait l’écho des batailles feutrées, et pas toujours désintéressées, des puissances internationales autour de la détresse des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Dans cette croisade supposée humanitaire, explique Mutations, l’offensive diplomatique des États-Unis se heurte aux réserves de la France et du Royaume Uni, ainsi qu’à l’opposition catégorique de la Chine et de la Russie, tous ces pays s’accordant néanmoins sur l’urgence d’un dialogue inclusif pour une sortie de crise.

Contrairement aux autorités camerounaises, qui affirment combattre des terroristes dans les zones anglophones du pays, les États-Unis pensent qu’il s’agit de la guerre contre un peuple qui se bat pour défendre ses droits, renchérit Défis Actuels.

«Il est important de ne pas dépasser la frontière entre prévention et intervention dans les affaires intérieures des États. Tout porte à croire qu’un certain nombre de nos collègues sont très proches de cela. Pour le moment, nous avons toutes les raisons de croire que le Cameroun est capable de résoudre ce problème épineux tout seul. Nous sommes disposés à aider, mais seulement si nos partenaires au Cameroun le jugent nécessaire», déclare un diplomate russe, cité par Aurore Plus.

Dans ce ballet diplomatico-interventionniste qui ne dit pas son nom, le pays de Vladimir Poutine et l’Empire du milieu, dont les ambassadeurs à Yaoundé ont par ailleurs été reçus la veille par le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, semblent en effet plus disposés à éviter toute ingérence hostile en zone de conflit, confirme Cameroon Tribune.

«Le conflit dans Sud-Ouest et au Nord-Ouest est un problème camerouno-camerounais, qui ne menace en rien la paix et la sécurité internationale. Les problèmes de ce genre existent dans plusieurs pays, mais ne sont jamais évoqués. Le fait est qu’il y a des gens qui ne sont prompts à agir que lorsqu’il s’agit de l’Afrique», estime un baron du régime dans les colonnes de Défis Actuels.

Aujourd’hui, l’arrogante Amérique de Donald Trump entend transformer la crise humanitaire, objet d’une énième alerte de l’ONU, en urgence politique au Cameroun, s’insurge Aurore Plus, alors qu’elle devrait se souvenir de ce que fut la Guerre de sécession, avant de lancer des croisades vers des territoires ayant encore tout à bâtir, de la paix au développement en passant par la cohésion nationale.

Sur le théâtre des opérations, constate le même quotidien à capitaux publics, le Premier ministre, Dion Ngute, en visite de travail depuis mardi dans la région du Sud-Ouest, marque des points face à des interlocuteurs locaux visiblement sensibles à son discours d’apaisement.

Dans le chef-lieu de ladite région, Buea, le chef du gouvernement, étaye Émergence, a invité les séparatistes ambazoniens à déposer les armes pour s’arrimer à la logique de dialogue inclusif que les pouvoirs publics promettent aux combattants.

Enfin, Paul Biya accepte le dialogue avec les Anglophones ! s’écrie The Watchdog Tribune avec cette précision : le président de la République veut bien discuter de tout, sauf de la partition du Cameroun.

Dans sa mission de paix, notent The Guardian Post et The Sun, le Premier ministre, bien que reçu avec les honneurs, est littéralement bombardé de critiques, venant d’une communauté anglophone longtemps frustrée par le régime, Dion Ngute promettant de transmettre fidèlement leurs récriminations à qui de droit.

Et si on testait les vertus de la palabre africaine ? suggère Baromètre Communautaire, rappelant que le chef du gouvernement, dans son périple, propose aux leaders politiques, autorités traditionnelles et religieuses, une nouvelle offre de dialogue qui charrie beaucoup d’espoir, une recette testée sous plusieurs formes ailleurs et qui, finalement, s’est imposée comme l’unique solution pour retrouver la paix et la cohésion nationale.

C’est une ambiance étrange qui règne sur le parcours fortement militarisé du chef de gouvernement et que décrit The Post : un accueil chaleureux des populations usées par la guerre, alors que les «villes mortes» décrétées par les sécessionnistes battent leur plein, que les routes restent bloquées, que les arrestations se poursuivent et que les morts continuent de se compter.

Dans ce climat cafardeux, c’est à peine si Le Quotidien de l’Économie réussit à signaler que la mécanisation agricole, grand défi du septennat de Paul Biya, atteint à peine 5% des exploitations du pays, traduisant ainsi l’échec d’une politique mise en œuvre depuis 2011.

Pendant ce temps, Mutations et L’œil d’Afrik s’émeuvent des malheurs en continu de la compagnie aérienne nationale, la Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co), désormais sans aéronefs qui qui a suspendu tous ses vols vers la sous-région.

Et ça ne va guère mieux au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir) où, selon Défis Actuels, dans la perspective des législatives et municipales, des militants du s’opposent aux investitures qu’ils qualifient de «dictature» imposée par l’état-major du parti, et menacent de voter pour l’opposition si des primaires ne sont pas organisées.

«Les militants de base souhaitent procéder eux-mêmes au vote au sein de leurs circonscriptions respectives, pour désigner les candidats qui doivent défendre leurs intérêts à ces élections. La plupart des militants rencontrés expliquent qu’en désignant les candidats qui vont représenter le Rdpc aux différents scrutins, le Comité central veut imposer son diktat, sans tenir compte de la volonté populaire.»

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