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Lac Tchad: Boko Haram, famine…à deux pas de la sépulture

Près de sept millions de personnes sont menacées par la famine dans la région du lac Tchad, souvent ciblée par Boko Haram.

Visage pâle et regard presque absent, Hassana Mbami, père de famille vivant dans la région du lac Tchad, porte les séquelles de longues souffrances accentuées par la pauvreté et la faim.

Cet ex-leader du comité de vigilance contre Boko Haram dans le village de Bagassoula, localité située en plein cœur du lac-Tchad, dit être harassé par l’angoisse de voir un jour ses quatre enfants mourir de faim, dans une région où l’espoir de pouvoir un jour vivre dignement semble avoir volé en éclats.

«Les populations du lac Tchad souffrent de la faim, car elles étaient occupées, ces dernières années, à lutter contre le groupe terroriste nigérian Boko Haram. Elles ont, par conséquent, laissé de côté les principales activités devant garantir leur survie, notamment la pêche, l’élevage et l’agriculture», témoigne le paysan tchadien rencontré par le correspondant d’Anadolu.

A l’insécurité s’ajoute la famine

Près de 7 millions de personnes sont, en effet, menacées par la famine au lac Tchad (Sahel), selon le dernier rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Et près de 70% des ménages de la région vivent en-deçà d’un dollar par jour et une famille sur deux mange à peine une fois par jour, d’après le même rapport.

Cible privilégiée de Boko Haram, cette région très vaste du Sahel dont dépend la survie des populations des différents pays limitrophes : Tchad, Cameroun, Niger et Nigéria n’est plus capable de nourrir ses habitants. Et c’est là que le bât blesse, de l’avis du directeur général de la FAO, José Graziano da Silva qui s’exprimait à la presse, au début du mois courant.

«Ce conflit ne saurait être résolu uniquement par les armes. Outre les attaques terroristes, on devrait lutter contre la faim et la pauvreté dans les zones reculées du bassin du Lac Tchad. Dans cette région du Sahel, on est bel et bien confronté non seulement à une crise humanitaire, mais aussi à une crise écologique qui affecte directement des millions de personnes»,a fait remarquer le responsable onusien.

Mettant en garde contre des évolutions dangereuses dans la région du lac Tchad, da Silva a alerté : «Si les agriculteurs ratent la prochaine saison de semis, devant avoir lieu en mai/juin, ils n’auront aucune récolte jusqu’en 2018. Si la production alimentaire n’est pas rétablie maintenant, cela entraînera l’aggravation d’un état de famine sévère et généralisée, ainsi qu’une dépendance prolongée de l’aide extérieure dans la région.»

«La population du lac Tchad est confrontée à la faim depuis plus de 25 ans. Sauf que ces derniers temps la crise alimentaire s’est aggravée par une crise sécuritaire», soutient le sociologue tchadien Mbété Felix interrogé par Anadolu.

Pour lui, le poids démographique des réfugiés fuyant les exactions de Boko Haram au Nigéria, au Niger et au Cameroun et dont le nombre est estimé à environ un million, pèse énormément sur cette région, déjà économiquement faible et en panne de projets de développement.

Un grand projet environnemental pour sauver le lac Tchad

Afin de venir à bout de la crise, l’humanitaire Remi Bessendjé préconise un plus grand soutien de la communauté internationale pour relancer les activités agricoles et aider la région à mieux supporter les changements climatiques qui l’affectent douloureusement.

La FAO a mobilisé 12,5 des 62 millions de dollars fixés dans le Plan de réponse humanitaire pour la région.

Le ministre tchadien de la Production, de l’Irrigation et des Equipements agricoles, Asseid Gamar Sileck, contacté par Anadolu, a indiqué que son pays affecte au moins 25 millions chaque année pour relancer le développement socio-économique dans la région du Lac Tchad, mais que les besoins nécessitent des interventions qui dépassent les moyens des pays de la région.

Un projet de transfert d’eau de l’Oubangui (affluent majeur du fleuve Congo en Afrique centrale) au Lac Tchad devrait démarrer en 2017, selon la Commission du bassin dudit lac (CBLT), basée à N’Djamena, la capitale tchadienne.

Regroupant six pays riverains du lac, le Cameroun, le Niger, le Nigeria, le Tchad, la RCA et la Libye, la Commission du Lac Tchad créée en mai 1964, a élaboré ce projet de revitalisation naturelle et biologique du lac pour lutter contre la désertification et booster le développement d’une région habitée par près de 25 millions de personnes, issues de différents pays.

Selon les experts de la CBLT, le Lac Tchad est menacé de disparition et risque d’entamer l’espoir de dizaines de millions d’habitants des villes riveraines. Ce lac constitue la principale source de revenus pour les Sahéliens qui vivent essentiellement de la pêche et des cultures maraîchères et irriguées. D’où la nécessité de chercher une source d’alimentation en eaux pour ce lac qui a perdu près de 90% de sa superficie estimée, il y a quarante ans, à 25 mille km2, d’après la même source.


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