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Musée national du Qatar: éclosion de la rose des sables de Jean Nouvel

Commandé en 2011 et livré avec trois ans de retard pour un coût total estimé à 434 millions de dollars, le Musée national du Qatar, conçu en forme de rose des sables par l’architecte français Jean Nouvel, ouvre cette semaine à Doha.

L’édifice sera inauguré mercredi au cours d’une cérémonie à laquelle assisteront l’émir qatari cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, son homologue koweïtien cheikh Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah ainsi que le Premier ministre français Edouard Philippe. Il ouvrira ses portes au public le lendemain.

« Un projet un peu fou techniquement », a admis dimanche l’architecte Jean Nouvel dans un entretien à l’hebdomadaire français le Journal du dimanche, défendant au passage le fait de travailler pour des régimes non démocratiques.

« L’architecture est pour moi un acte culturel (…) Je travaille à l’échelle du siècle ou des siècles, pour les peuples, pas pour une personne ponctuellement au pouvoir », a-t-il dit.

Imaginée par le lauréat du prestigieux prix Pritzker en 2008, cette rose du désert de 52.000 m2, dont les 539 pétales laiteux sont formés de 76.000 panneaux de 3.600 formes et tailles différentes, donne aux voyageurs arrivant de l’aéroport un premier aperçu original de la ville.

A l’image de l’émirat, Doha a vu depuis quelques années de nombreux bâtiments se construire ou être rénovés, transformant son paysage dans l’optique du Mondial-2022 de football.

Avec son entrée composée de 114 fontaines sculptées dans un lagon de 900 mètres de long et ses galeries d’expositions de 1,5 km, l’édifice situé sur la corniche de la capitale qatarie rejoint la Bibliothèque nationale et le Musée de l’art islamique sur la liste des bâtiments phares construits récemment à Doha.

« C’est un musée qui raconte l’histoire du peuple qatari », rapporte sa directrice, Cheikha Amna ben Abdel Aziz ben Jassem Al-Thani.

– Lutte d’influence –

Parmi les œuvres exposées figureront notamment un tapis du XIXe siècle brodé de quelque 1,5 million de perles du Golfe et le plus vieil exemplaire du Coran découvert à ce jour au Qatar, datant de la même époque.

L’emplacement du musée n’a pas été choisi au hasard, le bâtiment au toit acéré se situe sur le site de l’ancien palais de cheikh Abdullah bin Jassim al-Thani –le fils du fondateur du Qatar– qui a aussi été rénové dans le cadre du projet.

Censé célébrer, selon ses responsables, le passé bédouin du pays et son présent profondément marqué par les ressources en énergie, le Musée national reflète aussi l’immense richesse et l’ambition démesurée de l’émirat.

Et outre son importance architecturale et culturelle, le musée revêt une dimension politique pour le Qatar, engagé dans une surenchère de « soft power » avec les autres pays du Golfe.

Etape clé de cette lutte d’influence: l’ouverture en grande pompe, en présence d’Emmanuel Macron, du Louvre Abu Dhabi aux Emirats arabes unis, aussi conçu par Jean Nouvel.

Ce « premier musée universel » dans le monde arabe, selon Jean-Luc Martinez, président du Louvre à Paris, avait été inauguré en novembre 2017, soit six mois après l’instauration d’un blocus économique et diplomatique sur le Qatar par l’Arabie saoudite et ses alliés, dont les Emirats.

Ces derniers accusent le Qatar de ne pas prendre assez de distance avec l’Iran, puissance régionale chiite rivale de l’Arabie saoudite sunnite, et de soutenir des groupes islamistes radicaux, ce que Doha nie.

– Identité nationale –

Selon des experts, les retards accumulés au cours de la construction du musée se sont révélés être une opportunité pour le Qatar de renforcer son identité nationale et de se distinguer encore plus des autres pays de la région.

La dispute régionale a fracturé l’alliance de longue date entre les pays du Golfe et le nouveau musée permettra au Qatar de mettre en valeur ses spécificités face à ses rivaux, estime Sigurd Neubauer, spécialiste du Moyen-Orient basé à Washington.

Le musée représente selon lui « l’identité qatarie qui s’est fortement affermie » depuis l’instauration du blocus.

La position du Qatar semble actuellement « à l’opposé » de celle de son rival saoudien, dont l’image a été ternie par l’affaire Khashoggi, du nom du journaliste et opposant saoudien tué dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando venu de Ryad en octobre 2018, estime l’analyste.

Pour M. Neubauer, « il n’est pas question du bâtiment mais d’un environnement et d’une identité nationale que le Qatar tente de créer pour fournir un support à la pensée indépendante. »



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