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« On a faim! » : Maracaibo, la capitale pétrolière du Venezuela, mise à sac

L’employée fond en larmes devant les allées dévastées du supermarché de Maracaibo où elle travaille depuis 15 ans. La deuxième ville du Venezuela, coeur de son industrie pétrolière, a été mise à sac par des milliers de pillards hurlant « On a faim ! », pendant la gigantesque panne d’électricité qu’a connue ce pays.

L’odeur du poivre, pulvérisé par des forces de l’ordre impuissantes face aux bandes déchainées, flotte encore dans les travées. Tout respire la rage dans les décombres de cet immense magasin qui emploie 400 personnes, aujourd’hui désemparées et inquiètes pour leur avenir.

« J’ai vu un homme qui emportait de la farine de maïs, il ne l’a lâchée que pour s’emparer de pneus », raconte, encore secoué, Deivis Garcia qui a vu déferler quelque 2.000 personnes au cinquième jour de la panne.

« Mes enfants me demandent : +et maintenant papa, qu’est ce qu’on va faire ?+ », poursuit-il.

Le courant a brusquement été coupé le 7 mars en fin d’après-midi. En partie rétabli mardi soir, il reste intermittent à Maracaibo. Une panne unique par son ampleur et sa durée, même pour cette ville de 3,6 millions d’habitants pourtant habitués aux incidents de ce type.

Les salariés ont trouvé refuge sur une mezzanine en surplomb du supermarché d’où ils ont contemplé, stupéfaits, la foule démonter jusqu’aux réfrigérateurs pour en emporter des pièces.

Policiers et militaires ont été incapables de contenir les échauffourées et les groupes qui se sont éparpillés dans les rues à la faveur de l’obscurité.

– Militaires en armes –

« On a faim ! », criaient les pillards, se souvient un jeune policier aux yeux clairs, qui demande à garder l’anonymat. « Ils m’ont suggéré d’abandonner mon uniforme et de me joindre à eux pour piller… Nous aussi on a faim, chez moi il n’y a rien à manger ». C’est la mi-journée et il n’a toujours pas pris son petit-déjeuner, montant la garde devant les commerces saccagés.

Selon le Conseil national du Commerce et des Services (Consecomercio), plus de 500 commerces et le principal centre commercial de la ville ainsi que la zone industrielle ont été pillés pendant la panne.

Le syndicat patronal Fedecamaras a condamné dans un communiqué « tout acte de violences » qui n’aboutit qu’à « approfondir la pauvreté (…) au sein de notre société ».

Devant une des usines de Polar, la principale entreprise alimentaire du Venezuela, des dizaines d’habitants d’un bidonville voisin tournent autour du site mais des militaires arrivés en camions blindés gardent les lieux.

Sur son site internet, la compagnie souligne que quatre de ses usines, qui produisent des sodas, des bières et des pâtes, ont été pillées. « Ces pillages affectent gravement la production et la distribution et met en péril nos activités », prévient-t-elle.

Les boutiques de chaussures, de bijoux, de téléphones ont également été visitées. Dans cette ville autrefois prospère, les rues offrent des scènes de désolation et les établissements sont fermés. Trouver une bouteille d’eau relève du parcours du combattant. Devant les rares petits commerces ouverts, des centaines de personnes attendent en file de pouvoir acheter quelque chose à manger.

– Il ne reste rien –

« C’étaient des pillages massifs, on a perdu des milliards (de bolivars, monnaie dont le cours s’est effondré en raison de l’hyperinflation, ndlr) », gémit Francisco Arteaga, 61 ans. « Maintenant chacun est là à chercher à manger comme un fou… Regardez la ville, on dirait qu’il y a eu la guerre », ajoute-t-il après avoir marché des heures dans les artères dévastées à la recherche de vivres.

Le sexagénaire en appelle à Nicolas Maduro, sous le mandat duquel le Venezuela traverse la pire crise son histoire récente. « Qu’il quitte le pays ! ». « Après vingt ans de révolution, rien ne va ! », jure-t-il.

A La Curva de Molina, le cœur commercial de Maracaibo, des hordes munies de bâtons et de pierres ont cassé les vitrines et forcé les portes. « Il n’y a pas eu un magasin qui a échappé au pillage », affirme Angel Chirinos, un commerçant de 38 ans.

« Ils sont arrivés par ici mais il y avait tellement de choses à piller qu’ils n’ont pas pu tout prendre », constate le propriétaire d’un magasin d’alcools. Depuis, il monte la garde : « J’ai passé trois nuits sans dormir : il y avait encore plein de gens qui rodaient », dit-il les yeux rougis.

Pour Ramón Morales, un coiffeur de 44 ans, la pire crise alimentaire que traverse le Venezuela depuis trois ans risque d’empirer : « Regardez l’entrepôt des Chinois, que va-t-on manger ? », soupire-t-il en désignant le local incendié.

Judith Palmar, une domestique qui a fait une heure de route jusqu’à Maracaibo afin de chercher à manger « pour ses patrons » se désole : « Depuis vendredi dernier tout est fermé… les gens ont faim. Mais pourquoi tout détruire ? Jusqu’où va-t-on aller ? ».

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