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Robert Mueller, l’exact opposé de Trump en charge de l’enquête russe

Bête noire de Donald Trump, le procureur spécial Robert Mueller est aussi tout son contraire. Austère, discipliné, fuyant les médias et la lumière, il a conservé un large respect dans la classe politique tout en menant l’enquête la plus sensible qui soit pour le pouvoir américain.

Pendant des mois, cet ancien chef du FBI a cherché à répondre à une question décisive pour l’avenir des Etats-Unis: le président républicain s’est-il entendu avec Moscou afin de remporter l’élection de 2016?

Indifférent au vacarme politique et médiatique, Robert Mueller, 74 ans, a tiré méthodiquement sur tous les fils à sa disposition pour faire émerger la vérité.

Vendredi, fidèle à ses habitudes, il a simplement remis son rapport final au ministre de la Justice Bill Barr, le laissant gérer l’onde de choc.

Robert Mueller n’a que deux ans de plus que Donald Trump. Comme lui, il est né dans une famille aisée du Nord-Est américain, a fréquenté des écoles prestigieuses et est républicain. Mais la comparaison s’arrête là.

Autant le président est flamboyant, voire outrancier, omniprésent dans les médias, autant Robert Mueller affiche une austérité calculée.

Costume sombre, mèche sage, il ne cherche pas les regards. En 2008, lors d’un discours pour les 100 ans du FBI, il avait cité le tennisman Arthur Ashe pour qui « le vrai héroïsme est remarquablement sobre et très peu spectaculaire ».

Reprenant à son compte la devise de la police fédérale « fidélité, courage et intégrité », il avait lancé à ses troupes: « plus qu’un mot d’ordre, c’est un mode de vie. »

– « La vérité » –

Chargé en mai 2017 de superviser l’enquête russe, Robert Mueller a toujours pris soin de rester dans l’ombre, s’exprimant par l’entremise de documents judiciaires largement protégés par le secret.

Avançant à couvert, il a inculpé une trentaine de personnes ou d’entités, obtenu la condamnation d’une partie d’entre eux, sans révéler ce dont il disposait sur le président lui-même.

Aux audiences, il déléguait ses lieutenants. Jamais il n’a communiqué avec la presse, laissant son porte-parole livrer de laconiques « pas de commentaire ».

Cette droiture lui vaut un large respect des deux côtés de l’échiquier politique, même si les républicains ont suivi avec une nervosité certaine l’avancée de ses travaux.

Même le président Trump, qui dénonce en boucle une injuste « chasse aux sorcières », s’est gardé de l’attaquer trop frontalement. Il lui a bien reproché d’être « hors de contrôle » ou d’être « partial », mais sans la virulence qui caractérise souvent ses tweets.

Robert Mueller n’y aurait peut-être pas prêté garde de toute façon.

Sa boussole? La vérité. « Un jour, il m’a dit: +quoi que tu révèles, sois bien sûr que ce soit vrai+ », a raconté au magazine GQ un de ses anciens subordonnés au FBI, John Miller.

– « 100% » –

Robert Mueller est un ancien officier des Marines, médaillé pour sa bravoure lors de la guerre au Vietnam — une autre différence avec le futur président exempté pour raison médicales. Il a ensuite consacré sa vie au service public, quand Donald Trump faisait fortune dans l’immobilier.

Après des études de droit, Robert Mueller a notamment servi comme procureur fédéral, enquêtant avec la même ténacité contre le gang des Hells Angels, la mafia ou des banquiers malhonnêtes.

En tant que numéro deux du ministère de la Justice sous la présidence de George Bush père, il a notamment supervisé l’enquête sur l’explosion d’un Boeing au-dessus du village écossais de Lockerbie, qui avait tué 270 personnes en 1988.

Nommé à la tête de la puissante police fédérale américaine seulement une semaine avant les attentats du 11 septembre 2001, Robert Mueller est resté en poste pendant douze ans, le plus long mandat après celui du fondateur du FBI, Edgar Hoover.

En 2004, il avait menacé de démissionner si le président George Bush fils persistait avec un programme d’écoutes extra-judiciaires controversé.

Alors que son mandat devait expirer après dix ans de service, le président démocrate Barack Obama lui avait demandé en 2011 de rester à la tête du FBI deux ans supplémentaires. Preuve du respect unanime pour sa personne: cette extension avait été approuvée par 100% des sénateurs.



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