Personnalités › Diaspora

France: un Camerounais remporte les olympiades des métiers à Brest

Du Cameroun aux olympiades des mĂ©tiers de Bretagne, Williams Kemadjou-Tchatchaoua, a connu la douleur d’avoir perdu un proche et la rue. Aujourd’hui il est mĂ©tallier d’or

«Tu as laissĂ© ta mĂ©daille au coffre-fort?» rigole Laurent Martin, professeur de Williams Kemadjou-Tchatchaoua, au lycĂ©e Vauban. Depuis la semaine dernière, l’Ă©lève mĂ©tallier garde son trophĂ©e Ă  l’abri, chez lui, Ă  Lannilis. Du Cameroun aux Olympiades des mĂ©tiers de Bretagne, le chemin n’Ă©tait pas vraiment tracĂ©.

Williams a sept ans lorsque son père dĂ©cède. Peu dĂ©cidĂ© Ă  prendre sa place dans les champs, il s’installe dans la capitale, Douala, chez son oncle. Lorsque celui-ci meurt Ă  son tour, le garçon reprend la route, pour quatre mois.

Après avoir traversĂ© le NigĂ©ria, le Niger, la Tunisie, entre autres, le Camerounais atteint l’Espagne. «Beaucoup n’ont pas la chance d’y arriver vivant», prĂ©cise-t-il. De Paris, il rejoint la Bretagne, oĂą il visite Rennes, Quimper, puis Brest, au grĂ© des familles d’accueil.

Williams a 16 ans mais les tests osseux lui en donnent plus. ConsidĂ©rĂ© comme majeur par l’administration française, il se retrouve «à la rue». Jusqu’au jour oĂą une octogĂ©naire blanc-bourgeoise s’intĂ©resse Ă  lui.

Petit prodige
«Avec mon ami ElisĂ©e, Ivoirien, nous allions souvent Ă  l’Ă©glise de Bourg-Blanc. Un jour, une dame nous a demandĂ© ce que nous faisions ici. Nous avons sympathisĂ©. Elle m’a invitĂ© plusieurs fois chez elle.»

LĂ , Williams rencontre sa fille, Françoise, qui, l’Ă©tĂ© dernier, dĂ©cide de l’hĂ©berger.


Le Camerounais peut alors poursuivre ses Ă©tudes, au lycĂ©e Vauban, en deuxième annĂ©e de CAP (certificat d’aptitude professionnelle) mĂ©tallerie. «J’adore les travaux manuels. Ce qui me plaĂ®t surtout dans le travail du mĂ©tal, c’est la soudure», s’enthousiasme-t-il en faisant de grands gestes.

Laurent Martin repère rapidement le talent de son élève et lui propose de participer aux Olympiades des métiers. Après une sélection sur dossier, Williams se retrouve à Saint-Brieuc.

«J’Ă©tais face Ă  deux concurrents en contrat d’apprentissage, bien plus expĂ©rimentĂ©s que moi. Nous devions rĂ©aliser une hydrolienne miniature, je n’en avais jamais fait !» Le jeune homme ne se laisse pas dĂ©monter. Lorsque le verdict du jury tombe, il est certain de dĂ©crocher la mĂ©daille d’or. «Les autres Ă©taient en retard, ils ont fait des erreurs.»

Le rĂŞve de Williams : devenir mĂ©tallier ici, dans la «très calme» Brest. L’administration française pourrait en dĂ©cider autrement. Une demande de rĂ©gularisation et de contrat jeune majeur – lequel permet aux personnes confiĂ©es Ă  l’aide sociale Ă  l’enfance de prolonger les aides dont ils bĂ©nĂ©ficient pendant leur minoritĂ© – sont en cours.

Williams Kemadjou-Tchatchaoua
Droits réservés)/n

0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

Ă€ LA UNE
Retour en haut