Société › Faits divers

France: Une étudiante camerounaise menacée d’expulsion

Pour motiver sa décision, la préfecture de Reims explique que Laure Petang qui est en France pour des études les prend à la légère

Menacée d’expulsion pour non sérieux des études
Il est aujourd’hui difficile de savoir ce qui se passe vraiment dans ce qui est désormais l’affaire Laure Petang. La jeune camerounaise est sous la menace d’une expulsion de la France. Selon des sources médiatiques du Département de la Marne en France, la préfecture justifie sa décision de renvoyer la fille aujourd’hui âgée de 27, au Cameroun son pays d’origine, au motif qu’elle ne poursuit pas sérieusement ses études. Une décision qui est intervenue le 14 avril 2010 mais dont Laure n’aura pas connaissance. Selon l’avocat de la jeune fille, elle n’aurait jamais reçu la lettre de la préfecture. Elle a fait l’objet d’une interpellation le 12 juin 2010 dernier, puis s’en est suivie la garde à vue. Finalement, la ressortissante camerounaise est placée en rétention administrative à Metz. Son avocat n’a pas le temps de déposer son recours au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne. Le lendemain de mon arrestation, un policier est venu me réveiller vers 6 heures, raconte Laure. Elle devait prendre le premier vol pour Yaoundé. Ce qu’elle a refusé. C’est le droit de tout citoyen, précise l’avocat qui prend rapidement la direction de Metz. Laure Petang qui présente toutes les garanties de représentation est assignée à résidence à Reims. Une seule obligation: signer le registre au commissariat de police. Vendredi, le policier me dit de revenir le lendemain munie de mes bagages car je dois être expulsée.

Les droits de la camerounaise violés?
En 2001, la famille Petang quitte Yaoundé pour Paris, Laure n’est âgée que de 17 ans. La jeune fille souhaite poursuivre ses études pour embrasser le droit. Elle a déclaré vouloir s’installer dans une ville moins importante que Paris. Son père l’incite à choisir la cité des Sacres. «Plus proche pour les visites». Laure va vite se créer une nouvelle vie, entre ses études et son engagement associatif. Elle échoue par deux fois à sa licence de droit, mais s’accroche et s’inscrit une 3e fois. Parallèlement, elle poursuit son cursus en Master. Il n’était pas question d’échouer pour moi, confie Laure Petang qui ambitionne de créer une entreprise d’import-export avec son père.

Malheureusement, en 2009, elle aurait été victime d’une maladie qui la perturbe, au point de compromettre la suite de ses études. Elle a tout récemment obtenu son Master de droit décroché à l’université de Reims où l’étudiante est inscrite depuis 2006. Un diplôme qui pourrait pourtant représenter son ultime salut face à l’arrêté d’exclusion pris par le préfet. Son avocat, de Maitre Nji Mfenjou, est confiant. Je ne suis pas contre les expulsions, mais contre les expulsions injustes. Loin de porter un jugement sur une décision qui incombe au préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, le juriste estime que le représentant de l’État disposait d’informations erronées au moment de sa prise de décision. Pour lui, c’est clair, l’expulsion aurait pu se justifier il y a un an. En aucun cas aujourd’hui, déplore Modeste Nji Mfenjou.

Verdict attendu le 26 Août
Le tribunal administratif de Reims rendra son jugement le 26 Août prochain. La jeune camerounaise bénéficie déjà du soutien de quelques personnes de sa localité. Pour le vice-président de l’université, si Laure était tout de même expulsée, il confie: On ira jusqu’au Conseil d’Etat!, avant d’ajouter qu’il réclamera l’annulation de l’arrêté qu’il considère comme «abusif». Le cas de Laure n’est pas une première en France. Une situation analogue avait déclenché beaucoup de colère à Libreville et concernait Léguy Mbira. Arrivé en France en 1998 en tant qu’étudiant, ce gabonais a obtenu un Master en ressources humaines à l’Université de Reims en 2004 et cherchait depuis, avait-t-il affirmé, à rassembler 5000 euros pour s’inscrire dans un MBA d’une école privée. Il avait renouvelé ses inscriptions universitaires depuis. Agé de 32 ans et père d’une fille de 4 ans restée en France, il avait parallèlement entrepris des démarches pour changer de statut pour pouvoir honorer un contrat de travail à durée indéterminée. Il a été expulsé de manière express, après un court passage en centre de rétention, sans que ses droits aient été respectés. L’autre cas évoqué par les autorités gabonaises est celui de Raïssa Mengue Ondo, une étudiante en droit à Toulouse reconduite le 19 février en raison de l’absence de sérieux des études de cette jeune femme (7e inscription pour une licence de droit – formation normalement diplômant en trois années), selon la préfecture de Haute-Garonne. La diplomatie gabonaise avait réagi en refoulant de son sol des français «manquant de sérieux». Si la jeune Pentang était renvoyée, on doute fort que le Cameroun puisse agir comme le Gabon.

Laure Petang

lunion.presse.fr)/n

À LA UNE
Retour en haut