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Franck Anguissa, un Camerounais « travailleur » et « humble » à l’OM

Selon Jean-Philippe Durand, responsable de la cellule recrutement de l’OM, le footballeur âgé de 20 ans possède une puissance, un physique, un bon jeu de tête et une qualité technique intéressante

Le soleil est à son zénith en ce début d’après-midi de dimanche, 02 octobre 2016. Le tram, tout proche, arrive à son terminus et déverse un flot d’usagers. C’est alors qu’une discrète berline noire se faufile, avec une grosse demi-heure de retard sur le rendez-vous initial. Le conducteur quitte l’habitacle, se confond en excuses. À l’intérieur, derrière les vitres fumées, demeure un garçon, plié en quatre, dont les genoux toucheraient presque la boîte à gants. C’est lui qui est à l’origine du retard. Lui, c’est Frank Anguissa. Le milieu de l’OM n’a pas d’excuse à fournir, juste une bonne raison qui a valeur d’absolution : il a joué les prolongations au centre Robert Louis-Dreyfus. « À l’entraînement, il est toujours parmi les premiers arrivés, parmi les derniers partis », dévoile un salarié.

Le travail, encore et toujours. Une valeur érigée en principe de vie par ce jeune (20 ans) Camerounais discret, bien sous tous rapports. « Il vient d’une famille modeste, est bien élevé, équilibré, très croyant », dépeint un proche. « J’essaie de me défoncer, je suis agressif, à l’entraînement et en match », convient le natif de Yaoundé qui a grandi dans le quartier… d’Anguissa. « Je lui ai expliqué que l’Europe n’était pas l’Afrique. S’il voulait faire son trou, il devait être hyper pro, hyper travailleur, être à l’écoute et apprendre », confie Jean-Philippe Durand, responsable de la cellule recrutement de l’OM.

« Le potentiel pour réussir en Europe »
Le potentiel, il l’a. Les recruteurs français le décèlent très rapidement lors du tournoi des centres de formation, organisé dans la capitale du pays. Il se distingue, avec la meilleure note des milieux de terrain, sous les yeux de Durand. « Il me paraissait avoir le potentiel pour réussir en Europe. Il a un bagage complet : la puissance, le physique, un bon jeu de tête, une qualité technique intéressante, égrène le recruteur olympien. Balle au pied, il était serein, aimait prendre des initiatives. C’était un leader dans le jeu. »

Avant de composter son billet pour l’Europe, il fait un crochet par le nord du Cameroun et le Coton Sport de Garoua. « Le meilleur club du pays et le meilleur endroit pour apprendre son métier et le professionnalisme », estime son entourage. Reims flaire le bon coup. En cet été 2014, Anguissa saute sur l’aubaine. Il laisse derrière lui ses parents et ses frères, sa bouffée d’oxygène. Sa raison de vivre. Sa bouée, aussi. La promesse de l’eldorado s’envole. Jean-Luc Vasseur compte sur lui, l’incorpore dans le groupe pro. Le changement d’entraîneur lui est fatal. Renvoyé en réserve par Olivier Guégan, Anguissa bataille sur les terrains de Division d’honneur. Ce garçon qui déteste faire des vagues se retrouve au coeur d’un conflit entre les sections pro et amateur.

Son départ devient inéluctable. En DH, Durand continue de le superviser. Valenciennes aussi. « On croyait en lui, on est toujours resté proche de lui », explique Durand. Mais il atterrit dans le Nord, sous la direction de David Le Frapper. Qui tombe sous le charme du Camerounais. Coup de foudre immédiat entre « l’enfant » et le technicien. « Il m’a tout de suite convaincu, se remémore Le Frapper, désormais à la tête de la réserve de… l’OM. Il était exceptionnel. Sa simplicité et son humilité m’ont plu. Il avait envie d’apprendre, de jouer. En dehors des séances, il était très demandeur sur son placement, il voulait de la vidéo pour corriger certaines choses. Je n’arrive pas à comprendre comment Reims n’a pas vu son potentiel. » L’OM se rappelle alors à son bon souvenir. Et convainc Valenciennes de le lâcher. « On ne faisait pas le poids, avoue Le Frapper. On n’avait pas les moyens de le conserver aux niveaux structurel, médiatique et, surtout, sportif. Il méritait d’aller vers le très haut niveau. »

« Je me sens libéré »
En Provence, il vit des débuts rêvés avec une performance majuscule à Groningen (3-0), en Ligue Europa. Avant de disparaître de la circulation, plongé dans l’ombre du fantomatique Lucas Silva, chouchou de Michel. Début du cauchemar pour Anguissa. Malgré le soutien du clan camerounais de l’OM (Nkoulou, Nlate et Samad), il est à deux doigts de craquer. « À un moment, j’ai voulu baisser la tête. Ne pas jouer m’a fait mal », admet-il sans fard. Sa discrétion se transforme en repli sur soi. Sa famille lui manque. L’éloignement est un déchirement. « Mais il ne l’exprimait pas », indique Nlate, proche parmi les proches depuis la sélection junior du Cameroun. Les balades à Cassis, les séances de shopping ou les parties endiablées de console lui permettent de s’évader. D’oublier son quotidien pesant et sa condition de remplaçant, loin des siens.

Le Camerounais Franck Anguissa
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