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Françoise Foning était née dans mon village, mais je ne suis pas Foning

Par Maurice Nguepe

Françoise Foning est partie, sans être faite héroïne nationale. Pourtant, Paul Biya en personne a tout donné, et les Rdpcistes de la diaspora, principalement ceux de France et du Canada, ont tout fait lors de ses obsèques, mais rien n’y a fait. C’est que Françoise Foning était loin d’être la Mère Theresa du Cameroun. Elle était certes une femme de poigne, mais on sait dans ce pays comment on devient homme ou femme de poigne. Il suffit que le régime vous entoure de gendarmes et mette des milliards entre vos mains pour acheter les consciences, et vous devenez «élites».

Elle était, disais-je, certes une femme de poigne, mais elle avait choisi d’utiliser cette force pour construire et déconstruire, susciter les joies à gauche et provoquer les pleurs à droite. Comme d’ailleurs bon nombre de Camerounais d’aujourd’hui, avides d’autorité, qui utilisent la moindre parcelle de pouvoir pour tordre le cou aux désespérés et aux pauvres, et favoriser l’ascension de ceux qui sont prêts à se compromettre pour la gloire de Paul Biya et de son régime. À telle personnalité controversée, impossible de rendre hommage, sauf d’avoir retourné sa veste.

La députée et mairesse de Douala Vème est donc partie, laissant derrière elle les milliards qu’elle avait brassés, qu’elle avait distribués çà et là au gré de ses humeurs, découvrant au grand jour le mode de gestion calamiteuse des finances publiques, gestion basée sur l’amateurisme. Pour n’avoir pas été à l’école, le professionnalisme dans la gestion de la cité et des finances lui échappait, à juste titre, tout comme son art oratoire approximatif dicté par les souffleurs positionnés derrière elle, à l’abri des caméras, à chaque sortie publique.

L’histoire dira donc que c’est ainsi que le Rdpc construisait ses «élites», car c’est ainsi que le régime l’avait construite, elle, et de surcroit «élite» d’une ville universitaire, c’est-à-dire d’un département qui compte des centaines de milliers d’intellectuels. C’est pathétique de constater qu’au Cameroun de Biya, c’est finalement toujours les amateurs et les amatrices qui mènent le bal pendant que les intellectuels les acclament! C’est que le régime, ayant peur des intellectuels, a choisi d’élever, par la force de l’argent, des personnes qui, à leur tour, surfent sur l’appartenance ethnique pour annihiler la clairvoyance des hommes et femmes à la pensée libre.

La vieille technique du régime, qui consiste à choisir, au lieu des jeunes gens bien-pensants et intègres, plutôt des vieux et vieilles à la retraite, avait donc été appliquée dans la Menoua. Le drame, c’est que Françoise Foning, ainsi choisie, était en mission commandée aussi bien dans son département d’origine que dans celui du Wouri où les statistiques indiquaient une forte présence des populations de la Menoua et de la région de l’Ouest. Et, comme les élites fabriquées des autres villes et régions du Cameroun, elle y avait entrainé la jeunesse dynamique dans un aveuglement absurde, confinant les voix intelligentes dans un mutisme cinglant: «C’est la maman du village, suivons-la. Quand ton frère ou ta s ur est au pouvoir, pourquoi ne pas le ou la suivre?» Voilà la politique du village, subséquente à celle du ventre, expression la plus populaire du système du Renouveau qui a ethnicisé les rapports sociaux pendant 33 ans au grand dam de l’esprit républicain!

Avec la mort de Françoise Foning, les populations de la Menoua doivent se détourner définitivement de l’esprit corrupteur du Rdpc qui a mis à rude épreuve leur sens de l’honneur, leurs valeurs humaines et culturelles et leur patriotisme né aux premières heures de l’indépendance de ce pays.

Tant que les Camerounais, chacun dans son village, n’auront pas appris à se distancier des «élites» fabriquées par le régime pour tordre le cou à toute velléité de changement au niveau local et à tout espoir de progrès au niveau national, la sortie de l’obscurité sera encore lointaine.

Françoise Foning était née dans mon village, mais je ne suis pas Foning.

Maurice Nguepe
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