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Frans Timmermans ou l’ambition contrariée

Officiellement désigné samedi par la famille socialiste au sein de l’UE pour briguer la tête de la Commission européenne à l’issue des élections de mai prochain, le Néerlandais Frans Timmermans cache derrière un sourire affable une ambition politique contrariée par la perte d’influence de son camp.

Ce petit-fils de mineurs né à Maastricht le 6 mai 1961 est considéré comme l’un des plus brillants membres de la Commission actuelle, présidée par le conservateur Jean-Claude Juncker.

Nommé Premier vice-président, l’ancien ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas a fait figure d’homme fort de la « Commission politique » voulue par le Luxembourgeois.

Jean-Claude Juncker a conforté cette impression lors de son discours devant le Parlement européen pour l’investiture de son équipe le 22 octobre 2014. « Le président, c’est moi, mais j’ai délégué une bonne partie de mes prérogatives au vice-président. Frans Timmermans est mon bras droit et j’espère qu’il sera aussi ma main gauche », avait-il déclaré.

Mais l’éminence grise de Jean-Claude Juncker, le démocrate-chrétien allemand Martin Selmayr ne l’entendait pas ainsi. Chef de cabinet du président, promu par la suite secrétaire général de l’institution, il a obtenu la haute main sur la préparation des décisions et fait en sorte que le président et son cabinet aient toujours le dernier mot face aux commissaires.

La réalité des pouvoirs de Frans Timmermans a rapidement suscité beaucoup d’interrogations. « On a tout dit et tout écrit sur moi: Timmermans n’a rien à faire, Timmermans est le responsable des coquilles vides », a-t-il confié, amer, lors d’un entretien à l’AFP quelques mois après sa prise de fonction.

Il expliquait ce manque de visibilité par le nouveau mode de fonctionnement de l’équipe Juncker. « C’est nouveau et ce n’est pas évident pour les commissaires », ajoutait-il.

Quatre années ont passé. Le sémillant quinquagénaire est aujourd’hui âgé de 57 ans. Il s’est épaissi et porte une barbe grise.

Responsable de « l’amélioration de la réglementation, des relations inter-institutionnelles, de l’Etat de droit et de la charte des droits fondamentaux », Frans Timmermans souffre d’être resté dans l’ombre.

La bonhomie et le brio montré en conférence de presse par ce diplomate polyglotte ne parviennent pas à masquer un certain mal être, ont confié en privé plusieurs membres de la Commission.

– « Aucune chance » –

La désignation du Français Michel Barnier pour conduire les négociations du Brexit avec Londres a été vécue comme une humiliation, ont-ils expliqué.

« Timmermans est vice-président de la Commission. Il a d’autres choses à faire », avait balayé Jean-Claude Juncker dans une déclaration au quotidien belge le Soir.

La brouille n’a pas duré. Frans Timmermans est revenu sur le devant de la scène avec le soutien appuyé de Juncker pour dénoncer les violations de l’Etat de droit en Pologne, en Hongrie et en Roumanie. Il a fait déclencher la procédure prévue par l’article 7 du traité pour sanctionner les violations des valeurs de l’UE.

Mais son action a été rapidement bridée par le Parti Populaire Européen (PPE), la droite européenne, soucieuse de ménager l’un des siens, le Premier ministre Hongrois Viktor Orban, considéré comme « l’enfant terrible de la famille ».

Frans Timmermans est donc reparti en campagne pour tenter de succéder à son président après les Européennes en mai et défendre sa conception d’une Europe plus proche des citoyens. Catholique, il a foi en l’Europe et veut combattre les tentations de repli identitaire.

Le désistement de son camarade slovaque Maros Sefcovic, lui aussi vice-président de la Commission, lui a permis de devenir le champion de la famille sociale-démocrate sans livrer bataille. Mais son ambition risque une nouvelle fois d’être contrariée. « Il n’a aucune chance » de prendre la tête de la Commission, estiment ses camarades sociaux-démocrates.

Les projections pour les Européennes de mai 2019 évaluent à 140 le nombre des élus du groupe socialiste dans le prochain Parlement européen contre 187 actuellement. La majorité pour faire élire son candidat est de 353 voix.

Le Parlement européen exige que le Conseil européen, composé des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, soutienne la nomination à la présidence de la Commission de la tête de liste du parti qui aura remporté le plus de sièges aux élections européennes.

Mais le Conseil européen refuse de s’engager à respecter cette procédure.

L’avenir européen s’annonce d’autant plus incertain pour Frans Timmermans que son parti, le PvdA, est dans l’opposition et que le Premier ministre libéral Mark Rutte n’a aucune raison de le reconduire pour un nouveau mandat de commissaire.

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