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Gaston Sorgho: «Le Cameroun gagnerait à prendre en compte l’aspect genre»

L’expert répond aux problématiques du genre après la sortie d’un rapport de la Banque Mondiale consacré à cette question

Quelles sont les défis actuels de la question du genre en Afrique centrale en général, et au Cameroun en particulier?
Je voudrais de prime abord dire que la question du genre est aujourd’hui au c ur de la stratégie de la Banque mondiale dans son statut de partenaire du développement en Afrique. Pour ce qui est des défis que pose le problème de genre, surtout pour ce qui est de la situation de la femme, il est question de l’égalité des hommes et des femmes devant la loi, l’accès équitable aux services sociaux tels que la santé, l’éducation la protection sociale, l’accès aux droits fonciers, voila un peu les défis auxquels il faut faire face tant en Afrique centrale qu’au Cameroun en particulier.

Comment est ce que la Banque Mondiale intervient dans l’aspect genre en ce qui concerne le développement?
Dans le cadre de sa stratégie de soutien au continent africain, la Banque Mondiale a retenu le genre comme une préoccupation transversale. Dans l’ensemble de son engagement auprès de ses partenaires la question du genre trouve une place de choix dans les différents projets. En matière de santé par exemple, domaine où je suis le plus compétent, la question se pose en permanence de savoir ce qui différencie, l’accès des hommes de celui des femmes dans la société camerounaise et de manière logique on se penche sur la question de savoir comment on peut agir de sorte à améliorer un meilleur accès des femmes aux services de santé. La question semble anodine mais lorsqu’on examine de près, on se rend compte de son importance. Par exemple on est parvenu à établir des corrélations entre des mauvaises conditions de grossesse et le taux élevé de mortalité chez la mère et l’enfant au Cameroun. Autre secteur, celui de l’éducation. On doit en permanence comprendre pourquoi il existe un gap entre le niveau de scolarisation chez les hommes et celui des femmes. Notre objectif au niveau de la Banque est de faire en sorte que ces différences remarquables puissent être réduites à chaque niveau d’intervention dans le développement. Donc, il n’existe pas un programme spécifique dénommé genre, mais la question genre se retrouve dans à tous les niveaux d’intervention.

En Afrique centrale votre zone de compétence, si on devait faire un classement quels seraient les bons élèves et les moins bons?
Les problèmes dans les différents pays de la sous-région ne se posent pas de la même manière. Si on prend le cas du Cameroun, on relèvera qu’il a fait de nombreux efforts par rapport à la scolarisation de la femme. Dans d’autres domaines le Cameroun a encore des efforts à faire. Si on observe la représentation des femmes au niveau du parlement, on constate qu’il y a encore des choses à faire. Il faudrait encore qu’un nombre plus important de femmes puisse avoir accès aux sphères de prise de décision dans la gestion des affaires de la nation. Nous avons entamé une étude pour effectivement établir un rapport sur l’état d’avancement de cette question du genre dans chaque pays. Après avoir mené cette étude, cela permettra de voir le type d’intervention que la Banque devra apporter aux pays pour améliorer ce point là. Pour chaque pays, il y a des efforts spécifiques à fournir et la Banque sera là pour les accompagner en cas de besoin.

Gaston Sorgho
Journalducameroun.com)/n

Dans sa nouvelle approche comment est ce que la Banque Mondiale envisage d’intervenir pour l’amélioration de la situation au Cameroun?
Vous avez raison de dire que le Cameroun a connu des avancées sérieuses du point de vue normatif. Mais le problème récurent est celui de savoir comment est ce qu’on peut traduire cette avancée normative en des actes concrets. Par exemple, je conviens personnellement avec vous qu’il n’est pas seulement bon d’avoir des textes, il faudrait encore que ces textes là servent à quelque chose de concret. C’est précisément à ce niveau qu’intervient la Banque mondiale. Dans le cadre de sa nouvelle stratégie elle mettra d’abord en place le partenariat, l’apport de connaissances et ensuite le cas échéant, les financements. Dans cette perspective, nous allons intensifier autant que cela se pourra notre collaboration avec la société civile. Il existe des expériences passées, nous en tirerons des leçons et nous introduirons des axes d’améliorations. Nous avons par exemple dans le cadre de la dernière foire aux idées, discuté de projets d’améliorations de la question genre. Donc nous y travaillerons d’avantage pour améliorer la satisfaction des besoins de développement dans ce secteur.

Quel est l’impact économique des violences faites aux femmes? Que gagnerait le Cameroun à y remédier?
Le Cameroun gagnerait beaucoup à combattre les violences faites aux femmes. Tout pays y gagne en fait. Déjà les femmes constituent une bonne majorité de la population. Vous imaginez bien que si une majorité de la population n’a pas la possibilité d’être active, c’est un manque à gagner à double niveau. On perd en capacité de production et on perd aussi parce que la quantité par individu s’en trouve diminuée. Mieux que le facteur de production, le fait de négliger la santé des femmes où de provoquer leur déséquilibre est facteur de sous développement. Des études ont démontré que la première cause de maladie chez les femmes est d’ordre psychologique. Je ne dis pas qu’au Cameroun il y a plus de violences faites aux femmes qu’ailleurs, mais je pense que pour tous les pays, chaque fois qu’on a fait l’effort de réduire les violences faites aux femmes, la société a connu une meilleur progression. Pour ce qui est du Cameroun une fois encore, il existe encore des entraves terribles, comme les mutilations de la jeune fille, la situation des veuves dans les familles et bien d’autres. On gagnerait énormément à réduire ces cas de violences pour un meilleur développement de la société

On continue de reprocher à votre institution de travailler avec les Etats alors que les destinataires du développement ne sont pas toujours touchés, que répondez-vous à cela?
Parfois on se plaint de ce que les actions menées n’améliorent pas toujours la situation des bénéficiaires. Ce qu’il faut comprendre, le développement n’est pas une mince affaire, il y longtemps que le problème serait résolu. Effectivement on réalise parfois que des programmes sont mis en uvre et ne trouvent pas toujours un écho favorable auprès des populations bénéficiaires. On peut faire des reproches au système, mais on en a besoin. La stratégie de la Banque commande de travailler avec les gouvernements. Aujourd’hui, nous élargissons le champ de nos concertations avec la société civile. Si cela marche c’est un challenge. Il faudra savoir pourquoi cela ne marche pas et chercher à arranger les choses. C’est ce qui rend complexe toute intervention sur la question de l’amélioration de la condition humaine.

La question du genre préoccupe la Banque Mondiale
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