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Goodluck Jonathan n’est pas Paul Biya, n’est pas Laurent Gbagbo.

Par Itonde Diboua

« J’ai promis des élections libres et justes. J’ai tenu parole ». Le président Jonathan a également appelé ses partisans au calme. Il avait auparavant passé un coup de fil à son rival pour lui concéder, avec fair-play, sa défaite et le féliciter. Ce grand africain qui a par ailleurs émis le v u de la consolidation de l’héritage démocratique, vient ainsi de faire son entrée dans les annales glorieuses de la démocratie en Afrique. Son beau geste honore l’Afrique entière et constitue un bel exemple à imiter. N’en déplaise à un certain Jean Paul Pougala et à d’autres « panafricanistes » pour qui l’Afrique n’a pas besoin de démocratie.

Ce ne sont pourtant pas de beaux prétextes ni des moyens qui manquaient au président Jonathan pour tenter de conserver le pouvoir, causer le chaos et la mort de ses compatriotes. Le « panafricanisme » l’a tantôt présenté comme l’homme des USA, tantôt comme leur adversaire. Enfin, selon la dernière version « panafricaine » en date, il était le bras de la France et des occidentaux pour déstabiliser l’Afrique et sa première puissance économique.

Jonathan a coupé court aux faux bruits les plus fous du « panafricanisme ». S’il avait décidé de s’accrocher au pouvoir, n’aurions-nous pas entendu que « les ennemis de l’Afrique ont apporté la crise postélectorale dans le but de voler des ressources »? Comment ne pas célébrer ce geste républicain dans une Afrique où on rêve généralement de mourir au pouvoir? Quand on sait qu’au Cameroun, monsieur Biya refuse de lâcher un pouvoir perdu dans les urnes en 1992? Qui ne se souvient de ses ministres Joseph Owona, Kontchou et Moutomè brandissant la souveraineté du Cameroun à une certaine Francès Cook (ambassadeur des USA à Yaoundé)? Et dénonçant l’ingérence dans les affaires intérieures du Cameroun, avec à la clé un enseignement en règle de la « démocratie avancée » aux USA?

Il faut en Afrique condamner tous les mauvais exemples. Comment oublier l’emblématique coup de force électoral d’un certain Laurent Gbagbo qui aura réussi à piéger l’opinion africaine, en faisant monter en puissance, mieux que les autorités camerounaises, et en surjouant de la rhétorique anti-néocolonialiste: un discours de souveraineté digne de fanatiser des foules, voire de provoquer des entrées en transe.

«Dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection. La date du nouveau scrutin est fixée par décret..». Telles étaient les dispositions de l’article 64 du code électoral ivoirien, accessibles même à un illettré. Pour discréditer un vote massif pro-Ouattara dans son fief (Nord), le Conseil constitutionnel partisan, invoqua des irrégularités (imaginaires) pour invalider ce vote dans 7 départements (soit quelques 600 mille voix). J’attends toujours de voir ce fameux jour où un candidat au pouvoir prendra le soin de faire écarter entièrement des régions qui lui sont favorables.

En décidant d’appliquer un droit « panafricain » et briquetérisé, le CC partisan est entré dans les annales sombres de la « Jurisprudence » administrative africaine. Pour lui, la reprise (partielle ou totale du scrutin référencée par la loi électorale) signifiait la proclamation directe du vainqueur (Gbagbo)… A moins que le CC n’ait choisi d’annuler, pour son simple plaisir, des votes sans aucune chance d’influencer le résultat d’ensemble qui, par la voix de la Commission électorale indépendante, donnait déjà Ouattara vainqueur (54,1% contre 45,9%). Si l’on estime que les irrégularités sont suffisamment graves au point de décider d’annuler le vote, on reprend le scrutin. Ne pas le faire implique que les irrégularités sont négligeables (comme il y en a dans presque toute élection) et donc dans ce cas, on n’invalide pas les résultats de la CEI…

En réalité, ayant compris que les véritables résultats confirmaient la solidité de l’alliance Bédié-Ouattara, et face à l’impossibilité du miracle de battre cette alliance, Gbagbo ne pouvait donc plus reprendre d’élection qui même reprise cent fois, serait de toute façon perdue. C’est ici que le « génie » du putschiste intervint pour lancer en l’air cette véritable entourloupette du recomptage des voix. Comme si son rival (qui dénonçait plutôt son hold-up: non reprise du scrutin, « victoire » et investiture précipitée) s’était plaint d’un mauvais comptage. Proposer un nouveau décompte implique que l’on pense avoir mal compté et surtout que le vote est serré et se joue à peu de voix… Gbagbo a agi tel un braqueur, qui après avoir mis les électeurs de son rival hors du champ de la citoyenneté et banni son fief électoral, veut se comporter en gentil garçon qui lui propose de recompter.

Pouvait-il en être autrement pour celui qui n’avait fait qu’exclure pendant sa campagne l’éventualité de quitter le pouvoir, avec son fameux slogan « On gagne ou on gagne »? C’est donc sans réelle surprise que les juristes ensorcelés du CC le créditeront de 51,45% des suffrages contre 48,55% à Ouattara. Je mets ici au défi le moindre « panafricain », leader camerounais ou africain d’aller dans tout pays africain où il serait « étranger » ou considéré comme « burkinabé » et d’y recueillir 48,55% de suffrages, et ceci à l’exclusion de son fief électoral.Sans parler d’une campagne essentiellement haineuse. Pas de place en Afrique pour des concepts nazis (Ivoirité). Pas de place pour un « panafricanisme » de la haine (contre des africains, burkinabé, maliens, etc). A moins de vouloir importer des asiatiques ou d’autres peuples pour bâtir son « panafricanisme »?

«Nous sommes allés trop loin. Satan nous a tous possédés». Voilà la confession en mai 2011 de Yao Dré, le fameux président du CC. Ils avaient tous perdu la tête.Voilà comment la sorcellerie s’est invitée dans une élection africaine pour s’emparer de juristes. Voilà sur quoi reposait l’état d’urgence. Voilà comment en Afrique on joue avec des massacres, des vies, le sang des innocents; et à quel prix (3000 morts!!!) on veut se maintenir au pouvoir. Voilà comment on devient aussi « héros ».Voilà sur quoi se fondent les mensonges « panafricains » d’Afrique Média et tous ces livres (des Charles Onana, Enoh Meyomesse, et consorts) qui garniront nos bibliothèques « panafricaines ».Voilà sur quoi s’appuient les campagnes d’une victoire imaginaire sur laquelle Gbagbo, Blé Goudé et Simone, etc. tentent de sauver leur peau devant la justice.Pauvre Afrique!!!

Plus jamais cela en Afrique! Il faut valoriser les bons exemples et rejeter tous les mauvais, à moins d’être allergique, immunisé contre la vérité ou pire, un peu déséquilibré.
On ne peut à la fois combattre Biya et soutenir Gbagbo. Il faut dissocier le combat pour l’alternance démocratique au Cameroun du combat pour un monde plus juste. Aucun prétexte n’est acceptable pour la confiscation du pouvoir. Car si ce n’est pas le peuple souverain qui décide, c’est la course au pouvoir (par la force armée ou autre etc.), qui décidera, et ceci pour le plus grand bien des marchands d’armes.On peut ignorer son camp réel. Il n’y a dans une dictature de jouissance que deux camps: celui du pouvoir qui exerce un droit de vie ou de mort, au nom de la « souveraineté » et celui des victimes de la « souveraineté ». Un insensé est toujours victime de ses propres croyances. Et ne tarde pas à le découvrir. La croyance aux « institutions souveraines » (par pur dogmatisme idiotique) ne protège pas contre ses foudres.

Aux camerounais de s’organiser pour donner une espérance, une alternative à leur pays. Car si les slogans avaient un impact sur les conditions des populations, on le saurait et notre jeunesse ne serait pas tournée vers l’étranger.pour tenter de fuir la mauvaise gouvernance. Ouattara n’a pas eu besoin de 5 ans pour instaurer la couverture maladie universelle. Au Cameroun, il faudra peut-être 50 ans au pouvoir. Arrêtons de nous distraire, de nous retarder avec nos seules préoccupations sur la France, l’Occident (c’est une autre affaire) pendant que d’autres peuples font avancer leur Histoire, honorent l’Afrique, et même donnent des leçons au monde.

Goodluck Jonathan, ancien président du Nigéria.
Droits réservés)/n

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