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Grand dialogue national : les propositions de Jean Baptiste Atemengue

Jean Baptiste Atemengue.

Le militant du Rdpc au pouvoir, et cadre d’entreprise, suggère des réformes dans la forme de l’Etat, le bilinguisme, l’accès à la fonction publique ; ou encore l’apport de la diaspora dans la construction de la nation.

Monsieur le Premier Ministre,

                Le Grand Dialogue National convoqué par le Président de la République ayant pour but de ramener une paix durable dans nos deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ainsi que sur l’ensemble du territoire national en vue « de bâtir un pays solide et une nation forte », j’ai l’honneur de venir humblement vous faire part de mes idées en guise de contribution à cette concertation déterminante pour l’avenir de notre jeunesse qui est l’avenir du pays.

Introduction générale : d’un clivage idéologique interminable à la définition d’une idéologie nationale.

                Il n’y a effectivement jamais eu d’unanimité au sein de la population originaire de ces deux régions avant les indépendances. Tout comme dans le Cameroun oriental où il y avait un clivage sur les modalités de l’indépendance. Ces divergences ont été arbitrées démocratiquement de part et d’autres, même si au Cameroun oriental l’Union des Populations fut interdit d’activités politiques à un moment.

Une fois l’indépendance acquise, l’expérience du fédéralisme a tourné court du fait de problèmes pratiques et politiques (rareté des ressources et conflit de compétences entre dirigeants). Ce qui causa d’ailleurs la démission des premiers ministres des Etats fédérés.

Mais le Président AHIDJO avait tendu la main à tous ses adversaires pour qu’ensemble, les fils du Cameroun engagent le grand chantier d’institutionnalisation et d’appropriation de l’Etat au service de l’intérêt général. Ce fut le premier Grand Dialogue National. Certains compatriotes refusèrent ce Dialogue et poursuivirent la guerre civile qui coûta inutilement tant de vies humaines.

La poursuite négociée du processus d’unification de notre jeune Etat a toujours eu un seul objectif : bâtir une République parfaitement intégrée où chaque Camerounais est chez lui sur tout le territoire national. Cette République imaginée par nos pères fondateurs vise à placer la conscience nationale au-dessus des consciences ethniques et tribales qui ne concourent pas forcément à la consolidation d’une véritable identité nationale. L’instauration d’un parti unique avait pour but d’avancer significativement dans ce sens avant toute libéralisation politique une fois l’Etat suffisamment institutionnalisé. Le retour au multipartisme a donc ramené les maux qui minent tous les jeunes Etats, prouvant que le nôtre n’avait pas été assez institutionnalisé et qu’il demeure fragile. Cette fragilité est aggravée par l’opportunisme politique et surtout le désir de vengeance des perdants des batailles politiques successives depuis les indépendances. Les vainqueurs ont probablement trop baissé la garde. Le constat est là : les médias, les intellectuels qu’on entend le plus s’exprimer ont pris la jeunesse en otage par un travail permanent d’endoctrinement et notre société est désormais envahie par des idées reçues et autres préjugés tellement néfastes. Nous serions d’après eux un Etat « néocolonial » et c’est la France qui dicterait toujours à l’ensemble des Camerounais, y compris à ceux originaires du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la conception républicaine qui est pourtant fidèle à ce que les premiers nationalistes des deux parties du Cameroun sous tutelle ont voulu.

Les années 90 ont été le lancement d’un assaut des opposants par les villes mortes et l’incivisme comme mode de contestation de l’élite dirigeante. Le retour au fédéralisme pris comme solution institutionnelle par opportunisme politique.

Or en 1961, 90% des trois millions d’habitants du Cameroun vivaient dans leurs villages sans mélange ni bilinguisme. Ne nos jours il y a une intégration avancée avec plus de la moitié de la population qui est presque multipliée par dix qui vit en ville, et le bilinguisme a effectivement beaucoup progressé. Les camerounais des eux langues n’ont plus besoin d’interprètes pour se parler.

La rencontre tripartite fut donc l’occasion de s’entendre sur l’orientation de la nouvelle société démocratique à construire. Les extrémistes une fois de plus ne saisirent pas la main tendue par le Président Paul BIYA.

Le Grand Dialogue pour nous est donc cette nouvelle occasion de ramener à de bons sentiments cette alliance qui est opposée depuis les indépendances à la majorité gouvernante et qui a un grand désir de vengeance. Ce désir de vengeance par tous les moyens les amène aujourd’hui à vouloir détruire toute la fondation de notre jeune République. Or, nous pouvons nous entendre sur un minimum pour ne pas jouer le jeu des grandes puissances qui savent profiter des divisions des petits Etats comme le nôtre.

Un travail profond doit donc être engagé dès la clôture des assises actuelles pour remobiliser la jeunesse et lui transmettre l’idéologie que nous pouvons considérée comme dominante jusque-là et qui conçoit notre Unité Nationale dans un Etat unitaire décentralisé par la voix de l’Intégration Nationale. Nous sommes les progressistes républicains et c’est de la République qu’ont soif nos jeunes. Une république où ils seront libres et parfaitement égaux sous le règne d’une même loi pour tous. Une République où ils n’y aura aucune discrimination sur la base de son ethnie, de sa religion, de ses idées politiques….une République où ils auront tous les mêmes chances de réussir à condition de travailler, une République où ils seront solidaires et fraternels, une République d’où chaque fille et chaque fils pourra aller à la conquête des opportunités offertes par la mondialisation, une République dont la diaspora sera elle aussi fière parce que parfaitement intégrée et considérée à sa juste valeur, une République où il n’y aura plus d’autochtones ni d’allogènes, mais uniquement des Camerounais partout chez eux sur tout le territoire national.

Mes principales propositions : sur la forme de l’Etat :

Réaffirmer le principe d’Etat unitaire décentralisé en poursuivant l’intégration nationale.

Achèvement de la décentralisation avec la mise en place d’une grande autonomie des conseils régionaux pour répondre à la demande pressante des camerounais.

Proposer aux frères tentés par la sécession de se retrouver en 2030 par exemple pour évaluer l’impact de la décentralisation et voire en ce moment-là les corrections à y apporter pour plus d’efficacité.

Sur le bilinguisme :

Rendre de tous les établissements scolaires publics intégralement bilingues à l’horizon 2030  (moitié des cours transmis en français et l’autre en anglais). Ainsi l’identité nationale bilingue sera totalement assumée.

Conserver néanmoins le contenu des deux sous-systèmes éducatifs, ce qui n’est pas incompatible avec le bilinguisme intégral pour nos enfants. D’ailleurs le secteur éducatif privé est en avance dans ce domaine.

L’accès à la fonction publique

Réformer l’Ecole Nationale d’Administration et le mode de sélection de ses élèves : Cette école républicaine qui a vocation à former les dirigeants de notre Administration publique suscite beaucoup de critiques et de frustrations des jeunes ainsi que de leurs parents. Pour dissiper ces mécontentements légitimes qui discréditent l’appareil d’Etat. il faudrait d’une part relever le niveau de recrutement à la licence pour la catégorie B avec bonification d’échelon en B2 et le master 2 pour la catégorie A avec bonification d’échelon en A2.

Créer dans les universités une filière de présélection recrutant uniquement les bacheliers avec au moins la mention bien ou assez-bien dans les régions où il y aurait moins de mentions bien pour une licence et un master d’économie et d’administration. Cette filière sélective, à l’image des grandes écoles science-po en France aurait vocation à servir de voie d’accès à l’entrée de l’ENAM par le mérite.

Trouver une passerelle entre les autres grandes écoles (Ecole Nationale polytechnique) et l’ENAM.

Ne retenir que les meilleurs de chaque région et interdire toute intervention pour l’entrée aux grandes écoles afin de rétablir une confiance totale envers les élites dirigeantes.

La diaspora et sa contribution à l’émergence du Cameroun

Répondre autant que possible aux attentes de la diaspora (double nationalité, création d’un ministère des camerounais de l’étranger, élection des députés et nomination des sénateurs des camerounais de l’étranger)

Rendre les missions diplomatiques plus économiques avec réouverture des missions économiques chargées d’orienter et de faciliter les investissements de la diaspora au Cameroun.

Intégration nationale

Afin de faciliter l’intégration nationale, étendre le principe d’équilibre sociologique des listes aux conseils municipaux et régionaux aux camerounais résidents dans les communes et régions, mais originaires des autres régions. On pourrait imposer au moins un que toutes les listes comportent au moins un nom d’un camerounais d’une autre région dans toutes les listes.

Suppression dans les textes de loi du mot autochtone et allogène.

Pénalisation de tout discours ou acte de haine tribale

Intégration des personnes vivant avec le handicap

Imposer à toutes les entreprises publiques et privées employant plus de 50 personnes de recruter obligatoirement 2% sous peine de payer une pénalité reversée aux organismes de soutien aux activités.



A SAVOIR

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