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Grande consommation: La présidence du Cameroun met le ministère du commerce hors jeu

Paul Biya a signé un décret portant création d’une structure en charge de l’approvisionnement et de la commercialisation des produits de grande consommation

Certains objectifs de la mission relèvent aussi du ministère du commerce
Le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, a signé ce mardi 02 février 2011, un texte créant la mission de régulation des produits de grande consommation. Cette structure aura la responsabilité de donner l’alerte, d’acheter, d’importer et de stocker les dits produits, en vue de l’approvisionnement dans des conditions optimales du marché camerounais. Elle procèdera à la constitution des stocks de sécurité et veillera à la mise en place des magasins témoins. Le gouvernement fait savoir que la création de cette structure vise à améliorer la disponibilité des produits de grande consommation sur le marché camerounais. La structure ainsi créée est une réponse des autorités face à la hausse des prix de divers produits sur le marché camerounais. D’un autre côté, elle semble être une manière de mettre le ministère du commerce hors jeu sur le contrôle de la vente des produits de grande consommation. Bien qu’étant membre du comité de pilotage de la mission, le ministère ne joue qu’un faible rôle d’assistance technique ou de proposition. Toutes les autres compétences dans ce domaine étant retournées à la présidence de la république et la primature. Cette mission examine aussi les questions à elle soumises par le président, et elle lui rend compte de la situation des stocks. Pour ce qui est du premier ministre il dresse la liste des produits de grande consommation devant faire l’objet d’achat ou d’importation, il crée les marchés témoins et fixe les modalités d’organisation des marchés périodiques.

Réponse politique ou intervention économique ?
Il reste difficile de comprendre objectivement l’opportunité de la création de cette structure, qui semble finalement être une mesure plus politique que socio-économique. Certains observateurs ayant lu le dossier estiment qu’un renforcement des capacités du ministère du commerce aurait été plus adéquat pour régler l’ensemble des problèmes intervenant dans ce domaine. La vérité est que sur les dernières crises de prix ou de pénurie des produits de grande consommation, le ministère du commerce s’est parfois montré défaillant. C’est rarement que les hausses ont été évitées et les mesures prises pour contrer les pénuries se sont avérées d’une efficacité relative. Il faut cependant comprendre que sur certaines matières, la compétence du ministère est partagée, ce qui amoindrit son action. Une des grandes questions est de savoir si dans l’exercice de ses fonctions, la mission aura vocation à faire des bénéfices. De même il reste assez difficile de savoir si dans le cadre d’une intervention directe, elle procèdera par marché public ou par acte de commerce. Des interrogations portent aussi sur les rapports entre la mission et les importateurs. Seront-ils désormais sous son contrôle, ou des partenaires. D’autres interrogations portent sur la capacité des cadres de la mission à maitriser les réalités du commerce tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Enfin il sera intéressant de voir à quoi ressemblera la première liste des produits de grande consommation, le Cameroun important presque tout. L’expérience de nombreuses missions techniques au Cameroun ne poussent pas à l’optimisme, surtout dans un domaine aussi flexible et complexe que le commerce.

Une mission qui devra faire ses preuves
Au plan interne, les prix restent fortement influencés par de nombreux facteurs d’alourdissement comme l’enclavement de nombreuses zones de production, l’attraction des producteurs par des marchés plus intéressants en rentabilité financière et le manque de professionnalisme de 70% de ceux ci, qui subissent facilement les aléas des différentes conjonctures. Sur le plan international, il faut tenir compte de l’appréciation ou la dépréciation de l’euro dont dépend la monnaie camerounaise, le Franc CFA par rapport au Dollar américain, monnaie des échanges internationaux, et qui influe significativement sur les prix de différents produits de consommation sur le marché national. Malgré sa tendance à la diversification, l’économie camerounaise reste tributaire des importations de l’espace euro, de différents biens d’équipement, des produits manufacturés d’usage courant, des intrants agricoles, voire de certains produits alimentaires. Une forte appréciation de l’euro renchérit durablement les prix sur le marché local. Peu importe l’origine des produits (nord, sud-américaine, moyen orientale, asiatique), la triangulation des transactions financières par l’Europe expose irrémédiablement le marché camerounais aux fluctuations de l’euro. Au regard de l’étroitesse de la surface financière de la plupart des banques locales et de leur isolement international, nombre de transactions s’opèrent via les banques de l’espace euro aussi bien pour le paiement des fournisseurs, l’affrètement des navires, des avions. Que pour le transbordement des produits via les grands ports européens (Anvers, Amsterdam.). La mission se devra donc d’être plus qu’une simple réponse politique, elle devra aussi être un véritable bureau du commerce extérieur et intérieur, avec des cadres hautement qualifiés en fonction des secteurs. Or le nombre de personnel maximal affecté à son fonctionnement, 30, et son mode de fonctionnement sous supervision de la présidence, des services du premier ministre et de certains ministère, fait craindre qu’elle ne puisse tenir elle aussi, le défi de la grande consommation au Cameroun.

Le Cameroun importe de nombreux produits de première nécessité comme le sucre
Kaywa.com)/n


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