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Guerre contre Boko Haram: on ne soigne pas le cancer avec du paracétamol

Par Felix Kama

Au vu de ce qui s’annonce au Cameroun, on peut dire que la déclaration de guerre contre Boko Haram était improvisée, du moins qu’elle n’a pas bénéficié d’une réflexion approfondie sur ce qu’il est convenu d’appeler les effets induits ou alors la prévention des effets collatéraux de ce conflit. Imaginez: vous allez déclarer la guerre à votre voisin de gauche qui est en conflit avec ses enfants, puis vous rentrez chez vous pour aller demander crédit au voisin de droite afin d’acheter la lime et la machette. Puis, vous venez camper à la limite avec la concession de votre voisin pour attendre qu’il vous attaque!!! Tout se passe comme si la seule trouvaille de nos spécialistes des guerres était dans l’adjectif « asymétrique » collé à cette guerre. Point barre.

Si si, il y a bien l’armée sur le terrain des hostilités. Il y a eu des réaménagements tactiques et techniques, voire structurelles. Sauf qu’une guerre, si on sait quand elle commence, personne, même pas ses décideurs ne peut prédire quand elle prendra fin. Déjà, des spécialistes qui font plus autorité que moi sont sceptiques quant à l’art de gagner une guerre en restant sur la défensive à l’intérieur de son périmètre géographique, tandis que l’ennemi lui ne s’enquiquine pas des traités et autres droits de pénétration extra territoriaux.

Le Cameroun a-t-il assuré son arsenal et ses hommes? La logistique est-elle au point et quelle est la planification de son renouvellement? Si le plan A échoue, quel est le plan B et éventuellement C? Sur le plan diplomatique, les alliés éventuels sont-ils d’accord et prêts à porter secours? Quelle est la nature de ces secours et que devons-nous payer en retour? Si la victoire est au bout, ce sera à quel prix? Comment et à l’aide de quels moyens va-t-on panser les meurtrissures irrémédiables du conflit? Et si on perdait éventuellement cette guerre…? Ne nous posons même pas cette question qui blesserait notre chauvinisme mondialement inégalé.
Si nous ne pouvons pas garantir de réponses satisfaisantes à chacune de ces questions, on ne saurait par contre se soustraire à analyser certaines données sur le terrain, et qui luisent comme une bosse sur le front.

Ainsi, en plein conflit, les médias annoncent de temps en temps la fourniture d’armements par les Russes et les Chinois, quelques gilets pare-balles par les Américains et les Suisses, des stages de 8 ou 13 tireurs d’élite à Ngaoundéré pendant 2 jours (certainement jour d’arrivée et jour de départ compris) par nos amis Français.

On a aussi assisté en plein conflit, à une bis repetita de «coup de c ur». Si les souvenirs de 1994 s’étaient quelque peu dissipés de la mémoire de l’homme de la rue, quelques délestages du butin rassemblé pour les soldats au front ont coûté leurs postes à quelques officiers supérieurs de l’armée.

La question essentielle ici est de savoir si les ressources de l’État commençaient à péricliter en moins d’une année de combats. S’interroger sur cette opération n’est pas du tout la remettre en question le patriotisme des Camerounais. Honni soit qui mal y pense! Si jamais cela arrivait, il suffirait que l’État lançât un appel officiel à toute la nation, et ce n’est même plus des dons nationaux qui auraient atterri sur les bottes de nos valeureux soldats, mais cela aurait certainement monopolisé l’opinion internationale. Alors que, là, comme ça, à la hussarde, cela s’apparente à une camerounaiserie de plus, connue sous l’expression «motions de soutien», et dont la majorité de compatriotes ne pensent pas, hélas beaucoup de bien.

L’effort de guerre aux soldats? Bien pensé, noble et hélas mal conçu, sans objectifs ni à court, ni à moyen et encore moins à long terme: rien que du train-train quotidien dans le pays de l’opportunisme politique, de l’improvisation permanente et du silence méthodique.
Ainsi, également en plein conflit, on a vu des émissaires Camerounais débarquer poliment chez le voisin Tchadien pour lui demander de se mêler à la bataille. Il y aurait également une coalition des forces multinationales mixes (FMM) qui s’apprête à se mettre en place. Au quartier, on dirait «à quelle heure?» Quand on connaît la lourdeur à mettre en place de tels organismes, même par les pays les plus nantis, le cancer du terrorisme sous le visage de Boko Haram se sera «métastasé» avant même que cette force soit effective. Tenez, aux dernières nouvelles l’UA a réussi à lever des fonds auprès de l’Union européenne et du Royaume-Uni notamment. «L’argent devrait servir à équiper l’état-major, à nourrir les troupes, mais pas à acheter des armes». Walaii!

Au vu des recrutements massifs actuels dans les forces armées et de défense nationale, le doute est permis de savoir si les effectifs suffisent pour tenir sur plusieurs fronts à la fois: les escarmouches à l’Est du Cameroun ne sont pas des jeux d’enfants ; la péninsule de Bakassi se rappelle toujours à l’actualité avec des enlèvements d’autorités administratives et militaires; les 1200 kilomètres de frontière commune avec le géant Nigérian se révèlent aujourd’hui une longue mèche qui est interrompue à intervalles plus ou moins réguliers par des barils de poudre portés sous des burqa. Ça y est! Le mot est prononcé: la burqa!!!

Les journaux camerounais annoncent en ce jour que l’interdiction du port du voile s’étend dans les régions du Littoral et de l’Est, après celle de l’Extrême-Nord ! Si ce n’était une blague d’un goût morbide, disons qu’on a de la peine à savoir que cette interdiction est tristement ségrégationniste. Tant que Yaoundé respire,… jusqu’à ce qu’un des 14 kamikazes encore en divagation dans le pays se pointe aux portes d’Etoudi. Notons bien qu’ils étaient 18 après l’attaque kamikaze de Fotokol. Faites la soustraction après celle de Maroua. L’encre de ma plume ne s’est pas encore desséchée que Maroua kamikaze coup double ! A qui le tour demain ? Que penserait un sauveteur du marché central de Yaoundé si un homme/femme en burqa venait vers lui pour demander le prix de sa marchandise?

Notre avis modeste est que la décision de pareille interdiction ne doit être ni parcellaire, ni exclusive. C’est tout le pays qui doit être sous une telle mesure et pour ne léser aucune obédience, on étendrait l’interdiction de porter des vêtements amples pendant un temps X. En cela, il n’appartient pas aux gouverneurs de prendre un tel acte, mais au Ministre de l’administration territoriale, si ce n’est pas trop demander, il faut un acte du chef de l’Etat, garant de la sécurité et des biens de tous les Camerounais ! Une telle interdiction s’étendrait du kaba ngondo au voile intégral (burqa) en passant par la gandoura et les blousons. Mon Dieu, ces vêtements ne sont pas des tenues d’hiver sans le port desquelles le citoyen lambda mourrait à l’intérieur de notre 5 à 37 degrés au-dessus de l’Equateur ! D’ailleurs même, je sais parfaitement que le prix d’une gandoura est plus élevé que celui d’une chemise! Au diable les coutumes vestimentaires. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles.

Cela ne doit en aucune façon aller sans une bonne conscientisation de nos frères musulmans. Et c’est le lieu pour moi d’emprunter in extenso une réflexion d’un ami publiée dans un forum camerounais il y a quelques jours: « sans essayer de sombrer dans une phobie paranoïaque, le scenario Boko Haram auquel fait face notre pays depuis plus d’un an, ressemble fortement à ce que d’autre pays africains ont expérimenté avant de sombrer dans l’anarchie qui a précédé la déstabilisation et le chaos généralisé. Hier en Côte d’Ivoire, en Lybie, au Mali, en Centrafrique … et aujourd’hui au Cameroun, au Nigeria, au Tchad et au Niger, on constate l’émergence d’un groupe d’extrémistes partisans, avec une revendication assez confuse, qui cherche à cristalliser un conflit ethnico-religieux qui finira par opposer les frères et s urs du même pays, au point que ces derniers se livrent à une guerre fratricide.
Si rien n’est fait pour écraser très rapidement ces diables de Boko Haram, ce sont d’autres villes qui seront bientôt attaquées. Dans la confusion, des musulmans, parfois innocents seront accusés et lynchés. Leurs frères de congrégation les vengeront dans des régions majoritairement musulmanes, et comme en Centrafrique, on parlera de la guerre entre chrétiens et musulmans. » Et Pecky Pene de conclure: «le but inavoué de tout ceci sera la réappropriation des ressources du Cameroun par des forces étrangères et obscures qui arment et financent Boko Haram.»

La question absurde à laquelle sont confrontés tous ceux qui ont étudié les actes liés au terrorisme est de savoir quels arguments donner à quelqu’un qui est convaincu que seule la mort peut le sauver. Car, on ne ruse pas avec quelqu’un dont le rêve le plus merveilleux est de mourir et la logique normale est inapte à comprendre quelqu’un qui est convaincu que la mission que (son) Dieu lui a confiée est de tuer les mécréants ; on ne fait pas peur à un kamikaze en lui promettant la prison ou même la mort. Nos soldats peuvent garder tous les centimètres carrés du Cameroun sous le giron du Cameroun. Mais, aujourd’hui, on se rend compte que Boko Haram a changé de tactique.

Le ver est dans le fruit, le cancer boko haramigène a essaimé des métastases dans le territoire camerounais. Promptement notre plan B, et non des tests d’interdiction parcellaires avec du paracétamol! Aucun pays au monde, aucun organisme des droits de l’homme ne reprochera au Cameroun de tuer une mouche avec un char d’assaut. Le tigre attrape sa proie et la broie. On sait dans quelle forêt se cache l’ennemi, et ce n’est pas seulement la frontière que nous avons en commun avec les Nigérians, mais aussi des liens de parenté, et ceux-ci ne connaissent pas de territorialité. La libération des otages l’a prouvé à suffisance.

Boko Haram créé la psychose à Maroua.
Droits réservés)/n

A SAVOIR

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