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Guerre en Ukraine et menace de pénurie de pain en Afrique

Comprendre la bataille entre les Experts comptables et les Conseils fiscaux Par Emile C. Bekolo, Expert-comptable
Emile C. Bekolo, Expert-comptable

Le réchauffement climatique, la crise du coronavirus, et maintenant la guerre entre la Russie et l’Ukraine, sont autant d’opportunités qui devraient permettre une véritable prise de conscience pour que les africains réduisent leur dépendance alimentaire des importations.

Dans son livre « une brève histoire de l’avenir » publié chez Fayard en 2006, Jacques Attali, ancien conseiller du Président François Mitterrand, écrivait « … Si, une fois l’hyper empire en place, toutes ces sources de conflit se rejoignent un jour en une seule bataille, si tous les acteurs dont il a été question jusqu’ici trouvent quelque intérêt à entrer l’un après l’autre dans un même affrontement, se déclenche alors un hyper conflit… Aucune institution ne serait alors capable de négocier des compromis ni d’enrayer l’engrenage.

Le monde deviendrait un immense champ de bataille où s’entrechoquent nations, peuples, mercenaires, terroristes, pirates, démocraties, dictatures, tribus, mafias, nomades, groupes religieux, se battant les uns pour l’argent, les autres pour la foi, le sol, ou la liberté… L’humanité, qui dispose depuis les années 1960 des moyens nucléaires de se suicider les utilisera. Il n’y aura plus personne pour écrire l’Histoire, qui n’est jamais que la raison du plus fort… ».

Le déclenchement en février 2022 de la guerre entre la Russie 1er exportateur mondial de blé, et l’Ukraine, 4e, est peut-être cet hyper conflit annoncé par Jacques Attali entre 2025 et 2035.

Moins médiatisé que le pétrole, le blé est une matière première stratégique qui de tout temps joue un rôle central dans le quotidien des consommateurs de pain. La demande pour ce produit est mondialisée, tandis que sa production reste localisée dans les territoires qui bénéficient des avantages naturels de la géographie liés aux caractéristiques d’une plante qui s’adapte à des climats variés, même si la préférence va à ceux des régions tempérées où le régime des pluies est régulier.

Selon la Banque Africaine de Développement (BAD), les importations de blé représentent près de 90 % des échanges entre l’Afrique et la Russie et le tiers du commerce total avec l’Ukraine.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), craint une crise alimentaire dans les régions affectées et alerte aussi contre des risques de famine aggravée dans le monde. Une famine jugée « imminente », en raison de l’interruption de la production et des exportations de céréales russes et ukrainiennes.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 8 à 13 millions de personnes pourraient souffrir de sous-nutrition dans le monde.

Les conséquences néfastes sur le continent africain de la guerre entre la Russie et l’Ukraine est le risque d’un enchaînement de crises alimentaires, sociales, et économiques dans les pays africains.

De nombreux pays africains importent chaque année des tonnes de blé d’Europe principalement de Russie et d’Ukraine, pour nourrir leur population, notamment pour fabriquer du pain et des pâtes. La guerre en Ukraine vient aggraver cette situation de dépendance des pays africains au blé russe et ukrainien ne date pas d’hier.

L’Égypte, où le pain est subventionné, est le principal importateur de céréales en Afrique, avec près de 13 millions de tonnes de blé importés en 2021, dont 85% venaient d’Ukraine ou de Russie. L’Algérie a importé environ 11 millions de tonnes de blé en 2021 en provenance principalement de Russie et de d’Ukraine.

Plus de 4.5 millions de tonnes de blé ont été importées au Maroc en 2021. 36% d’entre elles venaient de Russie (25%) et d’Ukraine (11%). En Afrique subsaharienne, le Nigeria, pays le plus peuplé du continent africain, et le Soudan, qui importent respectivement 5.5 millions et 3 millions de tonnes de blé par an, sont durement affectés par la guerre entre la Russie et l’Ukraine.

Au Sénégal, pays qui importe la moitié de son blé de Russie, les inquiétudes autour du prix du pain sont également ressenties par la population. Au Gabon, la flambée des cours du blé a été fulgurante au lendemain de l’entrée en guerre de la Russie contre l’Ukraine. Cette augmentation brutale a entraîné une baisse rapide des stocks disponibles créant une pénurie. Face aux préoccupations climatiques, plusieurs pays d’Afrique avaient déjà engagé des initiatives destinées à mettre fin à leur dépendance à la farine de blé.

En termes de solutions pour l’Afrique face à cette crise du blé, la BAD a annoncé le 15 mars 2022, un plan de 1 milliard $ afin d’aider le continent à accroître son offre en blé et d’autres denrées de base comme le riz et le soja. Cette initiative intervient dans un contexte où de nombreux pays africains importateurs de blé font face à une hausse de leur coût d’achat de la céréale sur le marché mondial.

Pour accéder à l’autonomie alimentaire, une substitution partielle du blé importé d’Europe par des aliments locaux peut constituer une alternative intéressante pour les pays africains en termes de coûts/bénéfices. Il s’agit entre autres de :

– La farine de banane plantain : Elle est mélangée à de la farine de blé pour produire du pain ou des pâtisseries. La farine de légumineuses : Elle peut également être mélangée avec de la farine de blé pour produire du pain ; Le niébé : elle est l’une des principales légumineuses produites sur le continent africain. Issue de la famille des lentilles et des pois-chiches ;

– La farine de sorgho : Le sorgho est une céréale de la famille des poacées tout comme le blé, le riz ou le millet. Le sorgho apparaît comme la céréale de demain parce que la plante est plus résistante à la montée des températures, en particulier aux épisodes de sécheresse ;

– La farine de manioc : le manioc est la 3e source de calories dans les tropiques, derrière le riz et le maïs. Ce tubercule est une culture très résistante et facile à cultiver. Sa farine peut être fabriquée très facilement.

Cependant, les diverses tentatives africaines de se libérer de la farine de blé importée d’Europe se sont souvent soldées par des échecs. Les principaux freins au développement des cultures de céréales en Afrique sont l’hostilité des grandes puissances européennes et des multinationales de la filière moulin/boulangerie, ainsi que l’absence d’initiatives et de mesures fortes des gouvernements des pays africains.

Toutefois, le réchauffement climatique, la crise du coronavirus, et maintenant la guerre entre la Russie et l’Ukraine, sont autant d’opportunités qui devraient permettre une véritable prise de conscience pour que les africains réduisent leur dépendance alimentaire des importations, et prennent en main leur sécurité alimentaire, comme le font les européens et les asiatiques. On l’a vu, chaque fois qu’il y a une crise mondiale, qu’elle soit le fait d’une maladie ou d’une guerre, les frontières se ferment et les pays se replient sur eux-mêmes.

En nous appuyant sur les importations des produits alimentaires de base comme le blé pour assurer notre sécurité alimentaire, nous croyons que nous ne sommes pas en danger, alors que c’est là que nous sommes en danger, «c’est de cela qu’il s’agit !» pour citer Rigobert Song Bahanack, l’emblématique sélectionneur-manager de l’équipe de football des Lions Indomptables du Cameroun qualifiée pour la Coupe du Monde de football, Qatar  2022.

 


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