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Hausse des prix des carburants: les mensonges du gouvernement

Pour faire passer la pilule de l’augmentation des prix à la pompe, les pouvoirs publics jouent de contrevérités, d’omissions, d’imprécisions et de démagogie.

I-Subvention, ce qui n’est pas dit!
Combien d’argent devrait désormais sortir des caisses de l’Etat pour subventionner les carburants? Le ministre de la Communication a soutenu le 1er juillet, au lendemain de la décision du Gouvernement de revoir à la hausse le prix de certains produits pétroliers, que «chacune des différences (.) dans le rapport entre le prix réel (hors subvention) et les nouveaux prix appelés à être pratiqués, continue d’être supportée par l’État, au bénéfice des consommateurs.» Soit 175 francs Cfa pour le litre de super, 170 F pour le gasoil, 355 F pour le pétrole et 2730 F pour le gaz domestique a précisé Issa Tchiroma Bakary, par ailleurs porte†parole du Gouvernement. La structure des prix des carburants applicable en République du Cameroun pour ce mois de juillet produite par la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) indique pourtant autre de chose. A sa 6e ligne intitulée « soutien/remboursement Etat», y figurent les montants suivants: 88,64 F pour le super, 116,32 F pour le gasoil et 277,43 F pour le pétrole (voir document). En réalité, l’Etat a donc réduit la subvention plus qu’elle ne veut l’avouer. Elle est en effet passée de 224,42 au mois de juin à 88,64 F au mois de juillet pour le litre de super (soit une réduction de 135,78 F); de 223,25 à 116,32 F pour le litre de gasoil (soit une réduction de 106,93 F) et de 299, 59 à 277,43 F pour le pétrole (soit une réduction de 22,16 F). Pour se désengager autant, l’Etat a fait payer une partie de la subvention aux consommateurs, d’où la hausse des prix. L’autre partie, le Gouvernement l’a coupée dans la part qui revient à la CSPH, à la SCDP et aux marqueteurs pour leur fonctionnement et réduit divers taxes. La taxe spéciale sur les produits pétroliers, dont les trois quart sont alloués au Fonds routier est par exemple passée de 120 F à 80 F par litre de super et de 65 à 60 F pour le gasoil.

II-Economies annoncées, mais pas réalisables.
En 2013, selon les chiffres de la CSPH, le Cameroun a consommé 594,67 millions de litres de super, 769,78 millions de litres de gasoil et 113,17 millions de litres de pétrole. Les experts de la même structure estiment que la consommation en carburant du Cameroun croit d’à peu près 5% chaque année. Le pays devra donc consommer cette année 624,40 millions de litres de super; 808,27 millions de litres de gasoil et 118,83 millions de litres de pétrole. Du fait de la nouvelle structure des prix et en supposant que les prix du Brent et du dollar restent fixes, l’Etat devrait réduire pour les six mois restants de l’année 2014 sa subvention aux carburants d’à peu près 86, 92 milliards de franc Cfa hors gaz domestique (le gaz domestique n’a pas été intégré dans le calcul parce que la nouvelle structure du prix du gaz est encore en validation au ministère du Commerce). Mais contrairement à ce que fait croire le Gouvernement, cette réduction n’est pas de l’argent frais qui retourne dans les caisses de l’Etat pour réaliser des projets sociaux, éducatifs et infrastructurels. C’est un argent que l’Etat, s’il n’avait pas revu la structure des prix, aurait été obligé de mobiliser pour donner soit à la Sonara, soit aux importateurs de carburant en compensation des pertes dues au fait que le carburant n’est pas vendu au prix réel sur le marché camerounais. Pour justifier l’augmentation des prix des hydrocarbures et donc la réduction de la subvention, le Gouvernement avoue d’ailleurs qu’il n’arrivait plus à trouver cet argent. «(.) en raison de la charge toujours plus croissante que le niveau des subventions fait peser sur les finances de l’Etat, celui†ci éprouve de plus en plus de difficultés à honorer à temps ses engagements vis†a†vis de la Sonara.» a indiqué Issa Tchiroma Bakary lors de son point de presse. Et de poursuivre: «Pour l’année 2014 (.), 220 milliards de francs Cfa avaient été budgétisés pour couvrir les manques – à †gagner de la Sonara issus de l’application du prix subventionné pour les hydrocarbures à la pompe. Mais aujourd’hui, alors que nous ne sommes qu’à mi†parcours de l’année budgétaire, ces prévisions sont déjà en dépassement de plus de 100 milliards de francs CFA, et les projections pour la fin de l’année, estimées quant à elles à 450 milliards de francs Cfa, au lieu de 220 milliards initialement prévus.» Cette difficulté de l’Etat à mobiliser l’argent nécessaire à la subvention des prix des carburants, bien qu’elle se fasse aujourd’hui plus prégnante, remonte à 2008. A cette date†là en effet, le gouvernement a décidé de bloquer les prix à la pompe. Au titre de cette politique de subvention, les créances de l’Etat dues à la Sonara se situent à l’heure actuelle autour de 300 milliards de francs CFA. Elles sont de 118 milliards de franc Cfa à l’endroit des importateurs de carburant qui alimentent le marché, lorsque la Sonara est défaillante. Cette ardoise †salée et non épongée †a d’ailleurs été à l’origine de la récente pénurie des carburants.


III-Augmentation des salaires, très problématique
Dans son communiqué sur la hausse des prix, le Gouvernement promet, entre autres, la revalorisation des salaires des fonctionnaires pour préserver le pouvoir dʹachat des populations et atténuer les effets de sa décision sur lʹéconomie nationale. Mais à quelle date va†t†elle intervenir et à quel pourcentage? De plus, où l’Etat, qui a renoncé à la subvention pour défaut de liquidités, trouvera†il l’argent nécessaire à l’augmentation des salaires? A ces questions, le Gouvernement ne répond pas. Le ministre de la Communication se contente de dire que «le ministre des Finances est d’ores et déjà en train de procéder aux études et simulations y afférentes, afin de les adresser à qui de droit». Pour certains hauts responsables du ministère des Finances, cités par le quotidien Mutations, «c’est un paradoxe que d’augmenter les salaires au moment où l’on cherche à réduire les dépenses de l’Etat». L’ingénieur – statisticien hors échelle, Dieudonné Essomba, en service au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, parle de démagogie: «il y a pas d’argent dans les caisses de l’Etat» répète†t†il inlassablement dans les médias. Une tension de trésorerie que le Gouvernement refuse d’admettre, malgré des indices de plus en plus nombreux. Les salaires des fonctionnaires du mois de juin par exemple ont été payés par vagues. Déjà en décembre 2013, pour s’acquitter des salaires et pensions des agents publics, le Gouvernement a dû prélever 50 milliards de francs Cfa sur les 80 obtenus de l’emprunt obligataire lancé en mi†décembre. Cet argent était pourtant destiné au financement de la quote†part de l’Etat dans la réalisation de certains projets structurants. Jean Marc Bikoko, le président de la Centrale syndicale des travailleurs du secteur public, informe même que depuis six mois, tous les paiements en instance (rappelle de solde, frais de mission et autres) sont bloqués. Une situation qui serait aggravée par l’effort de guerre dans la lutte contre Boko Haram, et que le Gouvernement n’avait pas budgétisé.

IV-Réduction des impôts et taxes, impact limité
L’imprécision entoure également les autres mesures d’accompagnement, notamment la revalorisation du Salaire minimum intergaranti (Smig) et les réductions des impôts et taxes. Pour le Smig, le Gouvernement se limite à dire que son augmentation sera «dans les prochains jours, soumise à l’examen de la Commission consultative nationale du travail, compétente pour connaître de ladite question». Et pour la réduction de moitié de la taxe de stationnement et de la taxe à l’essieu, il a fallu que les syndicats du secteur menacent de faire grève le lundi 7 juillet pour que le préfet du Mfoundi prenne un communiqué fixant les nouveaux tarifs applicables à Yaoundé. On ignore ce qu’il en est dans le reste du pays. On apprend ainsi que pour les taxis, la taxe de stationnement est désormais de 5000 franc Cfa par trimestre (soit une économie annuelle de 20 000 F) et l’impôt libératoire de 6500 franc Cfa (soit une économie annuelle de 32500 F). Au total, cette mesure permet aux taxis de gagner chaque année 52500, alors que la hausse de prix leur fera perdre autour de 500.000 franc Cfa. On comprend pourquoi lors des multiples concertations entre le gouvernement et les syndicats, certains exigent l’augmentation des tarifs du taxi. Un communiqué signé d’un certain nombre de syndicats du secteur des transports annonce que le Gouvernement a un mois pour donner suite à cette revendication.




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