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Hollande vient au Cameroun. Et alors?

Par Abdelaziz Mounde

Le président français est annoncé à Yaoundé, début juillet. Les 05-06 avance-t-on. Les choses se précisent en coulisses. Et c’est la cohue chez les camerounais! En quoi le séjour d’un chef d’Etat étranger peut être décisif pour des choix qui n’appartiennent qu’aux camerounais? Il est temps de décoloniser les esprits.

On entend depuis ces relents d’annonce des commentaires dignes d’une cour de récréation. Florilège puéril: « S’il vient, il donnera une caution au président dans sa volonté de se présenter en 2018 »; « il se renie après ses positions sur le changement de la constitution en 2008 et son discours de Kinshasa contre ceux qui se maintiennent au pourvoir »; « il faut arrêter ces rapports de maître et esclave et boycotter cette visite »; « c’est la victoire de la realpolitik, car Biya a dépassé les français en matière de stratégie »…

La France nous obsède tellement que nous n’arrivons pas à avoir une relation d’adulte, des rapports matures et décomplexés et une attitude en surplomb, certains diraient en hauteur avec elle.

Le président annonce à chaque visite à l’Elysée depuis Nicolas Sarkozy, avoir remis une invitation à son homologue français, en ajoutant très souvent la formule d’usage: « il a immédiatement accepté ». Des années que ça dure. On on on attend, le blanc ne vient pas. Quand ça fait pschiiiit, ses pourfendeurs crient hourra!

A la man uvre, ses collaborateurs remettent le couvert. Des missions et des bons offices entre Paris et Yaoundé, pour espérer décrocher la timbale d’un séjour. Yaoundé depuis Jacques Chirac en janvier 2001 n’a accueilli aucun locataire de l’Elysée. Les visites en France du couple présidentiel sont réduites à la portion congrue de la visite de travail, jamais le Graal de la visite d’Etat. Tout cela gêne aux entournures. Une obsession quasi perpétuelle.

C’était avant les exactions et les détonations de Boko Haram. Le contexte de la guerre exhale les vieilles ranc urs, charrient mille rumeurs, et font remonter à la surface la subtilité froide des liens entre les dirigeants des deux pays. Dans l’opinion, prospèrent et fleurissent via des chaînes de télé, journaux, la moiteur des salons et dans le vacarme de la rue, théories du complot, thèses de la rupture et de la déconnexion, la comptabilité de la prédation coloniale et les rapports sur les exactions de l’armée française, préposée à la répression des nationalistes.

Un feu qui couve. Pas encore des braises. Elles effleurent alors l’ambassadrice de France, sans la balafrer, sortie du chaudron des sifflets de la marche patriotique. Il faut l’éteindre dans la cendre. Et des pompiers de premier plan déploient des citernes. Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, deux poids lourds, font le déplacement de Yaoundé. Les sourires plâtrés des photos masquent à peine les plis.

Restait le dernier maillon. Le président himself. Lequel n’a jamais caché ses distances. Un secret de polichinelle. Pas besoin d’initiation pour déchiffrer les rictus de François Hollande.
La bataille de communication est donc engagée. Qui triomphera sur la photo? Qui en tirera les lauriers? Qui observera, scrutera les visages et les déclarations et en déchiffrera le mieux la substance des messages?

Tout cela sera l’écume des vagues. Une diversion sympathique dans le meilleur des cas. Car, le temps vient où une visite d’un chef d’Etat français au Cameroun doit être aussi normale…banale et sans ramdam que celle d’un homologue africain. Sortir du « temps béni » des colonies que déclamait Sardou. Un temps où l’avis d’un président français sur l’élection, le choix du président, ou une marche démocratique autonome et assumée, ne sera pas plus important que celui de la presse, des citoyens, de l’opinion nationale. La fin des grands-enfants et de la cour de récréation.

Car à force de parler de croissance, dans les affaires, les toasts diplomatiques et la revue de la coopération, on oublie de dire que ça signifie aussi grandir!


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