Par Love Gustave Fondjo
Oh mon pays, ce beau pays que nous aimons tant, qui nous a presque tout donné et à qui nous avons encore beaucoup à offrir. Que t’arrive t-il subitement pour que tu prennes de plus en plus du plaisir à te régaler du sang de tes entrailles, de la chaire de ta chaire? Que t’arrive t-il pour que tu te comportes désormais comme une truie impitoyable qui mange avec un bel appétit vorace la portée issue de son sein? Allons nous nous arracher les cheveux à force de nous poser des questions et de réfléchir inlassablement? Allons nous nous crever les yeux si tant est que la source de nos larmes à même tari? Que t’arrive t- il finalement « Rivière des crevettes ».
Devons nous nous interroger sans interruption sur ces cataclysmes mortuaires auxquels tu nous convies de plus en plus ces derniers temps? Véritables Tsunamis dans notre quiétude quotidienne des êtres vivant dans la peur du lendemain et surtout déboussolés depuis les décès déstabilisant des portes étendards des « malheurs qui n’ont point de bouche ». Pourquoi, pourquoi devons nous désormais nous interroger quotidiennement alors que jadis nous pouvions dormir tranquillement au creux de tes bras, la mamelle nourricière dans la bouche pendant que tu te contentais avec splendeur d’ouvrir « nos yeux au prodigies de la terre », de préserver d’assurer et garantir notre sécurité et notre bien être.
Aujourd’hui où toutes tes filles et tous tes fils se posent des questions lancinantes à pâlir de douleur, aujourd’hui où chacun de tes enfants dans sa singularité se découvre seul face à son destin apocalyptique dans cette république devenue infanticide, force est de constater qu’une très grande fausse note est en train de se jouer dans cette partition qui échappe bien au maestro, ce chef d’orchestre que toi même, Mère Patrie, a voulu par la force des choses doter ton peuple inattendue devenu crédule par cette longue agonie qui n’a de pareille que la longévité et l’atrocité de la souffrance de tes pauvres enfants causées par le champion des champions, le un des uns.
Comme une étoile filante, tous tes dignes fils qui ont tenté de te tutoyer au firmament de tous tes dysfonctionnement s’en sont allés. Tous tes dignes enfants qui osé attirer ton attention sur les grondements des estomacs vides du fruit de tes entrailles ont tôt fait d’être happé par la voracité d’un Hades devenu spontannement très affamé.et ont pris leur ticket aller-simple vers l’au delà sans crier gare! Qui pouvons nous citer ainsi parmi tous ces fils valeureux sans en oublier? Hier c’était Charles Ateba Eyene, ce jeune louveteau aux dents pourtant très longues qui s’est tu pour l’éternité, tenant pourtant dans sans belle gueule un venin très digeste de sagesse éthique qu’il ne demandait qu’a inoculer à ses frères, tout bord confondu, pour la bonne marche de la société.dont il fut aussi à sa manière artisan et bâtisseur. Aujourd’hui c’est Pierre Roger (Lapiro) qui a vu ses valeureux ardeurs et lauriers patriotiques se constiper comme cette « constitution constipée « qui l’a finalement réduit au silence éternel.et au cachot eternal de l’oubli après les cachots sporadiques de Mbanga, Nkongsamba et New-Bell
Pourquoi tant de pleurs sur ta terre pourtant immaculé?
Est ce toi, mère patrie? Est ce toi terre et pays de nos ancêtres? Est ce toi même mère dont la vocation régalienne est de ne jamais abandonner tes enfants, même les plus récalcitrants, les plus irrévérencieux, les plus frondeurs et même les plus iconoclastes à ton égard, que dire au dysfonctionnement réversible de tes institutions sociétales et étatiques. Est ce toi celle là même qui dévore et savoure la crème issue de tes entrailles, tes prémices porteuses, tes fleurs les plus fraîches, tes fruits les plus murs, ou tout simplement tes jeunes plants investis du message de la libération de ton peuple embastillé dans l’ostracisme de ses dirigeants?
Oh, « Rio dos Camaroes », est toi cette mère là qui n’offre à ses enfants que la mort comme cadeau?
Le salaire du pêcheur c’est la mort, nous disent les Saintes Écritures; est donc à dire que toutes les lanternes qui nous éclairent ne sont à tes yeux que des pécheurs pour que tu nous les happes en plein vol? Quand bien même tous ces enfants seraient des pauvres pécheurs aux yeux de l’Éternel, quels griefs formulerais tu, Mère Patrie, à leur endroit? Ont ils tout simplement péchés en pensée en action ou par omission ou alors ont-ils péché avec des circonstances agravantes parcequ’ils ont été les voix des sans voix?

Ont ils péché à tes yeux en commettant un crime de lèse-majesté parce que l’un avait eu l’outrecuidance de se porter candidat déclaré officiellement contre le président Ahidjo dans les années 1970 comme le docteur Abel Eyinga? Ont-ils péché parce que le frère Charles a dénoncé les « paradoxes du pays organisateur » et a enfoncé le clou au plus profond du « magico-anal »? Ou encore ont il péché à tes yeux, Mère Patrie, parce que Pierre Roger (Lapiro de Mbanga) a dit au « Répé no make erreur » ou bien a attiré l’attention comme le fit déjà en son temps Pius Njawe que le « Répé don be kass »? Alors chère Patrie chérie, personne n’a choisi l’ère géographique dans laquelle il aurait souhaité naître, cependant j’ai un compatriote qui me susurre à l’instant même au creux de l’oreille qu’il aurait plutôt choisi naître dans ces pays là où les jeunes ne meurent pas si tôt, dans ces pays là où les évacuations sanitaires n’existent parce qu’il y a suffisamment des hôpitaux pour tout le monde, même pour le « ntabe lam », le pauvre paysan. Plus encore dans ces pays là où on respecte encore les droits d’aînesse devant les barreaux du temple de Hades. Et où on retourne au Père Créateur par ordre d’arrivée sur cette terre afin d’éviter des vieillardes qui fond « caca » à l’assemblée nationale et au Sénat par exemple. En plus, sans souhaiter la mort à qui que ce soit, affirme t-il, il n’est d’ailleurs pas le » kounkouma » tout puissant qui a pouvoir de vie ou de mort sur ses pauvres créatures privées même des soins les plus élémentaires dans nos formations sanitaires, il me présente son projet de développer un business de vente des couches pour incontinence dans les différentes sphères du pouvoir au Cameroun. À commencer par nos deux chambres du parlement, son affaire devrait sans coup férir marcher à merveille. Je lui ai recommandé au passage de ne surtout pas oublier une potion de « cancan » contre l’Alzheimer.
Ainsi, Mère Patrie, la caravane passera toujours en dépit des aboiements chirurgicaux et très efficaces de quelques braves chiens acharnés et suffisament fugaces, mais surtout pré-visionaires de leur époque qui auront eu tout le mérite et rien que le mérite d’impulser l’action et de dénoncer, même rien que pour l’honneur, les dérives autoritaires et sectaires d’un pouvoir enfermés dans une tour d’où émerge une vision eurocentrique au mépris de la dignité et de la vie des populations qui pleurent aujourd’hui encore et ce depuis quelques temps déja de toutes les larmes de leurs yeux leurs dignes chantres. Car ils savent bien que les génis et précurseurs comme Charles Ateba Eyene ou Lapiro de Mbanga sont des cometes, des étoiles filantes qui, l’instant de leur passage évanescent sur cette terre infanticide ont posé des jalons et allumé une flamme dont la transmission du flambeau à nous tous qui sympathisons et adhérons à leur idéaux républicains est et restera notre cheval de bataille. Car un peuple conscient de ses faiblesses, de ses égarements, de ses tares ou de toutes les pratiques qui entravent son évolution et qui se donne pour vocation de se regarder dans le miroir du rendez vous avec l’histoire devrait non pas forcement rechercher le martyr dans un populisme stérile, mais plutôt saluer très haut le courage et l’engagement de ces valeureux soldats tombés dignement au front, dans les champs de bataille de la lutte pacifique et exemplaire. Ceci devrait être une motivation supplémentaire afin de continuer avec brio, chacun à sa manière, et peut être pas forcement avec le même talent et la verve de Charles et de Pierre Roger ce combat pour la dignité humaine.
Avec la perte de Charles hier et de Pierre Roger aujourd’hui, la résignation n’a plus de place, l’action enclenchée devrait logiquement suivre sa route de la même manière que la mobilisation autour des véritables idéaux républicain devrait être notre credo. En leur rendant un hommage appuyé et d’ailleurs mérité disons ensemble bravo à nos artistes et nos vrais champions que nous pleurons à chaudes larmes et restons fidèles à la trajectoire qu’ils ont tracée.
A toi notre Mère Patrie qui engloutira dans les prochains jours nos valeureux héros au fond de tes entrailles, ne pouvant t’obliger de nous épargner la vie et précisément celle de tes enfants qui nous sont encore très utiles aujourd’hui et avantage demain, au vue des proportions que prend tes entrailles, nous te prions que ta terre leur soit légère.