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Homosexualité camerounaise: Doit-on plaider pour nos civilisations ?

Par Damien Noma Eloundou, human right defender

D’aucuns diraient avec raison que le sujet sur l’homosexualité est un non événement. Ne serait-ce qu’au vu du ramdam médiatique qui a suivi la mort d’un camerounais à Yaoundé, nous ne partagerons pas cet avis. Ce qui est sûr, Eric Lembembe a été tué dans sa chambre à Tongolo en juillet 2013. Cela arrive quelque fois dans notre capitale. Les autorités qui en ont la charge se mobilisent certainement. Mais ce qui suscite des curiosités à divers niveaux est le lien rapidement fait par Human Rights Watch (HRW) avec l’« activisme » de ce journaliste. Et puis, à l’évidence c’est quand même de sexualité que certains compatriotes parlent avec tant d’aisance au c ur des traditions bantou. En plus, le mot « homosexuel » date du XIXe siècle. Soyez-en sûrs, dans les paragraphes qui suivent, il ne s’agit pas de faire le procès des camerounais homosexuels encore moins de donner de leçons à qui que ce soit. Ainsi que le disait Robert Jaulin (1928-1996), personnalité marquante de l’ethnologie – contemporaine, l’anthropologie ne peut être insensible au sort des civilisations et à leur mort. Modestement, nous voulons participer au débat qui concerne visiblement les défenseurs des droits de l’Homme en jetant nos projecteurs sur les sociocultures africaines. Au fait à quoi renvoient les vocables : sexualité, homosexualité et même hétérosexualité? Et si vous le voulez, quel est le lien entre la sexualité-nature, les pratiques dérivées et les cultures camerounaises ? La sexualité renvoie à un ensemble de mécanismes physiologiques qui concourent au rapprochement des sexes et à la reproduction de l’espèce. C’est un comportement spécifique dans les rapports sexuels. R. PIRET, PSYCHOLOGUE, disait que c’est ce « processus de sublimation qui donne à sa sexualité un caractère plus complexe que le simple désir de libération d’une tension ». En bref, parler de sexualité est un ensemble d’activités qui, à travers le rapprochement de sexes, l’union des sexes recherchent le plaisir charnel, l’accomplissement global de la personnalité pour l’épanouissement d’une famille. Par contre, par opposition à l’hétérosexualité, un homosexuel est une personne qui éprouve des sentiments amoureux ou de l’attirance envers des personnes du même sexe. Le « ou » est inclusif bien sûr. Une chose est certaine, partout dans le monde, et à toutes les époques, les pratiques que nous qualifions d’homosexuelles existent. Cependant, il serait dangereux de laisser croire qu’on peut se dispenser du principe fondateur de la distinction des sexes et des générations. Aventurons nous un temps soit peu dans la Spycho-anthropologie, on questionnerait Sigmund Freud, « Cette chose là » relève-t-elle du Moi, du Sur-moi ou du ça ? Si l’on s’en tient à l’embarras qu’a eu Paul Biya, patriarche africain, au perron de l’Elysée en France, on peut comprendre la difficulté même que de nombreux compatriotes ont à prononcer et à définir ce mot. Il se peut qu’il faille trouver une locution plus appropriée aux cultures africaines qui permettrait qu’on en parle plus aisément. La sexualité, pire, l’homosexualité bien que connue dans nos communautés de vie, relève encore du domaine des tabous de la tradition Négro-Africaine. Et il faut trouver un synonyme approprié parce que le débat est latent et on ne peut l’éviter. Le ministre Issa Tchiroma B., homme politique, évoquait en son temps les libertés fondamentales dues à tout citoyen. Mais nous avons la faiblesse de croire que les homosexuels peuvent se balader librement au Cameroun. En tout cas, au plan socioculturel, ils ne seraient pas à l’aise de se présenter comme tels. Ils savent bien ce que signifie transgresser les lois socialement établies.

Un débat juridique de trop
On peut ne pas l’aimer, mais la maxime « dura lex sed lex » vaut plus que jamais son pesant d’or. D’ailleurs, on dit que nos lois sont à l’image de notre société. C’est-à-dire de nos modes de penser, d’agir ; de nos savoirs et de nos savoir-faire. Il s’agit de dire que si les lois ne s’inspirent des cultures locales et nationales, elles ne rendraient pas assez service à l’individu. Disons simplement les choses à propos du débat sur l’homosexualité afin que le petit camerounais se retrouve dans tout ce qui est dit. C’est la discorde juridico-juridictionnelle qui fait le match. Le code pénal camerounais en son article 347 bis dispose que « est puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20.000 à 200.000 francs toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe ». Cette loi pose des ennuis à tous les « défenseurs des droits des homosexuels ». A tord ou à raison, ces derniers estiment que 4 décennies après, cet article est anachronique. Mais surtout les tenants de cette thèse convoquent le pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966. L’article 26 de cet instrument ratifié par le Cameroun en 1984 dit que « toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. (.) la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique et de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation ». Nous vous faisons grâce de l’amnésie apparente dans l’appréciation des données temporelles selon que cela arrange quelque partie. Mais relevons que nulle part dans ce dernier texte il n’est fait allusion de manière expresse des minorités sexuelles mais plutôt des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques (art.27). Au contraire, un accent est mis sur « le droit de se marier et de fonder une famille reconnu à l’homme et à la femme » à partir de l’âge nubile. cf Art.27. Le Cameroun avance ; la démocratie aussi. Le temps de referendum est certainement proche…

A l’image de la polygamie .
Décidément, le culturel est essentiellement et littéralement problématique. Un lieu où chacun croit pouvoir donner des leçons à l’autre. Les libertés humaines de nos jours font l’effet que l’on a oublié que l’homme est en même temps la matière première, en même temps le théâtre de tout fait social. Et si on parlait de sexualité telle que définie plus haut, c’est un exercice auquel les africains ne sont pas derniers de la classe. Les hommes et femmes d’Afrique montrent qu’ils sont même très virils. Il se peut que les racines et tubercules puisées dans nos forêts en soient pour beaucoup. Si l’exception fait, depuis la nuit des temps, que certains aient du faible pour des personnes de même sexe, on peut comprendre. Et il n’y a qu’à interroger la longévité de la polygamie africaine qui, plutôt qu’un obstacle, est une valeur et confère le titre de « Nyamoro » c’est-à-dire « grand homme » ou « patriarche » à ceux qui la choisissent. Et puisqu’il s’agit manifestement d’une lutte de positionnement des cultures, l’anthropologie religieuse, rechercherait dans les méandres des sociocultures africaines les mobiles de ce « plaisir ». C’est-à-dire que si l’homosexualité mérite l’attribut de « culturel », l’anthropologie devrait trouver la solution qu’elle apporte à la communauté nationale. Disons que les traditions subsahariennes n’ont pas eu que du « mauvais ». « Sagesse, pureté, compréhension spirituelle, pouvoir spirituel, amour, santé, sainteté » ne sont pas de vains slogans pour l’africain. Ainsi, la guerre des cultures transférée sur le terrain des juristes démontre bien que le droit ne suffit pas pour expliquer le proche ou le lointain. Pire, Maître Saskia Ditisheim, d’origine suisse, a pu dire que « l’article 347 bis du code pénal a été adopté d’une manière irrégulière ». Or, bien souvent, l’erreur est de croire qu’il suffirait à la personne homosexuelle d’une société tolérante et d’une vie de couple. L’expérience montre que les choses sont bien plus complexes. Par ailleurs, depuis l’exhortation apostolique Familiaris Consortio de Jean-Paul II, le Magistère reconnaît un principe de gradualité, de progressivité éthique en matière de sexualité. Ne tombons pas dans le piège du permis et du défendu. Grandir en humanité, pouvoir aimer dans une affectivité homosexuelle reste une démarche de liberté mais ne peut s’opérer sans respecter certains interdits fondateurs. Comme pour chacun d’entre nous. C’est en cela que la querelle sur l’homosexualité nécessite que l’on dégage les déterminants socioculturels dudit phénomène, de l’hétérosexualité ou simplement de la sexualité camerounaise ? Le français Marc Augé posait déjà que « Il n’y a jamais un pur rapport d’extériorité entre l’institution et ceux qui en relèvent ou l’utilisent». L’auteur de Le sens des autres déclare même qu’« il n’y a pas d’immunité culturelle ». Un petit sondage nous a permis de comprendre que 85% de camerounais de Yaoundé déclarent sans ambages que l’homosexualité est pour les camerounais ce que la polygamie est pour la France. Ce d’autant plus que le débat sur l’homosexualité n’est pas clos dans cette société occidentale. Nous ne parlerons pas du sujet des défenseurs de « ce droit humain » par respect pour les collègues. Nous y reviendrons certainement. Surtout qu’il se dit dans les salons huppés de la capitale camerounaise que « défenseur des droits de l’homme » est le nouveau fonds de commerce de nombre de nos compatriotes.

En fin de compte, la théologienne, Véronique Margron, spécialiste des questions de morale sexuelle, dit à ce sujet que le message biblique repose sur la différenciation sexuelle et la place de la parole. « Dieu créa l’homme et la femme ». Ce n’est pas un hasard. Cette différenciation reconnue par la parole a quelque chose à voir avec la révélation chrétienne. C’est dans la relation à l’autre sexe, toujours un peu mystérieux et inaccessible, que nous pressentons la différence de Dieu et sa proximité. C’est grâce à la différence des sexes que le don de la vie est rendu possible et à travers lui la transmission du nom de Dieu au fil des générations. Or, les différences des sexes et des générations comportent pour cela une symbolique, que les personnes homosexuelles ne peuvent, assumer. Donc, une relation homosexuelle, marquée par l’amour, si légitime et respectable soit-elle au niveau du vécu des personnes, ne peut pas avoir le même statut social qu’une relation hétérosexuelle. Prétendre le contraire, c’est laisser croire que nous aurions tout pouvoir sur le « vivre ensemble », comme si aucune loi fondatrice ne nous précédait.


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