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Hong Kong: après le « Mouvement des parapluies », la révolte du désespoir

« Que faire, à part gagner du temps? » Au lendemain des pires violences de rue depuis des décennies à Hong Kong, le désespoir et l’impuissance dominent chez des manifestants convaincus que face à l’inflexibilité de leurs dirigeants, l’heure n’est plus à l’angélisme.

Voilà des mois que l’inquiétude monte dans l’ex-colonie britannique en raison d’un projet de loi de l’exécutif pro-Pékin d’autoriser les extraditions vers la Chine. La ville a connu dimanche sa plus importante manifestation depuis sa rétrocession à Pékin en 1997, et un nouveau rassemblement a dégénéré mercredi.

« Ceux qui ont connu les manifestations prodémocratie de 2014 savent que les méthodes pacifistes ne fonctionnent pas face à la Chine », explique à l’AFP Mme Yu, travailleuse sociale de 24 ans.

Comme tous les manifestants interrogés, elle refuse de donner son nom complet et cache son visage derrière un masque chirurgical, de crainte d’être filmée.

Pour autant, « ils ne sont pas non plus pour la violence », souligne-t-elle. « Mais ils ne savent plus quoi faire ». Elle est revenue jeudi près du Conseil législatif (« LegCo »), le Parlement local appelé à se pencher sur le projet de loi, où elle a essuyé comme d’autres des tirs de gaz lacrymogène la veille.

En 2014, des protestataires bien élevés s’étaient évertués à rester dans les clous de la non violence lors des semaines d’occupation du coeur financier de Hong Kong, passées à la postérité sous le nom de « Mouvement des parapluies ».

Très jeunes pour la plupart, ces manifestants qui demandaient le suffrage universel avaient dans leur très large majorité pris à la lettre le concept de désobéissance civile non violente. Ils recyclaient leurs ordures, faisaient leurs devoirs et s’excusaient pour la gêne occasionnée.

– « Aucun avertissement » –

Mais Pékin n’avait absolument rien cédé et plusieurs leaders des « Parapluies » sont désormais emprisonnés.

Ceux qui descendent aujourd’hui dans la rue pour conspuer ce qu’ils dénoncent comme une érosion supplémentaire des libertés de leur ville sont aussi souvent très jeunes. Mais là s’arrête la comparaison.

Mercredi, armés de bouteilles, de briques ou de barres de fer, un noyau dur de protestataires masqués a usé de violences inédites face à des policiers qui ne sont pas non plus en reste.

Le chef de la Stephen Lo a défendu la fermeté de ses troupes, déclarant qu’elles avaient fait preuve de « retenue » jusqu’à ce que des « gangsters » tentent de pénétrer dans le LegCo.

Pour la première fois, les policiers se sont servis de balles en caoutchouc et de projectiles en sachet — des sacs remplis de billes en plomb– pour tenter de disperser les manifestants.

« Nous avons été très surpris de la violence policière », dénonce Catherine, étudiante en communication de 20 ans. « Ils auraient pu tirer en l’air mais ils ont visé les manifestants. »

C’est pour défendre l’avenir de ses deux enfants de cinq et huit ans que Mme Ng, femme au foyer de 38 ans, est allée manifester. Et elle aussi a été effrayée de la réponse policière.

« J’étais devant, j’ai été une des premières à être arrosée de gaz lacrymogènes », affirme-t-elle. « Il n’y a eu aucun avertissement. »

Moins de 24 heures après les faits, les rues à la propreté impeccable en temps normal témoignent des affrontements dans le coeur politique et financier de Hong Kong.

– « Dans un train pour la Chine » –

A terre, des amoncellements de barrières, des tas de briques, des parapluies éventrés, des emballages de lunettes de chantier, des casques et même des extincteurs… Et autour du LegCo, des rangées de policiers.

De nombreux jeunes manifestants sont assis dans un parc près des bâtiments modernes du gouvernement et du Parlement.

Tous portent un t-shirt noir ou blanc, code vestimentaire choisi pour éviter que la police les identifie grâce à leurs habits. Ils ont le visage dissimulé derrière un masque chirurgical.

« Si on ne le porte pas, ils vont nous reconnaître et nous mettre dans un train pour la Chine », prédit Lee, étudiant en école de commerce de 20 ans. Lui ne veut pas non plus hypothéquer son avenir professionnel, dans une ville si liée économiquement au continent.

Beaucoup consultent les réseaux sociaux dans l’attente de consignes d’action. Mais la plupart sont désespérés de l’obstination d’un gouvernement qui ne fait aucune concession, malgré une manifestation historique dimanche.

« Quand un million de personnes manifestent, rien ne change. Que faire à part empêcher le vote du projet de loi et gagner du temps? », s’interroge Mme Yu, préconisant de s’en prendre à l’économie locale. « L’argent est la seule chose qui intéresse l’exécutif. »

Près d’elle, Inoch, un professeur de sport de 28 ans, est sans illusion.

« Notre vie, notre société, nos libertés, tout va empirer », dit-il. « Peut-être que dans quelques années, nous ne pourrons plus utiliser Facebook nous non plus. » Comme en Chine.

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