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« HydroMekin, Promesse électorale ou véritable projet électrique? »

Le réseau associatif des consommateurs de l’énergie s’interroge sur la portée de l’entreprise crée par le chef de l’Etat le 18 octobre dernier

A Travers un décret présidentiel signé le 18 octobre 2010, le secteur de l’énergie électrique au Cameroun vient de « s’enrichir » d’un nouvel opérateur dénommé Mekin Hydroelectric Development Corporation (HYDROMEKIN). Après Electricity Development Corporation (EDC), également créée par décret présidentiel en novembre 2006, HYDROMEKIN est la 2ème société à capitaux exclusivement publics qui voit le jour dans le secteur de l’électricité. S’ils se réjouissent de la venue d’un nouvel opérateur public dans ce secteur de souveraineté, les consommateurs d’électricité restent perplexes devant cette nouvelle annonce et s’interrogent sur les orientations de la politique énergétique du gouvernement. En effet, la multiplication effrénée des annonces de projets gouvernementaux dans le secteur de l’électricité à quelques mois des élections présidentielles inquiète plus que ne rassure. Après le « programme thermique d’urgence » concocté par le MINEE et « le projet révolutionnaire » de production d’électricité à partir des courants marins porté par le groupe nigérian MRS Power Cameroon, voici venue HYDROMEKIN.

Selon le décret présidentiel qui la crée, HYDROMEKIN « . est chargée d’assurer la production, le transport, la distribution, la vente, l’exportation et l’importation de l’énergie électrique ; d’exercer toutes les activités ou opérations industrielles, commerciales, financières, mobilières ou immobilières dans la République du Cameroun sous quelque forme que ce soit, dès lors que ces activités peuvent se rattacher directement ou indirectement à son objet social ou à tous objets similaires, connexes ou complémentaires. ». C’est exactement la même mission qui est assignée à EDC, en plus de la gestion du patrimoine énergétique national. Force est de constater que quatre (04) ans après sa création, en dehors du timide démarrage des travaux du barrage réservoir de Lom-Pangar et des dizaines d’études budgétivores, à ce jour, on ne connait pas la moindre réalisation concrète de EDC. D’ailleurs, jusqu’au 18 octobre dernier, la construction de cette fameuse centrale hydroélectrique de Mekin, dont le coût est estimé à 22 milliards FCFA, était confiée à EDC.

Si le cadre règlementaire actuel régissant le secteur de l’électricité autorise théoriquement la concurrence en matière de production énergétique, tout le monde sait qu’en vertu du contrat de concession signé le 18 juillet 2001, l’opérateur privé AES/SONEL détient un « . droit d’exclusivité sur les périmètres de distribution et de transport de l’énergie électrique au Cameroun. ». En d’autres termes, à défaut de construire ses propres lignes de transport et créer son propre réseau de distribution, tout opérateur public ou privé désirant s’installer dans ce secteur devra en principe « s’arranger » avec AES/SONEL. Pour inverser ce rapport de force défavorable, il n’y a pas 36 solutions : soit le gouvernement renégocie certaines clauses de cette convention inique et antipatriotique, à l’occasion de sa deuxième révision prévue en 2011 ; soit il décide, au nom de la souveraineté nationale, de suspendre la concession signée avec AES/SONEL, en acceptant d’assumer toutes les conséquences juridiques et socioéconomiques qui pourraient en découler.

Les consommateurs en ont assez des annonces fallacieuses de kWh virtuels et exigent des actes concrets pour en finir avec le calvaire des délestages. A la veille des échéances électorales de 2011, le RACE met à nouveau en garde contre les man uvres politiciennes et toute tentative d’instrumentalisation à de fins électoralistes de la question de l’accès des populations à l’électricité. Nous refusons d’être du bétail électoral à la solde des politiciens sans scrupule. L’accès à l’électricité est un droit essentiel et inaliénable !

Paul Gérémie BIKIDIK
Journalducameroun.com)/n
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