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« Ils sont manipulés »: les manifestations pro-démocratie à Hong Kong divisent

Les manifestants pro-démocratie à Hong Kong se targuent d’avoir une large base de sympathisants mais après plus de deux mois de mobilisation, des voix discordantes se font entendre dans certains quartiers, comme à Wong Tai Sin où résident de nombreuses familles de policiers.

Poppy Chan, épouse d’un policier, raconte qu’un soir alors qu’elle préparait le dîner pour sa famille une brique a fait voler en éclats une vitre de son appartement, au troisième étage.

Des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre se déroulaient au pied de l’immeuble où vivent de nombreux policiers et leurs familles. Des gaz lacrymogènes ont aussitôt envahi l’appartement où elle réside avec ses deux filles, son mari et une employée de maison.

« Sur le moment, j’ai éprouvé plus de peur que de colère », confie-t-elle à l’AFP, « peut-être qu’ils ne sont pas conscients que ce qu’ils (les manifestants) font est mal ».

« Je trouve juste que c’est vraiment triste, car il semble qu’ils sont manipulés », ajoute-t-elle.

L’affaire de la brique a été la goutte de trop pour Poppy et sa famille, qui se terraient déjà depuis trois jours chez eux à cause des manifestations. Elle a rassemblé quelques affaires et, avec ses enfants, est partie se réfugier chez des amis.

Le quartier de Wong Tai Sin a vécu certains des pires affrontements de la contestation née du rejet d’un projet de loi, aujourd’hui suspendu, autorisant les extraditions vers la Chine.

Cette mobilisation a considérablement élargi ses revendications pro-démocratie et conquis de larges pans de la société du territoire autonome comme les avocats, les fonctionnaires, les personnes âgées ou les familles, également descendus dans la rue.

– « Faire respecter la loi » –

Mais à Wong Tai Sin, on est plus partagé à l’égard des manifestants qui dénoncent la brutalité policière tout en lançant des briques sur les forces de l’ordre et leurs maisons.

« J’ai rarement ressenti de la colère par rapport à tout ça, car je me disais que parfois les gens ne savent pas ce qu’ils font », assure Poppy Chan.

D’autres résidents de ce quartier ouvrier sont moins prompts à pardonner aux protestataires qui se sont attaqués le 3 août au poste de police local, noircissant les murs de graffitis et détruisant les caméras de sécurité.

Joe, professeur de mathématiques de 35 ans, qui refuse de donner son nom de famille, qualifie les manifestants de « hors-la-loi » et de « destructeurs ».

Plus radical, lui voudrait que le gouvernement sévisse plus durement. « On doit avoir la volonté de faire respecter la loi et recourir à la force dont on dispose sans craindre de réprimer les actions de ces émeutiers », estime-t-il.

Les manifestants pro-démocratie vont sinon « tirer partie de la faiblesse de la réponse du gouvernement et de la police et la principale victime sera Hong Kong toute entière et ses citoyens innocents comme moi », ajoute-t-il.

Il n’existe pas de sondages d’opinion récents quant au niveau réel de soutien du mouvement pro-démocratie, si ce n’est la taille impressionnante des manifestations en juin et le fait qu’elles continuent d’attirer de nombreux participants en ce troisième mois de mobilisation.

Les rassemblements de soutien aux policiers et au gouvernement drainent beaucoup moins de monde.

– « Comment avoir confiance ? » –

La façon dont la police a réagi s’est parfois retournée contre elle, certains habitants restés neutres jusque-là prenant le parti des manifestants.

Lors des affrontements du 3 août à Wong Tai Sin, la police s’est retrouvée face une foule de riverains en colère leur hurlant: « Partez ! », « Vous n’êtes pas les bienvenus! »

Ce jour-là, en rentrant chez lui, un étudiant de 21 ans, dont le nom de famille est Chow, a vu des policiers anti-émeutes utilisant des matraques et du gaz lacrymogène aussi bien contre des manifestants que contre des habitants.

« Je les ai vus sortir de leurs véhicules et commencer à frapper un groupe d’habitants. Certains étaient des grands-pères, des oncles, des jeunes et j’ai même vu un chauffeur de bus », se souvient-il.

Il n’avait jamais manifesté jusque-là mais l’incident l’a incité à rejoindre le mouvement.

« S’ils sont capables de les bastonner, de faire cela à des citoyens ordinaires (…) alors comment pourrais-je faire confiance à la police dans l’avenir ? », s’interroge-t-il.


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