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Imane Ayissi Ă©voque le problème des sans papiers, sujet du film « En terre Ă©trangère »

Le problème de l’immigration clandestine constitue la trame de fond du documentaire de Christian Zerbib

Etre sans papier est une telle souffrance que le jeu n’en vaut pas toujours la chandelle.
Imane Ayissi

[b Imane Ayissi, vous ĂŞtes Ă  l’affiche du film de Christian Zerbib En terre Ă©trangère. Comment vous ĂŞtes-vous retrouvĂ© dans cette aventure?
Je connais Christian Zerbib depuis près de 10 ans, quand je l’ai rencontrĂ© la première fois, il venait de sortir un film sur le sport intitulĂ© Les Dieux du stade. On s’est depuis toujours tenu l’un l’autre au courant de nos projets respectifs. Naturellement quand il a eu ce projet d’un documentaire sur l’immigration en France, il m’a proposĂ© d’apporter mon tĂ©moignage, nous avions dĂ©jĂ  eu des discussions sur ce sujet auparavant.

« En terre Ă©trangère » raconte le quotidien des sans papiers. Parlez nous de cette rĂ©alitĂ© avec vos mots.
Etre sur un territoire sans avoir le droit d’y vivre, c’est très dur, c’est comme vivre quelque part sans avoir le droit d’exister. On est un peu le fantĂ´me de soi mĂŞme; toutes les activitĂ©s banales que tout le monde mène dans la vie comme travailler, faire du shopping, aller chez le mĂ©decin deviennent compliquĂ©es, voire dangereuses, et Ă  tout moment on peut voir sa vie s’Ă©crouler. On vit donc toujours la peur au ventre.

Vous n’hĂ©sitez pas Ă  mentionner que vous avez Ă©tĂ© sans papiers en France. Donc c’est une rĂ©alitĂ© que vous avez connu?
Oui bien sĂ»r! si j’en parle c’est que je l’ai vĂ©cu. Je suis restĂ© en France plusieurs annĂ©es sans papiers. J’en parle pour faire comprendre Ă  tous ceux qui rĂŞvent de venir dans n’importe quelle condition, qu’il faut bien rĂ©flĂ©chir avant. Etre sans papier est une telle souffrance que le jeu n’en vaut pas toujours la chandelle. Et je ne parle mĂŞme pas de tous ceux qui se noient avant de toucher les cĂ´tes europĂ©ennes ou qui pĂ©rissent dans le dĂ©sert.

Les choses ont elles Ă©voluĂ©? Peut on dire « c’est plus dur aujourd’hui » avec les diffĂ©rentes lois, les mesures politiques et le principe de nombre de reconduites annuels…
Je ne peux pas vraiment tĂ©moigner de la plus grande duretĂ© de la situation aujourd’hui, puisque heureusement, c’est une rĂ©alitĂ© que je ne vis plus. D’après ce que je vois aux actualitĂ©s et lis dans les journaux il me semble que la situation s’est aggravĂ©e. Le principe du ministère de l’Immigration et de l’IdentitĂ© nationale (comme si ces deux mots Ă©taient contradictoires) me semble indigne de la France, et en complète contradiction avec son histoire et les principes qui sont Ă  la base de la sociĂ©tĂ© française. Je connais d’ailleurs beaucoup de français qui sont rĂ©voltĂ©s par la politique actuelle de ce gouvernement. Je crois qu’il y a une vraie diffĂ©rence entre renvoyer quelqu’un, seul, qui n’est arrivĂ© que depuis quelques mois, et renvoyer des personnes qui ont bâti leur vie en France parfois depuis plusieurs annĂ©es, qui travaillent, et qui ont parfois fondĂ© une famille etc. Il faut tenir compte de chaque cas particulier, or, la politique actuelle de quotas de reconduites annuelles est par dĂ©finition aveugle. Cela dit, en ce qui concerne l’immigration en provenance d’Afrique, les gouvernements africains ont aussi leur responsabilitĂ©. Si toutes les richesses du continent africain sont bradĂ©es pour quelques avantages que se partagent certains, la majoritĂ© de la population n’a pas d’autre choix que de chercher ailleurs. Il faut redonner confiance et espoir aux africains, et crĂ©er les structures pour mettre en valeur ce continent.

Affiche du film

journalducameroun.com)/n

Le film a Ă©tĂ© primĂ© par le festival du film sur les droits de l’Homme de Genève. Qu’est ce que cela reprĂ©sente pour vous?
C’est dĂ©jĂ  une très belle rĂ©compense pour mon ami Christian Zerbib. Cela montre qu’il a fait un travail de grande qualitĂ©, sur un sujet passionnant mais compliquĂ©. Cela reprĂ©sente aussi un espoir que peut-ĂŞtre l’opinion internationale, et donc la France change son regard sur les phĂ©nomènes d’immigration. Cela montre en tout cas que la France qui se rĂ©clame sans cesse pays des droits de l’Homme, aujourd’hui les bafoue sans cesse en particulier vis Ă  vis des immigrĂ©s, et en particuliers des immigrĂ©s venant d’Afrique. Ce prix est aussi une reconnaissance pour les immigrĂ©s qui ont tĂ©moignĂ© dans ce film et dont les souffrances ont Ă©tĂ© prises en considĂ©ration, mais aussi pour tous les europĂ©ens qui se battent pour que soient mieux reconnus les droits des immigrĂ©s, et parmi eux des gens très connus comme Emmanuelle BĂ©art, Josiane Balasko etc.

On vous connait styliste, mannequin, Ă©crivain… Doit-on ajouter comĂ©dien Ă  cette carte de visite chargĂ©e?
Non, d’abord ce film est un documentaire et j’apporte un tĂ©moignage, je ne joue pas un rĂ´le. Je suis moi-mĂŞme dans ce film comme tous les autres qui tĂ©moignent de leur rĂ©alitĂ©.

D’autres projets de tournage?
Je préfère ne pas en parler pour le moment.

Quelle est votre actualité?
Toujours le dernier livre de contes que j’ai Ă©cris Le silence du masque dont je suis invitĂ© Ă  parler rĂ©gulièrement et bien sĂ»r la prĂ©paration de ma prochaine collection .

Imane Ayissi

journalducameroun.com)/n

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