Culture › Mode

Imane Ayissi nous parle de Jemann

« J’ai rencontré Jemann à la fin des années 80 au Cameroun, alors que je faisais mes premiers pas comme mannequin »

Le couturier Jemann, dont le décès laisse le monde de la mode camerounaise en deuil, faisait partie de cette première génération, une génération pionnière, de la mode africaine. Avec Madé Jong, Madame Gann, Patou Ayinaga, Blaz design, Chris Seydou, Loulou Gautry, Alphadi, Fatim Djim, Bamoundi, Pathé’O . Jemann s’était lancé dans la couture de manière audacieuse et courageuse à une époque où ces métiers n’étaient pas encore bien considérés, voire même situés aux bas de l’échelle par des mentalités conservatrices. Les stylistes africains d’aujourd’hui doivent remercier ces aînés qui ont permis que les professions de la mode soient de nos jours un peu mieux appréciées.

J’ai rencontré Jemann à la fin des années 80 au Cameroun, alors que je faisais mes premiers pas comme mannequin. Au cours de divers événements j’ai eu l’occasion de porter et de faire défiler ses créations masculines. Ensuite nous nous sommes plusieurs fois croisés à l’occasion de festivals de mode dans différents pays africains, cette fois en tant que « collègues » couturiers. Chaque fois j’appréciais sa simplicité, son élégance naturelle et sa personnalité calme et chaleureuse. La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c’était il y a environ un an et demi, à Paris, au fameux marché Saint Pierre. Au milieu des rouleaux de tissus, tout simplement, nous avions discuté de l’évolution de la mode, de la façon dont nos métiers se modifiaient, mais aussi de la politique de notre pays natal.

André Jemann connaissait très bien Paris puisqu’il y avait étudié la mode, à l’école des arts appliqués, avant de travailler pour des marques de prêt-à-porter françaises comme Rodier ou Ventilo. Il décidait en 1980 de mettre en pratique le savoir-faire qu’il avait acquis dans ces maisons au profit de son propre style en créant à Douala sa marque, Jemann. Cette marque deviendra ensuite très connue en Afrique, au delà du Cameroun, et sera couronnée de plusieurs prix et distinctions.

Au delà de son travail de couturier Jemann était passionné par l’idée de transmission : Il a ainsi lancé le concept « Afric Azimut », qui se voulait une vitrine pour promouvoir les jeunes créateurs africains, mais aussi les différents métiers et acteurs de la mode. Il a surtout fondé en 1994 le Jemann Institute of Fashion, école et organisme de formation qui permet encore aujourd’hui aux jeunes camerounais d’acquérir les techniques nécessaires aux diverses professions de la mode.

Il est triste de perdre un couturier comme Jemann ou d’autres, il est encore plus triste de perdre la mémoire de ces pionniers : il existe très peu de livres, et pas du tout de musées consacrés au travail de ces créateurs. Espérons que l’école de Jemann reste ouverte encore de nombreuses années pour perpétuer le souvenir de l’artiste qu’il était.

Jemann
Journalducameroun.com)/n
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