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Imbolo Mbue, success story amĂ©ricaine d’une romancière camerounaise

C’est presque un conte de fĂ©es. NĂ©e il y a 33 ans dans une maison sans eau courante, elle est devenue cĂ©lèbre du jour au lendemain en obtenant une avance d’un million de dollars pour son premier roman

L’histoire de la romancière camerounaise Imbolo Mbue, nĂ©e il y a 33 ans dans une maison sans eau courante et devenue cĂ©lèbre du jour au lendemain en obtenant une avance d’un million de dollars pour son premier roman, ressemble Ă  un conte de fĂ©es new-yorkais.

Le livre, « Voici venir les rĂŞveurs » (Belfond), publiĂ© simultanĂ©ment des deux cĂ´tĂ©s de l’Atlantique pour la rentrĂ©e littĂ©raire, unanimement saluĂ© par la critique aux États-Unis comme en France, a Ă©tĂ© Ă©crit en 2014 dans un petit appartement new-yorkais alors que Imbolo Mbue allaitait encore ses enfants.

« J’ai commencĂ© le livre quand mon premier enfant Ă©tait un bĂ©bé », se souvient la romancière lors d’un entretien avec un journaliste de l’AFP Ă  Paris. « Je l’ai rĂ©Ă©crit alors que je m’occupais de mon second enfant ».

« J’ai perfectionnĂ© l’art de m’occuper de mes enfants d’une main et d’Ă©crire avec l’autre », dit-elle dans un Ă©clat de rire.

« Voici venir les rĂŞveurs » raconte l’histoire de Jende Jonga et de sa famille venus Ă  New York pour accĂ©der au « rĂŞve amĂ©ricain ». Comme Imbolo Mbue, ces immigrĂ©s sont originaires de LimbĂ© au Cameroun. Jende est chauffeur pour un riche banquier de Lehman Brothers. Le rĂŞve vraiment? Nous sommes en 2007, la crise des subprimes va Ă©clater comme un coup de tonnerre.

Il y a l’amitiĂ© factice entre Jende et son patron, la dĂ©couverte du racisme pour Neni, la femme de Jende. Pourtant, Ă  aucun moment il n’y aura de rĂ©volte. Juste la fin des illusions. « Je n’aime pas ce que ma vie est devenue dans ce pays », dira Jende après avoir perdu son poste de chauffeur et toujours en quĂŞte de la fameuse « carte verte ».

Mais Jende, caricature de l’employĂ© droit, honnĂŞte et courageux, ira jusqu’Ă  remercier le patron qui l’a licenciĂ©.

L’agent de Jonathan Franzen
Comme ses personnages, Imbolo Mbue est arrivĂ©e en AmĂ©rique Ă  l’âge de 17 ans avec juste son innocence et son obstination.

DiplĂ´mĂ©e en business de l’universitĂ© Rutgers, dans le New Jersey, elle perd son boulot dans une sociĂ©tĂ© de marketing. « Comme tant d’AmĂ©ricains sans travail », elle peine Ă  en trouver un nouveau et se lance dans l’Ă©criture.

« Je voulais ĂŞtre professeur mais mon mari m’a poussĂ©e Ă  Ă©crire », se souvient-elle. « En fait, c’est amusant car il n’avait toujours pas lu le livre avant sa sortie en librairie. Ça parle de quoi?, m’a-t-il demandé ».

Au lieu d’envoyer son manuscrit Ă  un quelconque agent littĂ©raire comme cela se fait gĂ©nĂ©ralement aux États-Unis, Imbolo Mbue est allĂ©e directement apporter son texte Ă  Susan Golomb, l’agent de Jonathan Franzen, l’un des plus grands auteurs amĂ©ricains.

« J’ai passĂ© trois ans Ă  la poursuivre », prĂ©cise-t-elle. « Je l’ai littĂ©ralement traquĂ©e. Elle a finalement lu le livre, j’ai dĂ» le rĂ©Ă©crire, elle l’a refusĂ© de nouveau avant enfin de dire « Ok ».


« Je ne renonce pas facilement », dit en souriant la jeune romancière.

Imbolo Mbue
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MalgrĂ© son succès et son contrat d’un million de dollars, Imbolo Mbue ne se fait guère d’illusions sur le rĂŞve amĂ©ricain Ă  l’heure de Donald Trump.

« Quand vous ĂŞtes immigrĂ©s, les chances sont contre vous en AmĂ©rique », dit-elle. « J’espère que les gens (qui veulent Ă©migrer aux États-Unis) le savent », ajoute-t-elle.

« Quand vous faites la plonge ou travaillez comme taxi, vous restez coincĂ©s et vous ĂŞtes Ă©puisĂ©s. On ne vient pas en AmĂ©rique pour Ă©chouer mais vous devez avoir beaucoup d’armes pour rĂ©ussir », souligne-t-elle.

Devenir Ă©crivain n’est pas forcĂ©ment la voie qu’elle s’est choisie. « Je garde cette mentalitĂ© d’immigrĂ© Ă  la recherche de stabilité », dit-elle. « Je ne peux pas seulement penser Ă  moi ».

MalgrĂ© sa nouvelle cĂ©lĂ©britĂ©, elle n’a pas quittĂ© son « très petit » appartement new-yorkais. « Je suis superstitieuse. Il y a tellement de bonnes choses qui sont arrivĂ©es lĂ  que je ne veux pas bouger ».

« Je suis Ă  l’Ă©troit, au milieu des cris des enfants mais je pense que si je m’en vais mon « mojo » disparaĂ®tra ».


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