Intelligence économique et stratégique: Ce que la Chine cherche au Cameroun (Partie II)

Expert économique et stratégique, Guy Gweth présente dans la 2ème partie de sa réflexion, l’impact de la diplomatie chinoise au Cameroun

Doté d’un PIB de plus de 5200 milliards de dollars en 2010, la Chine est devenue la deuxième économie mondiale devant le Japon. Elle prendra très certainement la première place en 2025, devant les Etats-Unis. Avec 2400 milliards de réserve de change fin 2009, l’Empire du Milieu (et ses 1.338 millions d’habitants) a les moyens d’acquérir du savoir-faire, des technologies, des ressources et l’influence internationale nécessaires tant à sa demande intérieure qu’à son nouveau statut de grande puissance mondiale. L’intensification des relations sino-africaines au cours des 30 dernières années marque l’intérêt croissant de Pékin pour les matières premières, les terres arables, le commerce du made in China, et la domination dans les instances internationales. Regardé comme l’Afrique en miniature, le Cameroun apparaît comme un excellent site d’observation de la stratégie de puissance chinoise en Afrique.
L’offensive diplomatique chinoise
Les relations sino-africaines ne sont pas aussi récentes que peuvent laisser penser les chroniques journalistiques occidentales. Dans les années 1950 déjà, le premier ministre chinois Zhou Enlai profite de la conférence de Bandung pour rencontrer les dirigeants égyptiens, ghanéens, libyens, éthiopiens, libériens, et soudanais. Bandung marquait l’entrée du Tiers-Monde sur la scène internationale et posait les bases du mouvement des non-alignés. A l’époque, les motivations de la Chine sont avant tout politiques et idéologiques. On le voit à travers son soutien aux luttes anticoloniales en Angola, en Algérie ou en Rhodésie du sud et la récupération par la Chine du siège de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies en 1971 (après 22 ans d’exclusion au profit de Taiwan). Avec la disparition de Mao Tsé-Toung, la Chine se fait plus discrète mais reste active dans les pays tels que le Bénin, le Togo et le Cameroun. A ce jour Pékin est en relation avec la quasi-totalité des pays de l’Union africaine à l’exception de la Gambie, le Swaziland, le Burkina Faso et São Tomé & Principe, quatre pays qui continuent à reconnaître Taïwan contre dix en 1993.

1.2.1 Vue d’Afrique
La politique extérieure de la Chine est élaborée par la commission des affaires étrangères du Comité central du Parti communiste présidé par Hu Jintao. C’est dire si le parti communiste chinois (PCC) a la haute main sur les affaires africaines. Les dirigeants des principales banques, des think tank et des grands groupes publics sont également les cadres du parti à l’instar de Li Ruogu, président de la banque de crédit à l’exportation China Exim Bank ou de Li Ruo Hong, fondateur de plusieurs organisations de la société civile tournées vers l’Afrique. Les ministères des Affaires étrangères et du Commerce, respectivement dirigés par les ministres Yang Jiechi, ancien ambassadeur de Chine aux États-Unis, et Chen Deming, ancien maire et secrétaire du comité du Parti communiste de Suzhou assurent la mise en uvre de la stratégie définie par le PCC. Le ministère des Affaires étrangères supervise 47 ambassades et 9 consulats sur le continent africain. L’Afrique est gérée par deux départements. Le département Afrique du nord et Moyen orient est dirigé par Song Aiguo, ancien ambassadeur de Chine en Turquie. Il est en charge de la planification des relations bilatérales et anime le Forum sino-arabe de coopération. Le département Afrique subsaharienne est quant à lui sous la responsabilité de Mme Zhang Ming. Cette dernière est responsable du suivi du Forum sino-africain de coopération et a activement uvré à la réussite du sommet Chine-Afrique de novembre 2009 à Charm el-Cheikh en Egypte. La nouvelle stratégie officielle du PCC pour l’Afrique est consignée dans le Livre Blanc sur la politique africaine de la Chine publié en 2006. A côté du PCC, et grâce à la décentralisation, de grandes capitales comme Shanghai et Pékin, ainsi que des provinces relativement autonomes comme le Guandgong ou Henan (dont les groupes du BTP sont en forte croissance en Afrique centrale et de l’ouest) ont élaboré leur propre stratégie de conquête des marchés africains. Certaines sont désormais en jumelage avec les grandes capitales africaines. Leur capacité à travailler en réseaux et à échanger des informations stratégiques est l’une des clés du succès chinois à l’international. Depuis Bandoeng, la Chine a donc conservé un intérêt marqué pour l’Afrique, intérêt qui a cependant varié et cru au cours de la décennie qui s’achève. En témoignent, la mise en place d’un Forum bilatéral de discussion sino-africain (FOCSA), dont la quatrième session s’est tenue (on l’a vu plus haut) en Egypte en novembre 2009, le millier d’entreprises chinoises présentes en Afrique et les nombreuses visites du président chinois sur le continent. De janvier 2004 à février 2009, Hu Jintao s’est en effet rendu, en compagnie d’importantes délégations d’hommes d’affaires chinois, dans 18 pays africains: l’Égypte, le Gabon et l’Algérie en janvier 2004; le Maroc, le Nigeria et le Kenya en avril 2006; le Cameroun, le Liberia, le Soudan, la Zambie, la Namibie, l’Afrique du Sud, le Mozambique et les Seychelles en février 2007; le Mali, le Sénégal, la Tanzanie et Maurice en février 2009.

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1.2.2 Vue du Cameroun
Les relations sino-camerounaises n’ont pas démarré sous les meilleurs auspices pour une raison simple : jusqu’au début des années soixante-dix, Yaoundé coopérait avec Taïwan en « représailles » au soutien apporté par le Parti communiste chinois (PCC) à l’Union des populations du Cameroun (UPC). C’est la visite du président Amadou Ahidjo en 1973 dans l’Empire du Milieu qui apaise les tensions entre les deux pays. Yaoundé obtient des gages de Pékin et, en retour, reconnait tacitement le principe d’une seule Chine. Cette visite historique marque officiellement le début des relations sino-camerounaises. Commence alors une intense et fructueuse coopération qui aboutit à la création de la Commission mixte sino-camerounaise le 26 septembre 1986 à Beijing.
Marquée par plusieurs rencontres au sommet, l’intensité des activités diplomatiques chinoises au Cameroun est – pour mobiliser un exemple récent – à l’image de la visite au Cameroun de Jian Qinglin, le président du Comité national de la conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), le mardi 23 mars 2010, visite ponctuée par la signature de huit nouveaux accords:
– Un accord de coopération économique et technique entre le gouvernement de la République Populaire de Chine et le gouvernement de la République du Cameroun (relatif à un don sans contrepartie d’un montant de cinquante millions de yuans) ;
– Un accord de coopération économique et technique entre le gouvernement de la République du Cameroun (relatif à un prêt sans intérêt d’un montant de cinquante millions de yuans) ;
– Une convention du crédit acheteur préférentiel du projet de réhabilitation de la société MATGENIE au Cameroun ;

– Un mémorandum d’entente et de coopération globale sur le financement des projets au Cameroun ;
– Une convention-cadre relative à la réalisation des investissements agricoles au Cameroun ;
– Un protocole d’accord sur la donation en matière de formation des nouvelles technologies dans le réseau postal camerounais ;
– Deux accords relatifs à l’importation du bois camerounais par la Chine.
Après l’inauguration le 22 juin 2009 d’un palais polyvalent des sports de 5000 places à Warda (Yaoundé), la coopération chinoise a amorcé de nombreux projets depuis la visite officielle de Président Hu Jintao, fin février 2007, au Cameroun. On signalera tour à tour le projet de construction de l’hôpital gynéco-obstétrique de Douala, le projet Back Bône de transmission par fibre optique à Kye-Ossi, le projet de construction du centre pilote des technologies agricoles de Nanga Eboko, les projets de construction des stades de Limbé et de Bafoussam et le projet de construction de la mini-centrale hydro-électrique de Mekin, pour ne citer que les principaux. L’ensemble de ces réalisations concourent, d’une manière ou d’une autre, à l’accroissement des échanges économiques et commerciaux entre la Chine et le Cameroun. A suivre…

Guy Gweth, Expert/Consultant chez Knowdys
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