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Interview de Célestin Djamen, à l’initiative de la plainte contre le président camerounais en France

Il évoque avec nous les contours de la plainte déposée par l’union pour une diaspora active et les différentes polémiques qui l’entourent

Monsieur Djamen, le parquet de Paris a décidé de donner suite à votre plainte en ouvrant une enquête sur les motifs de la plainte que vous avez déposée, quel est votre sentiment aujourd’hui?
Un sentiment de joie mesuré mais un sentiment de joie réelle tout de même car c’était inespéré comme décision vu le classement de la première plainte déposée par une autre association. Le premier juge avait commis ce qu’on appelle en droit un véritable déni de justice car nous méritions déjà que notre requête fût examinée. Aujourd’hui justice nous est rendue en tout cas sur ce point précis. Soyons prudents et moins triomphalistes cependant car nous n’en sommes qu’à l’enquête préliminaire. Nous sommes confiants que cette plainte ira jusqu’à son terme puisque fondée en droit et en fait. Elle changera le cours de l’histoire de mon pays, j’en suis certain. Moi qui vous parle j’irai jusqu’au bout de cette affaire. Les camerounais disent dans leur écrasante majorité stop à l’impunité des délinquants en col blanc dans notre pays.

Sur quoi reposent exactement vos accusations, avez-vous des éléments de preuve tangibles et vérifiables qui serviront éventuellement durant le procès?
Sur des enquêtes que nous avons menées nous-mêmes au sein de l’Union pour une Diaspora Active (UDA) mais aussi sur les révélations faites par diverses publications aussi bien nationales et internationales. Je pense notamment au Canard Enchainé que j’ai rencontré personnellement et m’a fourni des archives très précieuses, à Germinal, à la Nouvelle Expression, à Mutations, au Monde.etc. Toutes ces révélations n’ont à aucun moment été démenties par les mis en cause. Alors vous comprenez ma sérénité quant à la suite des opérations. Et puis je rajoute: Comment voulez-vous que la justice française ouvre une enquête préliminaire s’il n’y a pas d’éléments de preuves préalables et tangibles?

Pourquoi avoir porté plainte seulement contre Paul Biya alors que ses ministres dont certains sont détenus pour détournements sont aussi fortement soupçonnés d’évasion fiscale notamment?
Tout d’abord permettez-moi de rectifier un élément, nous avons porté plainte contre Paul Biya et compagnie, c’est-à-dire les éventuels receleurs des biens mal acquis, notamment son fils Franck Emmanuel Biya. Pour revenir stricto sensu à votre question, nous faisons les choses sérieusement. Je ne me lève pas un matin en me disant je vais porter plainte contre un chef d’état ou contre untel ou untel. Non ça se passe autrement, je veux dire nous ne pratiquons ni l’activisme, ni de l’esbroufe. Nous sommes une association sérieuse et n’ayant pas des infos précises sur les ministres en question, nous ne pouvions agir en conséquence. Par ailleurs nous ne nous intéressons pas vraiment aux petits poissons car ils tiennent leur liberté des gros. Si vous éventrez un gros poisson qui a mangé les petits vous aurez à la fois le gros et les petits. Si vous voyez ce que je veux dire.

Dans un communiqué publié la semaine dernière, la présidence de la république déclare que Paul Biya ne dispose pas de patrimoine ni en France, ni ailleurs. Que répondez-vous?
Soyons sérieux. A quoi vous attendiez-vous du cabinet civil de la présidence de la République? Qu’il vous dise c’est vrai M. Paul Biya a détourné?

Le Ministre Tchiroma de la communication a fait savoir que le président Paul Biya n’avait pas à répondre devant la juridiction française, qu’est ce que vous attendez exactement de la justice française dans cette affaire?
Vous savez le bouffon a un rôle très précis dans la cour du seigneur c’est d’ailleurs à ça qu’on le reconnaît et la raison principale de son recrutement. Sa vraie fonction c’est amuser la galerie et faire plein de bouffonneries. Je crois que le ministre que vous citez pratique très bien cette fonction. Beaucoup de camerounais pensent que le ministre de la communication est devenu le ministre de la con-munication. Ce n’est pas bien que des compatriotes le disent, on doit lui accorder un certain respect. On n’a pas besoin de recourir à l’insulte surtout lorsqu’on peut démontrer les choses facilement. Et il est facile de démontrer que ce ministre est largué. Cela dit j’attends de la justice française qu’elle fasse son job et qu’elle dise par conséquent le droit, rien que le droit. La raison d’état ne doit pas l’emporter sur l’état de la raison, je veux dire la justice doit garder toute sa sérénité comme elle a parfois su le faire au cours de son histoire et qu’elle se détache de toute considération politique pour ne dire que le droit.

Parlez-nous du nouveau mouvement de l’Union pour une Diaspora Active?
L’UDA est une association de droit français entièrement composée de camerounais vivant à l’extérieur du Cameroun et foncièrement patriotes. Elle compte des centaines de membres disséminés un peu partout en France et ailleurs dans le monde. Elle a été créée le 22 décembre 2004 en région parisienne. Ses valeurs et donc ses statuts sont fondés sur l’instauration d’une société démocratique plus juste et plus égalitaire, au Cameroun, sur l’établissement d’un véritable état de droit dans notre pays et sur les valeurs de progrès et de respect des libertés fondamentales imputées au pied par le régime actuel.

On ne vous connait aucune action en tant qu’organisation. Voulez-vous nous faire part des autres activités que vous menez?
Ah, vous n’êtes donc pas suffisamment informée visiblement car l’UDA en partenariat avec d’autres associations camerounaises de Paris fut à l’initiative du tout premier vote symbolique le 10 octobre 2004 sur l’Esplanade du Trocadéro à Paris revendiquant le droit de vote et la reconnaissance de la double nationalité pour tous les camerounais de la diaspora. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je vais vous raconter une petite anecdote: Une maman qui est venue me voir ce jour là les larmes aux yeux et qui venait de Suisse ou d’Allemagne je crois me dit texto mon fils c’est la première fois que je vote.. Vous vous rendez compte sous Ahidjo, Biya, cette dame ne savait pas ce qu’on appelait bulletin de vote ayant quitté le pays avant les premières élections au suffrage universel direct. Je m’étais beaucoup retenu pour ne pas pleurer à mon tour. Vous savez elle avait à peu près l’âge de ma mère (aujourd’hui décédée) et elle attendait depuis midi pour une élection qui a démarré au final à 15h.

Craignez-vous pour votre sécurité?
Je ne crains RIEN, la peur m’a quitté mais je reçois beaucoup de menaces de mort que je vous enverrai dès que vous le souhaiteriez. Néanmoins cela ne m’intimide pas car je lutte pour mon pays et pour une cause juste et noble. Je suis donc prêt à en payer le prix fort. L’histoire et dieu sont les seuls qui me jugeront.

Qu’espérez-vous à titre personnel lorsque vous lancez une telle initiative, voir les supposés biens de Paul Biya confisqués?
Bien évidemment et c’est d’ailleurs pour cette raison si vous lisez bien l’acte d’accusation que nous avons insisté sur la convention de Mérida, document que j’ai personnellement remis au juge et qui exige la confiscation puis la restitution surtout des biens mal acquis. Puis-je vous rappeler que cette convention dite de Mérida, en réalité signée à New-York, a été initiée et ratifiée par la France le 12 juillet 2005.

Jusqu’où êtes-vous prêt à aller dans le cadre de cette enquête?
Jusqu’au bout!

Célestin Djamen, à l’initiative de la plainte contre le président Paul Biya
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