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Interview de GĂ©rard Delteil qui signe Gombo, un roman sur Le Cameroun

Ecrivain journaliste, l’auteur a eu envie de raconter l’autre Cameroun, l’officieux!

Pouvez vous vous présenter aux lecteurs camerounais?
Je suis Ă  la fois journaliste et romancier. Comme journaliste, je travaille rĂ©gulièrement pour la presse Ă©conomique spĂ©cialisĂ©e, mais j’ai publiĂ© aussi des reportages, en particulier sur l’AmĂ©rique latine, dans des publications comme Le Monde diplomatique, Viva, l’HumanitĂ© Dimanche, la presse fĂ©minine etc Comme auteur, j’ai publiĂ© un peu plus d’une soixantaine de livres, surtout des polars, mais aussi des livres d’enquĂŞtes sur des sujets comme les prisons, les scandales de la mĂ©decine, les risques chimiques. J’aime beaucoup Ă©crire un roman qui se dĂ©roule dans un pays que j’ai visitĂ©, cela compense la frustration du journaliste Ă  qui on laisse de moins en moins de place pour s’exprimer en raison de l’Ă©volution de la presse.

Gerard Delteil, quand on lit ce roman, on se dit l’auteur connait parfaitement le Cameroun. Racontez nous le Cameroun que vous connaissez
ConnaĂ®tre parfaitement le Cameroun, c’est vraiment beaucoup dire ! J’ai dĂ©couvert ce pays Ă  l’occasion d’un sĂ©jour organisĂ© par le Centre Culturel français pour rencontrer des enseignants, des scolaires, des bibliothĂ©caires, des Ă©crivains et des poètes camerounais. L’accueil de tous ces professionnels a Ă©tĂ© très sympathique, bien que certains aient Ă©mis des rĂ©serves sur l’utilitĂ© pour leurs Ă©lèves de rencontrer un auteur de polar – et je les comprend parfaitement, car leurs Ă©tablissements avaient sans doute d’autres prioritĂ©s. Quand j’ai visitĂ© Douala, une certaine hostilitĂ© rĂ©gnait Ă  l’Ă©gard des Français, en raison du comportement de l’armĂ©e française en CĂ´te d’Ivoire. La plupart des gens, par courtoisie, cherchaient Ă  me cacher l’existence de cette hostilitĂ©, mais on la sentait parfois tout de mĂŞme et elle Ă©tait très comprĂ©hensible dans un pays qui a eu Ă  souffrir du colonialisme. Parmi les choses qui m’ont frappĂ©es au Cameroun, c’est le nombre incroyable d’Ă©glises de toutes sortes et en particulier d’Ă©vangĂ©listes.

GĂ©rard Delteil

journalducameroun.com)/n

Camfranglais, noms des rues, situation gĂ©ographique… Vous allez jusqu’Ă  rentrer dans les rapports complexes entre tribus…
Quand je visite un pays, dĂ©formation professionnelle, je m’efforce de m’informer le plus possible, j’interroge sans arrĂŞt les personnes que je rencontre – ce qui est peut-ĂŞtre parfois pĂ©nible pour eux.
Un journaliste m’a ainsi fait un petit cours de camfranglais, et c’est ainsi que j’ai appris l’existence du « gombophone ». Cette langue a beaucoup de charme. Mais je me documente aussi de toutes les façons possibles et je suis revenu en France avec une grosse pile de journaux et magazines camerounais. Enfin, j’ai relu des romans de Mongo Beti et plusieurs livres sur l’histoire et la situation du Cameroun.

Votre livre raconte avec des excellents détails le rapport de force entre expatriés et pouvoirs publics camerounais. Pensez vous que la présence chinoise a eu un impact sur ces rapports de force?
Oui, je crois en effet que la « Francafrique » n’est plus ce qu’elle Ă©tait. Le rapport de forces a changĂ©. Les AmĂ©ricains et les Chinois marchent sur les plate-bandes hier rĂ©servĂ©es de la France. Ce qui laisse une plus grande autonomie au pouvoir camerounais qui peut jouer sur ces rivalitĂ©s. On l’a vu par exemple quand le prĂ©sident Biya a critiquĂ© l’intervention française en CĂ´te d’Ivoire, ce qui aurait Ă©tĂ© impensable dans les annĂ©es soixante. La situation des expatriĂ©s français s’en ressent nĂ©cessairement, ils ne peuvent plus se comporter en terrain conquis, mĂŞme si certains d’entre eux se croient toujours Ă  « la belle Ă©poque des colonies ».

Il s’agit d’un livre noir, d’un polar mais remarquez la trame de fond est rĂ©elle…
Qu’avez vous voulu faire passer comme message?

J’avais envie, d’une part, de dĂ©noncer le comportement de certaines entreprises, notamment pharmaceutiques, en Afrique, d’autre part de rappeler les massacres commis par l’armĂ©e française en pays bamilĂ©kĂ© dans les annĂ©es soixante. Ces horreurs sont très peu connues en France, contrairement Ă  celles de la guerre d’AlgĂ©rie. Mais j’avais aussi envie de parler du Cameroun et de ses habitants, tout simplement.

Pourquoi Gombo comme titre?
Le gombo symbolise malheureusement assez bien certains aspects de la vie quotidienne, et de la vie politico-Ă©conomique du Cameroun. De plus, c’est un beau titre, court, qui sonne bien. Cela-dit, le Cameroun n’a pas le monopole de la corruption, elle est seulement plus visible car elle est omniprĂ©sente dès qu’on dĂ©barque Ă  l’aĂ©roport. Dans des pays comme la France, la corruption se pratique de façon plus discrète, dans les sphères plus Ă©levĂ©s, et plus rarement dans la police, l’administration ou la justice, mais elle n’en affecte pas moins toutes sortes de transactions. Disons que le gombo français coĂ»te beaucoup plus cher et rapporte gĂ©nĂ©ralement beaucoup plus car il concerne des gros marchĂ©s, comme par exemple les ventes d’armes ou les travaux publics, mais que le citoyen français ne risque pas d’ĂŞtre rackettĂ© dans la rue par la police comme au Cameroun.

Avez vous prévu de présenter le livre au lectorat camerounais? Au Cameroun?
Si l’occasion s’en prĂ©sente, volontiers ! Mais je ne sais pas si cette prĂ©sentation plairait beaucoup aux autoritĂ©s.

On a cĂ©lĂ©brĂ© la journĂ©e mondiale de la libertĂ© de la presse le 3 mai dernier et l’histoire de Jean Christophe Assamoa pose ce problème. Votre avis sur le sujet au Cameroun?
De nombreux journalistes camerounais ont en effet payĂ© assez cher leur volontĂ© d’informer leurs lecteurs et de rĂ©sister aux pressions du pouvoir. MĂŞme si la corruption n’Ă©pargne pas le monde de la presse, j’ai Ă©tĂ© frappĂ© par le courage et le professionnalisme de certains journalistes camerounais, par exemple les enquĂŞteurs et reporters du Messager, qui ont rĂ©alisĂ© un dossier remarquable et sans compromis sur les prisons camerounaise. Dossier que j’ai utilisĂ© dans mon roman.

Quel meilleur souvenir gardez vous du Cameroun?
Une rencontre improvisĂ©e dans une sorte de bistrot-gargotte populaire du quartier du port de Douala, oĂą nous sommes entrĂ©s par hasard avec un employĂ© camerounais du Centre Culturel. Les gens, des travailleurs du port pour la plupart, Ă©taient vraiment très spontanĂ©s, très sympas et très accueillants. L’un des clients, qui avait vĂ©cu en France, a mĂŞme tenu Ă  chanter une chanson sur Paris. J’ai remarquĂ© qu’ils critiquaient aussi assez librement les autoritĂ©s et leurs patrons devant un Ă©tranger, sans crainte d’ĂŞtre dĂ©noncĂ©s et d’avoir des ennuis.
Sinon, j’ai aussi un excellent souvenirs des haricots verts et des Ă©normes soles fraĂ®ches. J’espère que les monstrueux chalutiers chinois qui ratissent dĂ©sormais les cĂ´tes en laisseront quelques-unes aux pĂŞcheurs locaux.

« Gombo »

journalducameroun.com)/n

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