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Interview de la journaliste camerounaise Agnès Taile, prix du courage en journalisme reçu à New York

« Toutes ces acclamations résonnaient comme un coup d’envoi qui venait de m’être donné vers la continuité »

Dans la nuit du 6 au 7 novembre 2006, des personnes non identifiées molestent et laissent pour morte une jeune dame dans un quartier de Douala au Cameroun. L’agression n’a rien de gratuit. En effet, la victime est une journaliste animant une émission de libre antenne (A vous la parole) à la radio privée Sweet Fm et à la chaîne de télévision privée Canal 2. Quelques semaines avant cette agression physique, la journaliste avait déjà subi des menaces verbales et des intimidations anonymes l’enjoignant d’éviter les thématiques qui mettent l’establishment en difficulté. Agnès Taile a survécu a toutes ces difficultés. Son courage lui a valu un prix, reçu à New York aux côtés de deux autres lauréates.

Vous êtes aux Etats-Unis pour recevoir un prix. De quoi s’agit-il exactement?
Le courage in journalism award est un prix décerné par l’International Women’s Media Foundation chaque année aux femmes journalistes qui se sont démarquées en prenant des risques dans l’exercice de leur fonction. La fondation est la seule organisation dans le monde à honorer le courage de ces femmes journalistes qui dénoncent au quotidien la corruption, les violations des droits de l’homme entre autres.

Comment se déroule votre séjour au pays de l’Oncle Sam?
C’est l’histoire d’une toupouri (peuple du grand Nord Cameroun) aux Etats-Unis d’Amérique, on dirait le titre d’un film (rires)… Pour être sérieuse, à part le décalage horaire des premiers jours et mon gombo préféré qui me manque, je n’ai pas de problèmes jusqu’ici. Les villes de New York et Washington que j’ai visitées, en attendant Los Angeles, sont merveilleuses. Nos dirigeants devraient s’en inspirer au quotidien comme modèle. Ici tout est organisé et hiérarchisé.

Votre discours lors de la cérémonie de remise du prix a New York a été couronne par un standing ovation d’un public évalue a 800 personnes. Comment avez-vous vécu cet instant magique?
J’ai été très émerveillée, mais en réalité toutes ces acclamations résonnaient comme un coup d’envoi qui venait de m’être donné vers la continuité. Je n’ai plus le droit de m’arrêter et tant que je pourrai encore écrire et parler, je poursuivrais mon aventure de guerrière pour la liberté et l’égalité.

Agnès Taile, à New York
Journalducameroun.com)/n

Votre discours a eu un arrêt spécial sur la condition peu enviable de la femme camerounaise. Pourquoi cette option?
Je suis originaire de l’Extrême nord, une région où la femme peine encore à trouver ses marques malgré son efficacité et ses multiples potentialités. Elles sont les plus fortes mais toujours traitées de sexe faible. C’est une situation que vit la majorité des femmes camerounaises comme d’autres dans le monde. Il faut que ça change.

Comment ce prix va-t-il influencer votre carrière professionnelle ou votre façon de pratiquer le journalisme?
Je ne vais certainement pas redéfinir le journalisme avec cette distinction. Je suis convaincue que l’IWMF me fait entièrement confiance et je n’ai pas l’intention de les décevoir. C’est une opportunité qui s’offre aussi bien à moi qu’à toute la presse camerounaise. Nous avons le pouvoir de changer les choses, c’est à chacun de nous de voir comment y arriver.

Pour finir, auriez-vous un conseil ou une attente, par exemple a l’endroit des organisateurs de ce prix ou a l’endroit des jeunes femmes journalistes dans le monde exerçant dans les pays dits pauvres ou en guerre?
Optimisme, espoir, détermination, liberté et travail sont les maîtres mots qui devraient guider notre existence si nous voulons vivre en toute quiétude, si nous voulons servir d’exemple aux autres, si nous voulons un avenir plus radieux pour notre Afrique. Heureusement que sous d’autres cieux, il y a encore des organisations telles que l’IWMF – que je remercie vivement – pour nous tenir par la main, mais ce n’est une raison pour attendre que tout vienne d’ailleurs. Quant aux jeunes camerounaises, journalistes ou non, elles doivent savoir que l’autonomie et l’indépendance leur donnent plus de valeur aux yeux des tous. Si derrière un grand homme se cache une grande femme, la tendance peut s’inverser.

Agnès Taile, à New York
Journalducameroun.com)/n
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